CHAPITRE XVII
Que l'amour d'espérance est fort bon, quoyque imparfait.
L'amour que nous pratiquons en l'espérance , Theotime , va certes à Dieu , mays il retourne à nous ; il a son regard en la divine bonté , mais il a de l'esgard à nostre utilité ; il tend à cette suprême perfection, mays il prétend nostre satisfaction : c'est à dire, il ne nous porte pas en Dieu par ce que Dieu est souverainement bon en soy-mesme , mais par ce qu'il est souverainement bon envers nous-mesmes ; où, comme vous voyés , il y a du nostre et de nous-mesmes , et partant cet amour est voirement amour, mais amour de convoitise et intéressé. Je ne dis pas toutesfois qu'il revienne tellement à nous qu'il nous face aymer Dieu seulement pour l'amour de nous. 0 Dieu ! nenny ! car l'ame qui n'aymeroit