‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 294 sur 312 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Que le désir précèdent accroistra grandement l'union des bienheureux

avec Lieu,

Le désir qui précède la jouissance aiguise et affine le ressentiment d'icelle ; et plus le désir a esté pressant et puissant, plus la possession de la chose désirée est aggreable et délicieuse. 0 Jésus! mon cher Theotime, quelle joye pour le cœur humain de voir la face de la Divinité, face tant désirée, ains face l'unique désir de nos âmes ! Nos cœurs ont une soif qui ne peut estre estanchée par les contentemens de la vie mortelle , contentemens desquelz les plus estimés et pourchassés , s'ilz sont modérés , ilz ne nous désaltèrent pas , et s'ilz sont extrêmes , ilz nous estoulFent. On les désire neantmoins tous-jours extrêmes , et jamais ilz ne le sont qu'ilz ne soient excessif z , insupportables et dommageables; car on meurt de joye comme on meurt de tristesse , ains la joye est plus active à nous ruiner que la tristesse. Alexandre ayant englouty tout ce bas monde , qu'en effet , qu'en espérance , ouït dire à un chetif homme du monde qu'il y avoit encor plusieurs autres mondes ; et comme un petit enfant, qui veut pleurer pour une pomme qu'on luy refuse , cet Alexandre

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