‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 228 sur 312 · LIVRE lî, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE lî, CHAPITRE II

sentera tres-aggreablement tout ce qui a cleu estre imaginé selon l'histoire sacrée; et bien qu'il n'ait fait au'un seul mouvement, son ouvrage toutesfois portera grande quantité de personnages et d'autres choses différentes bien distinguées, chacune en son ordre , en son rang , en son lieu, en sa distance et en sa proportion ; et qui ne sçauroit pas le secret, il seroit tout estonné de voir sortir d'un seul acte une si grande variété d'eifetz. Ainsy, Theotime , la nature , comme le peintre, multiplie et diversifie ses actes à mesure que ses besoignes sont différentes, et luy faut un grand tems pour faire des grands efietz ; mays Dieu , comme l'imprimeur, a donné l'estre à toute la diversité des créatures qui ont esté, sont et seront, par un seul trait de sa toute-puissante volonté, tirant de son idée, comme de dessus une planche bien taillée, cette admirable différence de personnes et d'autres choses qui s'entresuyvent es saysons, es âges, es siècles, chacune en son ordre, selon qu'elles dévoient estre, cette souveraine unité de l'acte divin estant opposée à la confusion et au desordre, et non à la distinction ou variété, qu'elle employé au contraire pour en composer la beauté , réduisant toutes les différences et diversités à la proportion, et la proportion à l'ordre, et l'ordre à l'unité du monde , qui comprend toutes choses créées, tant visibles qu'invisibles, lesquelles toutes ensemble s'appellent univers -, peut-estre par ce que toute leur diversité se réduit en unué comme qui diroit,unidivers, c'est à dire, unique et divers, unique avec diversité , et divers avec unité*

En somme, la souveraine unité divine diversifie tout, et sa permanente éternité donne vicissitude à toutes choses, par ce que la perfection de cette unité estant sur toute différence et variété , elle a de quoy fournir l'estre à toute la diversité des perfections créées, et a la force de les produire. En signe de quoy, l'Escriture nous ayant rapporté * que Dieu au commencement dit : Soyent faitz les luminaires au fir-

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marnent du ciel, et qu'ilz séparent le jour delà nuit, et qu'ils soient en signes, en tems, et jours et années,» nous voyons encor maintenant cette perpétuelle révolution et entresuite de tems et de saysons, qui durera jusques à la fin du monde,, pour nous apprendre que, comme

Un mot do ses commandemens Suffit à tous ces mouvemens »,

aussi le seul éternel vouloir de sa divine Majesté estend sa force de siècle en siècle , et jusques aux siècles des siècles , pour tout ce qui a esté , qui est , et qui sera éternellement , sans que chose quelconque ait estre que par ce seul très-unique, très-simple et tres-eternel acte divin , auquel soit honneur et gloire. Amen.

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