‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 293 sur 312 · LIVRE III, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IX

sinon à la foible clarté du point du jour, si est-ce que , tout îavi de contentement, il ne laissa pas de s'escrier : « J'ayveu le Seigneur face à face, et mon ame a esté sauvée ^ » 0 combien délicieuse est la sainte lumière de la foy , par laquelle nous sçavons avec une certitude nonpareille , non seulement rhistoire de Forigine des créatures et de leur vray usage , mays aussi celle de la naissance éternelle du grand et souverain Verbe divin , auquel et par lequel tout a esté fait , et lequel avec le Père et le saint Esprit est un seul Dieu , trèsunique , tres-adorable , et béni es siècles des siècles. Amen. Ah ! dit saint Hierosme à son Paulin , a le docte Platon ne sçeut onques cecy, l'éloquent Demostlienes l'a ignoré. » « 0 que vos paroles , dit ce grand roy, sont douces , Seigneur , à mon palais! plus douces que le miel à ma bouche ^! » «Nostre cœur n'estoit-il pas tout ardent tandis qu'il nous paiioit en chemin? » disent ces heureux pèlerins d'Emaùs parlant des flammes amoureuses dont ilz estoient touchés par la parole de la foy ^ Que si les vérités divines sont de si grande suavité estant proposées en la lumière obscure de la foy, ô Dieu ! que sera-ce quand nous les contemplerons en la clarté du midy de la gloire 1

La reyne de Saba , qui , à la grandeur de la renommée de Salomon, avoit tout quitté pour le venir voir, estant arrivée en sa pre&ence , et ayant escouté les merveilles de la sagesse qu'il respandoit en ses propos , toute esperdue et comme pasmée d'admiration, s'escria que ce qu'elle avoit appris par ouï dire de cette céleste sagesse n'estoit pas la moitié de la connoissance que la veuë et l'expérience luy en donnoient *.

Ah ! que belles et amiables sont les vérités que la foy nous révèle par l'ouïe ! Mays quand , arrivés en la céleste Hierusalem , nous verrons le grand Salomon , roy de gloire , assis sur le throsne de sa sapience , manifestant avec une clarté

1 Gen. XXXII , 22 et seq. — « Ps. CXVIII , 103. — » Luc. XXIV, 32. — ♦ lIÎReg.X,letseq.

486 DE l'amour de dieu,

incompréhensible les merveilles et secrelz etemelz de sa venté souveraine, avec tant de lumière que nostre entendement verra en présence ce qu'il avoit creu ici-bas, oh ! alors , trèscher Theotime , quelz ravissemens ! quelles extases ! quelles admirations! quelles amours ! quelles douceurs ! Non, ja* mais , dirons-nous en cet excès de suavité, non, jamais nous n'eussions sceu penser de voir des vérités si délectables. Nous avons voirement creu tout ce qu'on nous avoit annoncé de ta gloire, 6 grande cité de Dieu! mays nous ne pouvions pas concevoir la grandeur infinie des abismes de tes délices.

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