LIVRE II, CHAPITRE XVIII
Certes, Seneque, Plutarque et les pytagorîciens, qui recommandent tant l'examen de conscience, et surtout le premier, qui parle si vivement du trouble que le remors intérieur excite en Famé, ont entendu sans doute qu'il y avoit une repentance ; et quant au sage Epictete , il descrit si bien la reprehension que nous devons pratiquer envers nousmesmes qu'on ne sçauroit presque mieux dire.
Il y a encor une autre pœnitence, qui est voirement morale, mays religieuse pourtant, et, en certaine façon, divine, d'autant qu'elle procède de la connoissance naturelle que l'on a d'avoir offencé Dieu en péchant ; car en vérité plusieurs philosophes ont sçeu qu'on faysoit chose aggreable à la Divinité de vivre vertueusement, et que par conséquent on l'offençoit en vivant vitieusement. Le bon homme Epictete fait un souhait de mourir en vray chrestien (comme il est fort probable qu'aussi fit-il), et entre autres choses , il dit qu'il seroit content s'il pou voit en mourant eslever ses mains à Dieu, et luy dire : Je ne vous ai point , quant à ma part, fait de deshonneur ; et de plus il veut que son philosophe face un serment admirable à Dieu de ne jamais désobéir à sa divine Majesté , ni blasmer ou accuser chose quelconque qui arrive de sa part , ni de s'en plaindre en façon que ce soit ; et ailleurs il enseigne que Dieu et nostre bon ange sont presens à nos actions. Yous voyés donc bien, Theotime, que ce philosophe, lors encor payen , connoissoit que le péché offençoit Dieu , comme la vertu Fhonnoroit; et que par conséquent il vouloit qu'on s'en repentit , puisque mesme il ordonnoit que Ton fit l'examen de conscience au soir, en faveur duquel avec Pitagore il fait cet advertissement :
Si vous avés mal fait, tancés-vous aigrement; Si vous avés bien fait, ayés contentement.
Or cette sorte de repentance attachée à la science et dilection de Dieu que la nature peut fournir, estoit une depen-
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dance de la religion morale. Mays, comme la rayson naturelle! a donné plus de connoissance que d'amour aux philosophes, qui ne l'ont pas glorifié à proportion de la notice qu'ilz en avoient , aussi la nature a fourny plus de lumière pour faire entendre combien Dieu estoit offencé par le péché que de chaleur pour exciter le repentir requis à h réparation de l'offence.
Neantmoins , bien que la pénitence religieuse ayt en quelque façon esté reconneuë par quelques-uns des philosophes, si est-ce que c'a esté si rarement et foiblement que ceux qui ont eu la réputation d'estre les plus vertueux d'entre eux, c'est à dire , les stoïciens, ont asseuré que l'homme sage ne s'attristoit jamais ; dequoy ilz ont fait une maxime autant contraire à la rayson que la proposition sur laquelle ilz la fondoient estoit contraire à l'expérience , à sçavoir, que l'homme sage ne pechoit point.
Nous pouvons donq bien dir&, mon cher Theotime, que la pénitence est une vertu toute chrestienne, puisque d'un costc elle a esté si peu conneuë entre les payens, et de l'autre, elle est tellement reconneuë parmy les vrays chrestiens qu'en icelle consiste une grande partie de la philosophie evangelique, selon laquelle quiconque dit qu'il ne pèche point est insensé , et quiconque croid de remédier à son péché sans pénitence, il est forcené; car c'est l'exhortation des exhortations de nostre Seigneur : ce Faites pénitence ^ » Or voicy une briefve description du progrés de cette vertu.
Nous entrons en une profond^, appréhension dequoy, en tant qu'en nous est , nous offençons Dieu par nos péchés , le mesprisant et deshonnorant , luy désobéissant et nous rebellant à luy, lequel aussi de son costé s'en tient pour offencé, irrité et mesprisé, desaggreant, reprouvant et abominant l'iniquité. De cette véritable appréhension naissent plusieurs motifs qui , ou tous , ou plusieurs ensemble , ou chacun en particulier, nous peuvent porter à la repentance.
» Matth. IV^ 17.
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