LIVRE II, CHAPITRE VI
sa miséricorde, comme, par exemple, la nécessité de mourir, les maladies, les travaux, la rébellion de la sensualité, si estce que la faveur céleste, surnageant à tout cela, prend play sir de convertir toutes ces misères au plus grand prouf fit de ceux qui l'ay ment, faysant naistre la patience sur les travaux , le mespris du monde sur la nécessité de mourir, et mille victoires sur la concupiscence ; et comme-rarc-en ciel touchant l'espine aspalathus la rend plus odorante que les lys, aussi la rédemption de nostre Seigneur touchant nos misères , elle les rend plus utiles et aymables que n'eust jamais esté l'innocence originelle, a Les anges ont plus de joye au ciel, dit le Sauveur, sur un pécheur pénitent que sur nonante-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence;*» etdemesme. Testât de la rédemption vaut cent fois mieux que celuy de l'innocence. Certes, en l'arrousement du sang de nostre Seigneur fait par l'hyssope de la croix, nous avons esté remises une blancheur incomparablement plus excellente c[ue celle de la neige de l'innocence , sortans , comme Naaman ^ , du fleuve de salut plus purs et netz que si jamais nous n'eussions esté ladres, afïin que la divine Majesté , ainsy qu'elle nous a ordonné de faire, ne fut pas vaincue par le mal, ains vainquit le mal par le bien ^ ; que sa miséricorde , comme une huyle sacrée , se tint au-dessus du jugement *, et î[ub ses miserations surmontassent toutes ses œuvres. ^