Humiliés-Yous* et demandés son assistance
3. Imaginés-vous une ville ténébreuse, toute bruslante de soulfre et de poix puante , pleine de citoyens qui n'en peuvent sortir.
CONSIDERATIONS
1. Les damnés sont dedans Tabysme infernal comme dedans cette ville infortunée, en laquelle ilz souffrent des tourmens indicibles en tous leurs sens et en tous leurs
1^* PARTIE, CHAPITRE XV. îl
membres, par ce que, comme ilz ont employé tous leurs sens et leurs membres pour pécher, ainsi soufFriront-ilz en tous leurs membres et en toias leurs sens les peynes deuës au péché : les yeux, pour leurs faux et mauvais regardz, souffriront rhorrible vision des diables et de Tenfer ; les aureilles, pour avoir pris playsir aux discoursvicieux, n'ouïront jamais que pleurs , lamentations et desespoirs ; et ainsy des autres.
2. Outre tous ces tourmens, il y en a encor un plus grand, qui est la privation et perte de la gloire de Dieu, laquelle ilz sont forclos de jamais voir.
Que si Absalon trouva que la privation de la face amiable de son père David estoit plus ennuyeuse que son exil , ô Dieu ! quel regret d'estre à jamais privé de voir vostre doux et suave visage !
3. Considérés sur tout Teternité de ces peynes, laquelle seule rend l'enfer insupportable. Helas! si une puce ennostre oreille, si la chaleur d'une petite fièvre nous rend une courte nuit si longue et ennuyeuse , combien sera espouvantable la nuit de l'éternité avec tant de tourmens ! De cette éternité naissent le desespoir éternel, les blasphèmes et rages infinies.
AFFECTIONS ET RESOLUTIONS
Espouvantés vostre ame par les paroles de Job (1) : 0 mon ame ! pourrois-tu bien vivre éternellement avec ces ardeurs perdurables, et emmy ce feu dévorant? veux-tu bien quitter ton Dieu pour jamais?
Confessés que vous l'avés mérité, mais combien de fois! Or désormais je veux prendre party au chemin contraire : pourquoy descendray-je en cet abysme?
(1) C'est par inadvertence que saint François de Sales cite ces paroles comme étant de Job : elles sont d'isaïe, chap. XXXIII, v, 14. Néanmoins nous n'avons pas cru devoir rien changer au texte que donnent toutes les anciennes éditions , du moins celles que nous avons vues, sauf celle de 1663 ^ qui corrige : d'Isaye.
Je feray donques tel et tel effort pour éviter le péché, qui seul me peut donner cette mort éternelle. Remerciés, offres, priés.