‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 288 sur 312 · LIVRE III, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VI

cœur pour vous, et jamais il n'aura repos qu'il ne soit eu vous \ )) inlays qu'ay-je au ciel sinon vous , ô mon Dieu! et quelle autre chose veux-je sur la terre? Ouy, Seigneur, car vous estes le Dieu de mon cœur, mon lot et mon partage éternellement^. Neantmoins cette union à laquelle nostre cœur aspire ne peut arriver à sa perfection en cette vie mortelle : nous pouvons commencer nos amours dans ce monde, mays non pas les consommer qu'en l'autre.

La céleste amante l'exprime délicatement : ce Je l'ay en fin treuvé, dit-elle, celuy que mon ame chérit ; je le tiens, et ne le quitteray point jusques à ce que je l'introduise dans la mayson de ma mère, et dans la chambre de celle qui m'a engendrée'^ . » Elle le treuve donc , ce bienaymé , car il luy fait sentir sa présence par mille consolations ; elle le tient , car ce sentiment produit des fortes affections , par lesquelles eite le serre et l'embrasse ; elle proteste de ne le quitter jamais : oh non ! car ces alTections passent en résolutions éternelles ; et toutesfois elle ne pense pas le bayser du bayser nuptial jusques à ce qu'elle soit avec luy en la mayson de sa mère, qui est la ïlierusalem céleste, comme dit saint Paul *. Mays voyés , Theotime , qu'elle ne pense rien moins , cette espouse , que de tenir son bienaymé à sa mercy comme un esclave d'amour ; dont elle s'imagine que c'est à elle de le mener à son gré, et l'introduire au bienheureux séjour de sa mère, où neantmoins elle sera elle-mesme introduite par luy, comme fut Rebecca en la chambre de Sara par son cher îsaac ; l'esprit pressé de passion amoureuse se donne tous -jours un peu d'avantage sur ce qu'il ayme; et l'Espoux mesme confesse que sa bienaymée luy a ravy le cœur, l'ayant lié par un seul cheveu de sa teste % s' ad vouant son prisonnier d'amour.

Cette parfaite conjonction de l'ame à Dieu ne se fera donc point qu'au ciel, où, comme dit l'Apocalipse, se fera le festin

» Conless. — 2 Ps. LXXII, 25. — 3 Gant. Gant. III, 4. — * Galat. IV, 20. — » Gant. Gant. IV^ 9.

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des nopces de TAigneau^ » Ici , en cette vie caduque , Tame est voirement espouse et fiancée de FAigneau immaculé, mays non pas encor mariée avec luy ; la foy et les promesses se donnent, mais Fexequution du mariage est différée : c'est pourquoy il y a tous-jours lieu de nous en desdire, quoy que jamais nous n'en ayons aucune rayson, puisquenostre fidèle espoux ne nous abandonne jamais que nous ne l'obligions à cela par nostre desloyauté et perfidie ; mais estans au ciel , les nopces de cette divine union estant célébrées, le lien de nos cœurs à leur souverain principe sera éternellement indissoluble.

Il est vray, Theotime , qu'en attendant ce grand bayser d'indissoluble union que nous recevrons de FEspoux là haut en la gloire, il nous en donne quelques-uns par mille ressentimens de son aggreable présence ; car si Famé n'estoit pas baysée , elle ne seroit pas tirée , ni ne courroit pas à l'odeur des parfums du Bienaymé. Pour cela , selon la naïveté du texte hebrieu et selon la traduction des Septante interprètes^ elle souhaite plusieurs baysers : « Qu'il me bayse , dit-elle y des baysers de sa bouche. » Mais d'autant que ces menus baysers de la vie présente se rapportent tous au bayser éternel de la vie future, comme essais, preparatifz et gages d'iccluy , la sacrée vulgaire édition a saintement réduit les baysers de la grâce à celiiy de la gloire , exprimant le souhait de Famante céleste en cette sorte : « Qu'il me bayse d'un bayser de sa bouche ^ : » comme si elL^ disoit : Entre tous les baysers, entre toutes les faveurs que l'ami de mon cœur, ou le cœur de mon ame, m'a préparés, hé! je ne souspire ni n'aspire qu'à ce grand et solemnel bayser nuptial qui doit durer éternellement , et en comparayson duquel les autres baysers ne méritent pas le nom de bayser, puisqu'ilz sont plus tost signes de l'union future entre mon bienaymé et moy qu'ilz. ne sont pas l'union mesme.

» Apoc. XIX, 9. — 2 Gant. Gant. I, i.

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