‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 285 sur 312 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Que le bonheur de mourir en la divine charité est un don spécial de Bieu,

En fin le roy céleste ayant mené Tame qu'il ayme jusques h la fin de cette vie, il l'assiste encor en son bienheureux trespas , par lequel il la tire au lit nuptial de la gloire éternelle, qui est le fruit délicieux de la sainte persévérance. Et alors, cherTheotime, cette ame toute ravie d'amour pour son bienaymé , se représentant la multitude des faveurs et secours dont il l'a prévenue et assistée tandis qu'elle estoit en son pèlerinage , elle bayse incessamment cette douce main secourable, qui l'a conduite, tirée et portée en chemin, et confesse que c'est de ce divin Sauveur qu'elle tient tout son bonheur, puisqu'il a fait pour elle tout ce que le grand patriarche Jacob souhaitoit pour son voyage , lorsqu'il eut veu l'eschelle du cieP. 0 Seigneur! dit-elle donq alors, vous avés esté avec moy et m'avés gardé en la voye par laquelle je suis venue ; vous m'avés donné le pain de vos sacremens

1 Apoc. II, 10. — I Cor. XVI, 13. —3 i Cor. IX, 24. —* Ps.LXX, 9.-< «Gènes. XXVIII, 20.

pour ma nourriture; vous m'avés revestue de la robbe nuptiale de charité; vous m'avés heureusement amenée en ce séjour de gloire, qui est vostre mayson, ô mon père éternel! hé ! que reste-il , Seigneur, sinon que je proteste que vous^ estes mon Dieu es siècles des siècles? Amen.

0 mon Dieu, mon Seigneur^ Dieu pour jamais aymable! Tu m'as tenu la dextre, et ton tres-saint vouloir M'a seuremeut guidé jusqu'à me faire avoir En ce divin séjour un rang tant honnorable ».

Tel donq est Tordre de nostre acheminement à la vie éternelle , pour l'exécution duquel la divine providence establit dés l'éternité la multitude , distinction et entresuite des grâces nécessaires à cela , avec la dépendance qu'elles ont les unes des autres.

Il voulut premièrement d'une vraye volonté qu'encor après le péché d'Adam tous les hommes fussent sauvés, mays en une façon et par des moyens convenables à la condition de leur nature douée de franc arbitre; c'est à dire, il voulut le salut de tous ceux qui voudroient contribuer leur consentement aux grâces et faveurs qu'il leur prepareroit, ofFriroit et departiroit à cette intention.

Or, entre ces faveurs, il voulut que la vocation fust la première, et qu'elle fust tellement attrempée à nostre liberté que nous la puissions accepter ou rejetter à nostre gré. Et à ceux desquelz il prévit qu'elle seroit acceptée , il voulut fournir les sacrés mouvemens de la pénitence ; et à ceux qui seconderoient ces mouvemens , il disposa de donner la sainte charité ; et à ceux qui auroient la charité , il délibéra de donner les secours requis pour persévérer ; et à ceux qui emploieroient ces divins secours , il résolut de leur donner la finale-perseyerance, et glorieuse félicité de son amour éternel.

Nous pouvons donc rendre rayson de l'ordre des efFetz de

iPs.LXXII,24.

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