‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 237 sur 312 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De quelques faveurs spéciales exercées en la rédemption des hommes par la divine providence.

Dieu, certes, monstre admirablement la richesse incompréhensible de son pouvoir en cette si grande variété de choses

1 Luc. XV, 7. — « rV Reg. Y, 14. — » Rom. XII, 21. — * Jac. II, 13. — » Psalm. GXLIV, 9.

396 DE l'amour de dieu,

que nous voyons en la nature ; mais il fait encor plus maa:nifiquement paroistre les thresors infinis de sa bonté en la diiFerence nonpareille des biens que nous reconnoissons en la grâce. Car, Tbeotime, il ne s'est pas contenté, en Texcés sacré de sa miséricorde, d'envoyer à son peuple, c'est à dire, au genre humain , une rédemption générale et universelle , par laquelle un chacun peut estre sauvé ; mays il l'a diver« sifiée en tant de manières que, sa libéralité reluysant en toute cette variété , cette variété réciproquement embellit aussi sa libéralité.

Ainsy il destina premièrement pour sa tres-sainte mère une faveur digne de l'amour d'un filz qui estant tout sage, tout-puissant, et tout bon, se devoit préparer une mère à son gré ; et partant il voulut que sa rédemption lu y fut appliquée par manière de remède préservatif, affin que le péché , qui s'escouloit de génération en génération , ne parvint point à elle : de sorte qu'elle fut rachetée si excellemment qu'encor que , par après , le torrent de l'iniquité originelle vint rouler ses ondes infortunées sur la conception de cette sacrée dame avec autant d'impétuosité comme il eust fait sur celle des autres filles d'Adam , si est-ce qu'estant arrivé là, il ne passa point outre, ainss'arresta court, comme fit anciennement le Jordain du tems de Josuë *, et pour le mesme respect ; car ce fleuve retint son cours en révérence du passage de l'arche de l'alliance , et le péché originel retira ses eaux, révérant et redoutant la présence du vray tabernacle de l'éternelle alliance.

De cette manière donques Dieu destourna de sa glorieuse mère toute captivité, luy donnant le bonheur des deux estatz de la nature humaine, puisqu'elle eut l'innocence que le premier Adam avoit perdue , et jouît excellemment de la rédemption que le second luy acquit ; ensuite de quoy, comme un jardin d'eslite qui deyoit porter le fruit de vie,

» Jos. III, 16.

Page 1