LIVRE III, CHAPITRE V
la providence qui regarde nostre salut, en descendant du premier 3 usques au dernier, c'est à dire, depuis le fruit, qui est la gloire, jusques à la racine de ce bel arbre , qui est la rédemption du Sauveur. Car la divine bonté donne la gloire en suite des mérites , les mérites ^m suite de la charité , la cbxarité en suite de la pénitence , la pénitence en suite de Fobeïssance à la vocation , l'obéissance à la vocation en suite de la vocation , et la vocation en suite de la rédemption du Sauveur, sur la^çuelle est appuyée toute cette eschelle mystique du grand Jacob , tant du costé du ciel , puisqu'elle aboutit au sein amoureux de ce Père éternel dans lequel il reçoit les esleuz en les glorifiant, comme aussi du costé de la terre , puisqu'elle est plantée sur le sein et le ilanc percé du Sauveur mort pour cette occasion sur le mont de Calvaire.
Et que cette suite des efFectz de la providence ait esté ainsy ordonnée avec la mesme dépendance qu'ilz ont les uns des autres en l'éternelle volonté de Dieu , la sainte Eglise le tesmoigne quand elle fait la préface d'une de ses solemnelles prières en cette sorte : « 0 Dieu éternel et tout-puissant ! qui estes Seigneur des vivans et des mortz , et qui usés de miséricorde envers tous ceux que vous prevoyés devoir estre à l'advenir vostres par foy et par œuvres : » comme si elle advouoit que la gloire, qui est le comble et le fruit de la miséricorde divine envers les hommes , n'est destinée que pour ceux que la divine sapience a preveuqu'à l'advenir, obeissans à la vocation , ilz * viendroient à la foy vive qui opère par la charité.
En somme, tous ces effetz dépendent absolument de la rédemption du Sauveur, qui les a mérités pour nous à toute rigueur de justice par l'amoureuse obéissance qu'il a pratiquée jusques à la mort, et la mort de la croix, laquelle est la racine de toutes les grâces que nous recevons , nous qui sommes greffes spirituelz , entés sur son tige. Que si 1 Le mot ilz manque dans les anciennes édition?.
474 DE l'amour de dteu,
ayans esté entés nous demeurons enluy, nous porterons sans doute , par la vie de la grâce qu'il nous communiquera , le fruit de la gloire qui nous est préparé. Que si nous sommes comme jettons et greffes rompus sur cet arbre , c'est à dire , que par nostre résistance nous rompions le progrés etl'entresuite des effetz de sa debonnaireté , ce ne sera pas merveille si en fin on nous retranche du tout , et qu'on nous mette <îans le feu éternel, comme branches inutiles*.
Dieu , sans doute , n'a préparé le paradis que pour ceux desquelz il a preveu qu'ilz seroient siens : soyons donq siens par foy et par œuvre, Theotime, et il sera nostre par gloire. Or il est en nous d'estre siens; car bien que ce soit un don de Dieu d'estre à Dieu , c'est toutefois un don que Dieu ne refase jamais à personne, ains l'offre à tous, pour le donner à ceux qui de bon cœur consentiront de le recevoir.
Mays voyés, je vous prie, Theotime, de quelle ardeur Dieu désire que nous soyons siens , puisque à cette intention il s'est rendu tout nostre , nous donnant sa mort et sa vie : sa vie , aiïin que nous fussions exemptz de l'éternelle mort ; et sa mort, aiïin que nous puissions jouir de l'éternelle vie. Demeurons donq en paix , et servons Dieu pour estre siens en cette vie mortelle, et encor plus en l'éternelle.