‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 238 sur 312 · LIVRE II, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VI

«île fut rendue florissante en toutes sortes de perfections, ce Êlz de Tamour éternel ayant ainsy paré sa mère « de robbe d'or recamée en belle variété *, )> aiïin qu'elle fut la reyne de sa dextre , c'est à dire , la première de tous les esleuz qui jouiroit des délices de la dextre divine *. Si que cette mère sacrée , comme toute réservée à son Filz , fut par luy rachetée, non seulement de la damnation, mais aussi de tout péril de la damnation, luy asseurantla grâce et la perfection de la grâce , en rorte qu'elle marchast comme une belle aube , qui , comuençant à poindre , va continuellement croissant en clarté jusques au plein jour * : rédemption admirable, chef-d'œuvre du Rédempteur, et la première de toutes les rédemptions, par laquelle le Filz, d'un cœur vrayement filial , prévenant sa mère es bénédictions de douceur \ il la préserve non seulement du péché , comme les anges, mays aussi de tout péril de péché, et de tous les divertissemens et retardemensde l'exercice du saint amour. Aussi proteste-il qu'entre toutes les créatures raysonnables qu'il a choisies , cette mère est son unique colombe , sa toute parfaite, sa toute chère bienaymée, hors de tout parangon et de toute comparayson *.

Dieu disposa aussi d'autres faveurs pour un petit nombre de rares créatures qu'il vouloit mettre hors du danger de la damnation , comme il est certain de saint Jean-Baptiste , et très-probable de Ilieremie et de quelques autres, que la divine providence alla saysir dans le ventre de leur mère, et dés-lors les establit en la perpétuité de sa grâce , afïin qu'ilz demeurassent fermes en son amour, bien que sujetz aux retardemens et péchés venielz, qui sont contraires à la perfection de l'amour, et non à l'amour mesme ; et ces âmes , en comparayson des autres , sont comme des reynes tous-jours co» ronnées de charité, qui tiennent le rang principal en l'amour

* Ps. XLIV, 10. — 2 Ps. XV, 11. — 3 Prov. IV, 18. — * Ps. XX, 5. —

398 DE l'amour de dieu,

du Sauveur après sa Mère, laqi lelle est la reyne des reynes ; reyne non seulement coronnée d'amour , mais de la perfection de l'amour, et qui plus est, coronnée de son Filz propre, qui est le souverain objet de l'amour, puisque les enfans sont la coronne de leurs pères et mères.

Il y a encor d'autres âmes lesquelles Dieu disposa de laisser pour un tems exposées, non au péril de perdre le salut , mays bien au péril de perdre son amour ; ains il permit qu'elles le perdissent en effect , ne leur asseurant point l'amour pour toute leur vie, ains seulement pour la fin d'icelle, et pour certain tems précèdent. Telz furent les apostres , David , Magdeleine , et plusieurs autres , qui pour un tems demeurèrent hors de l'amour de Dieu , mais en fin estans une bonne fois convertis, furent confirmés en la grâce jusques à la mort : de sorte que dés lors , demeurans voirement sujetz à quelques imperfections, ilz furent toutefois exemptz de tout peclié mortel , et par conséquent du péril de perdre le divin amour, et furent , comme des amies sacrées de l'espoux céleste, parées voirement de la robbe nuptiale de son tres-saint amour , mays non pas pourtant coronnées , par ce que la coronne est un ornement de la teste , c'est à dire , de la premiers parti'^ de la personne ; or la première partie de la vie des âmes de ce rang ayant esté sujette à l'amour des choses terrestres, elles ne peuvent porter la coronne de l'amour céleste , ains leur suffit d'en porter la robbe, qui les rend capables du lit nuptial de l'espoux divin» et d'estre éternellement bienheureuses avec luy.

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