‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 260 sur 312 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Dieu que pour Tamour d'elle-mesme , establissant la fin de Tamour qu'elle porte à Dieu en sa propre commodité, helas! elle commettroit un extrême sacrilège. Si une femme n'aymoit son mari que pour l'amour de son valet, elle aymeroit son mari en valet et son valet en mari : Tame aussi qui n'ayme Dieu que pour l'amour d'elle-mesme , elle s'ayme comme elle devroit aymcr Dieu , et elle ayme Dieu comme elle se devroit aymer elle-mesme.

Mais il y a bien de la différence entre cette parole : fayme Dieu pour le bien que j'en attens , et celle -cy : je nayme Dieu que pour le bien que j'en attens; comme aussi c'est chose bien diverse de dire : j'ayme Dieu pour moy, et dire : jayme Dieu pour V amour de moy. Car quand je dis : j'ayme Dieu pour moy, c'est comme si je disois : j'axjme avoir Dieu, j'ayme que Dieu soit à moy , quil soit mon souverain bien , qui est une sainte affection de l'Espouse céleste , laquelle cent fois proteste par excès de complaysance : « Mon bienaymé est tout mien , et moy je suis toute sienne ; il est à moy, et je suis à luy * ; » mays dire : j'ayme Dieu pour r amour de moy-mesme, c'est comme qui diroit : l'amour que je me porte est la fin pour laquelle j'ayme Dieu, en sorte que l'amour de Dieu soit dépendant, subalterne et inférieur à l'amour propre que nous avons envers nousmesmes : qui est une impieté nonpareille.

Cet amour donq que nous appelions espérance est un amour de convoytise , mays d'une sainte et bien ordonnée convoytise, par laquelle nous ne tirons pas Dieu à nous, ni à nostre utilité, mays nous nous joignons à luy comme à nostre finale félicité. Nous nous aymons ensemblement avec Dieu par cet amour, mays non pas nous préférant ou esgalant à luy en cet amour; l'amour de nous-mesmes est meslé avec €eluy de Dieu , mays celuy de Dieu surnage ; nostre amour propre y entre voirement, mays comme simple motif, et non

» Caut. Gant. II, 16.

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comme fin principale; nostre interesty tient quelque lieu, mays Dieu y tient le rang principal. Guy, sans doute , Theotime ; car quand nous aymons Dieu comme nostre souverain bien , nous Faymons pour une qualité par laquelle nous ne le rapportons pas à nous , mays nous à luy ; nous ne sommes pas sa fin, sa prétention, ni sa perfection, ains il est la nostre; il ne nous appartient pas , mays nous luy appartenons; il ne despend point de nous, ains nous de luy : et en somme , par la qualité de souverain bien , pour laquelle nous l'aymons , il ne reçoit rien de nous, ains nous recevons de luy; il exerce envers nous son aiïluence et bonté, et nous pratiquons nostre indigence et disette : de sorte que aymer Dieu en tiltre de souverain bien , c'est l'aymer en tiltre honnorable et respectueux , par lequel nous Tadvouons estre nostre perfection , nostre repos et nostre fin , en la jouissance de laquelle consiste nostre bouheur. Il y a des biens desquelz nous nous servons en les employant , comme sont nos esclaves , nos serviteurs , nos chevaux , nos habitz ; et l'amour que nous leur portons est un amour de pure convoytise ; car nous ne les aymons pas que pour nostre proufit. Il y a des biens desquelz nous jouissons , mays d'une réciproque et mutuellement esgale jouissance, comme nous faysons de nos amis; car l'amour que nous leur portons en tant qu'ilz nous rendent du contentement est voirement amour de convoytise , mays convoytise honneste , par laquelle ilz sont à nous et nous esgalement à eux , ilz nous appartiennent et nous pareillement leur appartenons. Mays il y a des biens dont nous jouissons d'une jouissance de dépendance , participation et sujettion, comme nous faysons de la bienveuillance de nos pasteurs, princes, père, mère, ou de leur présence et faveur; car l'amour que nous leur portons est aussi, certes, amour de convoytise quand nous les aymons en tant qu'ilz sont nos princes, nos pasteurs, nos pères, nos mères, puisque ce n'est pas la qualité de pasteur , ni de prince , ni de père , ni de

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