‹ Œuvres complétes Volume 1Chapitre 300 sur 312 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

De l'union des espritz bienheureux avec Dieu en la vision de la •production du saint Esprit,

Le Père éternel voyant l'infinie ])onté et beauté de son essence si vivement, essentiellement et substantieHement exprimée en son Filz , et le Filz voyant réciproquement que sa mesme essence , bonté et beauté , est originairement en son Père, comme en sa source et fontayne, hé ! se pourroit-il faire que ce divin Père et son Filz ne s'entr'aymassent pas d'un amour infîny, puisque leur volonté, par laquelle ilz ayment, et leur bonté , pour laquelle ilz ayment , sont infinies en l'un et en l'autre?

L'amour ne nous treuvant pas esgaux , il nous esgale; ne nous treuvant pas unis, il nous unit. Or le Père et le Filz se treuvans non seulement égaux et unis, ains un mesme Dieu, une mesme bonté , une mesme essence et une mesme unité , quel amour doivent-ilz avoir l'un à l'autre ! Mays cet amour ne se passe pas comme l'amour que les créatures intellec-

tuelles ont entre elles ou envers leur Créateur ; car l'amour créé se fait par plusieurs et divers eslans, souspirs, unions et liaysons qui s'entresui vent, et font la continuation de l'amour avec une douce vicissitude de mouvemens spirituelz; mays* l'amour divin du Pei e éternel envers son Filz est pratiqué en un seul souspir eslancé réciproquement par le Père et le Filz, qui en cette sorte demeurent unis et liés ensemble. Ouy, mon Theotime; car la bonté du Père et du Filz n'estant qu'une seule tres-uniquement unique bonté, commune à l'un et à l'autre , l'amour de cette bonté ne peut estre qu'un seul amour, par ce qu'encor qu'il y ait deux amans, à sçavoir le Père et le Filz , neantmoins il n'y a que leur seule trèsunique bonté, qui leur est commune, laquelle est aymée , et leur très-unique volonté qui ayme ; et partant il n'y a aussi qu'un seul amour exercé par un seul souspir amoureux. Le Père souspire cet amour, le Filz le souspire aussi ; mays par ce que le Père ne souspire cet amour que par la mesme volonté et pour la mesme bonté qui est également et uniquement en luy et en son Filz, et le Filz mutuellement ne souspire ce souspir amoureux que pour cette mesme bonté et par cette mesme volonté, partant ce souspir amoureux n'est qu'un seul souspir, ou un seul esprit eslancé par deux souspirans. Et d'autant que le Père et le Filz , qui souspirent , ont une essence et volonté infinie , par laquelle ilz souspirent , et que la bonté pour laquelle ilz souspirent est infinie , il est impossible que le souspir ne soit infini ; et d'autant qu'il ne peut estre infini qu'il ne soit Dieu , partant cet esprit souspire du Père et du Filz est vray Dieu ; et par ce qu'il n'y a , ni peut avoir qu'un seul Dieu , il est un seul vray Dieu avec le Père et le Filz. Mays de plus , par ce que cet amour est un acte qui procède réciproquement du Père et du Filz, il ne peut estre ni le Père ni le Filz , desquelz il est procédé ,

1 Les anciennes éditions portent car; mais le sens exige manifestement maiSfC^'oïi lit dans rédition de M. Biaise^ etc.

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