‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 295 sur 312 · LIVRE III , CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE X

que les mondains appellent le Grand , pins fol neantmoins qu'un petit enfant , se prend à pleurer à chaudes larmes , de quoy il n'y avoit pas apparence qu'il peust conquérir les autres mondes, puisqu'il n' avoit encor pas l'entière possession de celuy-cy. Celuy qui, jouissant plus pleinement du monde que jamais nul ne fit, en est toutesfois si peu content qu'il pleure de tristesse de quoy il n'en peut avoir d'autres , que la folle persuasion d'un misérable cajolleur luy fait imaginer, dites-moy, je vous prie, Theotime, monstre-il pas que la soif de son cœur ne peut estre assouvie en cette vie , et que ce monde n'est pas suffisant pour le désaltérer? 0 admirable , mays aymable inquiétude du cœur humain! Soyés, soyés à jamais sans repos ni tranquillité quelconque en cette terre, mon ame, jusques à ce que vous ayés rencontré les fraisches eaux de .la vie immortelle, et la tres-sainte Divinité, qui seules peuvent esteindre vostre altération et accoyser vostre désir.

Cependant, Theotime, imaginés-vous , aveclePsalmiste*, ce cerf qui , malmené par la meute , n'a plus ni vent ni jambes, comme il se fourre avidement dans l'eau qu'il va qu estant , avec quelle ardeur il se presse et serre dans cet élément. Il semble qu'il se voudroit volontiers fondre et convertir en eau, pour jouir plus pleinement de cette fraischeur. Hé 1 quelle union de nostre cœur à Dieu là-haut au ciel, où, après ces désirs infinis du vray bien, non jamais assouvis en ce monde, nous en treuverons la vivante et puissante source ! Alors , certes , comme on voit un petit enfant affamé , si fort collé au flanc de sa mère et attaché à son te tin, presser avidement cette douce fontayne de suave et désirée liqueur, de sorte qu'il est advis qu'il veuille ou se fourrer tout dans ce sein maternel , ou bien tirer et succer toute cette poitrine dans la sienne : ainsy nostre ame, toute haletante de la soif extrême du vray bien, lorsquelle en rencontrera la source inépuisable

1 Ps. XLI, -a

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en la Divinité , ô vray Dieu ! quelle sainte et suave ardeur à s'unir et joindre à ces mammelles fécondes de la toute bonté, du pour estre tout abismés en elle , ou affin qu'elle vienne toute en nous !

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