A MADAME DE CORNILLON, SA SŒUR
Oooeotefions sur la mort de sa jeune sœur Jeanne de Sales ; la pensée de la mort conduit à l'amour divin, et la vertu s'accroît dans les afflictions.
45 mai iG09.
Mon Dieu! ma chère Fille, ma seur, soyés joyeusement dévote. Que vous serés heureuse si vous embrassés constamment ce dessein ! La pauvre petite seur ^ , qui s'en est allée si chrestiennement et si soudainement , a bien resveillé mon esprit a l'amour de ce souverain bien auquel toute cette courte vie doit estre rapportée. Aymons-nous bien, chère seur, et nous tenons bien ensemblement a ce Sauveur de nos âmes , en qui seul nous pouvons avoir nostre bonheur. Je suis tout plein d'espeicince que nostre Seigneur sera de plus en plus lidellement servy , obey et honnoré de vous, qui est le plus t:rand bien que je vous puisse souhaitter.
La multitude des ennuys que vous avés es affaires de "Vostre mayson ( desquelz mon bon frère me parla l'autre jour) vous serviront infiniment pour rendre vostre ame vertueuse , si vous vous exercés a supporter le tout en esprit de douceur, de patience et de ûeoonnaireté. Tenés tous-jours bien vostre cœur bandé a cela, et considérés souvent que Dieu vous regarde de son œil d'amour parmi toutes ces pe-
» C'est la 1S2« de la collection -Biaise, et la 2e du livre V de? anciennes éditions.
« Gaspard de Sales, épouse de Melchior de Gornillon , seigneur de Mérans.
* Elle mourut en octobre 1607 àTolte, l'une des terres de la baronnie de Chantai, et auprès de la pieuse baronne, qui prenoit soin de son éducation.
tites incommodités et brouilleries, pour voir comme vous vous y comporterés selon son gré : faites donques Lien joliment la practiquede son amour en ces occasions; et s'il vous arrive quelquesfois de vous impatienter , ne vous troublés point pour cela , mais vous remettes soudainement en douceur. Bénisses ceux qui vous aîïïigent; et Dieu, ma chère Fille, vous bénira. Je l'en supplie de tout mon cœur, comme pour ma seur bien-aymée, et ma Fille très chère, a laquelle je suis tout dédié.
GXI.
LETTRE
A UNE DAME
Les embarras des affaires sont des occasions de pratiquer les vertus ; leur multiplicité est une espèce de martyre ; il faut y apporter de la patience et de la modération. Par rapport à l'autre vie , elles ne sont rien moins que des afiaires; Tunique affaire est celle du salut.
19 mai 1609.
Je me resouviens que vous me distes combien la multiplicité de vos affaires vous chargeoit; et je vous dis que c'estoit une bonne commodité pour acquérir les vrayes et solides vertus. C'est un martyre continuel , que celuy de la multiplicité des affaires ; car, comme les mouches font plus de peyne tt d'ennuy a ceux qui voyagent en esté que ne fait le voyage mesme , ainsy la diversité et la multitude des affaires fait plus de peyne que leur pesanteur mesme.
Vous avés besoin de la patience; et j'espère que Dieu vous la donnera, si vous la luy demandés soigneusement , et que
1 C'est la 1850 de la oollection-Blaise, et la 5^ du livre V des plus ancienne» .éditions.
VOUS VOUS efforciés de la pratiquer fidellem«^nt, vous y préparant tous les matins par une application spécial*- de quelque point de vostre méditation, et vous opiniastraiit de vous mettre en patience le long de la journée, tout autant de fois que vous vous en sentirés distraite. Ne perdes nulk^ occasion, pour petite qu'elle soit, d'exercer la douceî^r d- r.ppv envers un chacun.
Ne vous confiés pas de pouvoir reiiscir en vos affaires pai^ vostre industrie , ains seulement par l'assistance de Dieu ; et partant reposés- vous en son soin , voyant qu'il fera ce qui sera mieux pour vous, pourveu que de vostre costé voususiés d'une douce diligence ; je dis douce diligence, parce que les diligences violentes gastent le cœur et les affaires, et ne sont pas diligences , mais empressemens et troubles.
Mon Dieu ! Madame, nous serons bien-tost en l'éternité , et Ihors nous verrons combien toutes les affaires de ce monde sont peu de chose , et combien il importoit peu qu'elles se fissent ou ne se fissent pas. Maintenant néanmoins nous nous empressons comme si c'estoyent des choses grandes. Quand nous estions petitz enfans, avec quel empressement assemblions -nous des morceaux de tuyles, de bois, de la boue, pour faire des maysons et petitz bastimens! et si quelqu'un nous les mynoit, nous en estions bien marryset pleurions : maintenant nous connoissons bien que tout cela importoit fort peu. Un jour nous en ferons de mesme au ciel , que nous verrons que nos affections au monde a'estoient que de vrayes enfances.
Je ne veux pas oster le soin que nous devons avoir de ces petites tricheriœ et bagatelles, car Dieu nous les a commises en ce monde pour exercice; mais je voudrois bien oster l'ardeur et la chaleur de ce soin. Faysons nos enfances, puis que nous sommes enfans; mais aussi ne nous morfondons pas a les faire : et si quelqu'un ruyne nos maysomiettes et petitz desseins, ne nous en tourmentons pas beaucoup; car aussi
DE S. FRANÇOIS DE SALEb. 33 ï
fjiiand ce viendra le soir, auquel il se faudra mettre a couvert, je veux dire la mort, toutes ces maysonnettos ne seront pas a propos; il faudra se retirer en la mayson de noslre père. Soignés fîdellement a vos affaires; mais saches que vous n'avés point de plus dignes affaires que celle de vostre salut, et Facheminement du salut de vostre ame a la vraye de* votion.
Ayés patience avec tous , mais principalement avec vousmesme : je veux dire que vous ne vous troubliés point de vos imperfections , et que vous ayés tous-jours courage de vous en relever. Je suis bien ayse dequoy vous recommencés tous les jours : il n'y a point de meilleur moyen pour bien achever la vie spirituelle, que de tous-jours recommencer, et ne penser jamais avoir assés fait.
Recommandés-moy a la miséricorde de Dieu, laquelle je supplie de vous faire abonder en son saint amour, ilmen. Je suis vostre serviteur bien humble , etc.
\/v^yv^/^/^/^•\/\•v^•v\/vv'^•v \
LETTRE
A UNE DAME
Saint François consent à ce que cette dame et sa sœur malade fassent voyage pour venir le voir, et fixe les conditions qu'il met à ce consentement. Il lui marque en attendant quelle sorte de prières peuvent faire les malades danî? leur état de souffrance. 11 lui trace aussi une règle à suivre par rapport à certains legs.
Je respons briefvement mais exactement a votre lettre que le curé de Sessel m'a rendue. Je voy l'esprit de nostre chère
1 L'autographe de cette lettre est conservé au couvent de la Visitation de Sainte-Marie de Reims. C'est la 180* de la coUeclion-lilaise , et la 12e tXa livre II des anciennes éditions.
seur, qui désire de venir faire un voyage et s'en promet un grand alegement. Encore faut-il un peu condescendre a cette pauvre fille, qui est vrayement bonne, quoy qu'infirme. Et pour cela , ie luy dirois volontiers quelle vint , si ie ne craignois l'inquiétude et la diversité de sentimens que Messieurs vos parens en prendront. Il se peut néanmoins faire qu'ilz l'auront aggreable; et si vous connoissés que ce soit tout a la bonne foy, et simplement qu'ilz lauront aggreable, vous pourrés fort librement luy donner courage de venir, et venir vous raesme sous les mesmes conditions. Je vay ainsy réservé en ce dessein parce que ie doute que les congés qu'ilz accordent, ne soyent pas donnés de bon cœur et la dessus se disent mille choses. Or quand elle se résoudra de venir il faut que ce soit sans bruit et tout simplement comme pour venir a saint Trauer et a saint Claude et vous aussi et la i)onne madamoyselle de Putigne aussi si elle est de la trouppe, afiSn deviter /es curiosités de ceux qui voudront tout enquérir et si il ne faut pas que ce soit si Ion * par ce que nous avons un peu de soupçon de guerre , qui sevacuera , et que monsieur le Duc de Nemours doit passer icy pour quelques iours pendant lesquelz ie ne pourray pas labandonner. Si •]ue, si vous prenes resolution, il faudra prendre le tems un peu bien avant, vers le moj^s d'aoust, sur la fin ou sur le commencement de septembre. Car quant au moys de juillet ie seray hors d'icy; et si, il me faudra aller consacrer un digne evesque que nous avons a Beley; action laquelle, bien quelle soit conste % si est ce quelle me tient en suspens par ce que ie ne sçay pas le tems précisément. Au demeurant croyés que i'auray bien de la consolation si ie vous puis voir dans nos montaignes, qui sont toutes en fort bon air; en un
1 Au lieu de si Ion (ou long, suivant l'orthographe actuelle), les autres éditions portent si tost, ce qui est un vrai contre-sens.
^ C'est-à-dire constante ou certaine. Les autres éditions portent courte aa Ueu de conste.
mot, preiiés garde que vos congés soyent donnés franchement : et cela estant , ce me sera un grand contentement de vous voir un peu parmi nous, quoy que vous ne serés nullement bien traittées, encor que nous voulussions. Mais vous serés receues par certaine sorte de cœurs qui ne sont pai vulgaires.
Quant a la méditation, les médecins ont rayson ; tandis que vous estes infirme, il s'en faut sevrer; et pour reparer ce manquement, il faut que vous faciès au double des oraysons iaculatoires, et que vous appliquies le tout a Dieu par un acquiescement entier * a son bon playsir, qui vous sépare aucunement de luy , vous donnant cet empescliement a la méditation ; mais c'est pour vous unir plus solidement a luy par lexercice de la sainte et tranquille résignation. Que nous importe-il que nous soyons avec Dieu , ou d'une façon ou d'autre? En vérité, puisque nous ne cherchons que luy et que nous ne le treuvons pas moins en la mortification qu'eu l'orayson, sur tout quand il nous touche de maladie, il nous doit estre aussi bon de l'un que de l'autre. Outre que les oraysons iaculatoires , ces eslancement de nostre esprit sont des vrayes continuelles oraysons , et la souffrance des maux est la plus digne offrande que nous puissions faire a celuy qui nous a sauvés en souffrant. Faites vo^^îT) lire quelque bon livre parfois : car encor cela supplée.
Quant a la communion continués tousiours, et il est vray que ie veus ay dit qu'il nestoit nul besoin d'ouir la messe pour se communier les iours ouvriers, ni mesme aux iours de feste quand on a oûy une deuant ou quon en peut ouïr une après, quoy qu'entre deux on face beaucoup dautres choses. Cela est vray.
Pour le légat % sur iapprehension de vostre mort, vous le
* Ce mot entier se trouve omis dans toutes les précédentes éditions.
* C'e«t -à-dire ieg^. Gel alinéa tout Oûtier a été oniia dans les iMrC'cédenkI éditioiiâ.
pourrés bien faire; mais il faut que ce soit avec modération, eu telle sorte que cela ne soit pas a trop grande charge aux vostres. Car vous leur donneriés sujet de refuser ou de murmurer et se troubler. Je vous dis , comme saint Paul *, faxj' sons bien tandis que nous en avons le tems; mais tonsiours avec modération.
Ne vous inquiétez point de ne pouvoir pas servir Dieu seïon vostre goust; car en bien vous accommodant a vos incommodités vous le servirés selon le sien qui est bien meilleur que le vostre. Qu'a jamais soit-il béni et glorifié. Vive Jésus et ie suis en luy d'un cœur très fidelle tout entièrement vostre F. xxx may 1609.
Je salue très humblement le bon P. Gentil.
LETTRE
A SAliNTE JEANNE-FKANÇOISE DE CIIANTAL.
Il lui annonce sa prochaine arrivée.
Ma chère Seur, Nous allons a la messe , pour disner par après et partir. Mais qu'il me tarde que je sois vers vous ! Je n'y seray néanmoins qu'un peu tard, car nos chevaux sont recreuz des grandes journées que nous avons faites ; si nous treuvons monsieur de Chantai couché , nous ne laisserons pas de luy aller donner le bon soir. Mais il faut que je prie ma bonne
iGaL, VI,lo.
* Cette lettre étoit restée inédite jusqu'à ce jour. L'autographe en est conservé au ra-aastère de la Visitation de Sainte-Marie de Rennes.
DE S. F11A>Ç0TS DE SAT.ïïS, 335
nièce, si elle (est) auprès de vous, de me faire la charité, d'un petit bain de sauge pour mon pied , que je vous porte un peu boiteux. Bon soir, ma chère Seur ma Fille, vostre fllz, vostre neveu et la Thuille* vous baysent les mains. Nous avons pensé amener monsieur de Charmoysi ; mais la venue de monsieur de Hemans nous a osté cette bonne compaignie.
Nostre Seigneur soit avec vous.
LETTRE
A LA JÎÉME.
Il lui parle de son Traite de l'amour de Dieu»
Ma très chère Mère ma Fille ,
Je vous veux un peu donner le bon jour pour contenter mon cœur, partout, car encor le faut-il aymer ce pauvre cœur, puisque tout infirme qu'il est, il veut aymer son Dieu de toute Festendue de ses forces , en sincérité et pureté. Or je désire, mais je n'ose me promettre que je vous aille voir aujourd'huy. Entre autres causes de ma défiance, c'est que voyci arriver M. Fausmonier de Belleville, qui est celuy qui
1 Le comte Louis de Sales, frère du saint évêque.
> Cette lettre paroU avoir été écrite à la sainte baronne pendant le séjour qu'elle fit en 1609 à Annecy. Restée inédite jusqu'à ce jour, elle nous a été communiquée par M. l'abbé Houet, aumônier du Sacré-Cœur à Rennes, de la part de M. Guilloux, curé de Corps-Nuds, qui en possède l'autographe. Au revers de la pièce originale, on lit cette indication, d'une écriture déjà ancienne : Lettre escritte de la main de S. François de Sales, a madame de Chantai fondatrisse de l'ordre des fUles de la Visitation.
336 LETTKLS SPIRITUELLES
ma escrît par M. DesgoufFiez; et la rayson veut qne venant exprès pour me voir, je luy en donne le plus de commodité que je pourray. Je croy qu*il vous ira voir aussi, et je désire que ce soit a sa consolation et édification. Mesme qu'il a quelque sorte d'inclination a vouloir estre de nostre future congrégation , si Dieu nous fait la grâce que nous lerigions^ Il voudra aussi peut estre voir nostre fille Bellod, parce qu'il est beau frère de M. Lesleu Bellod. Jay desja travaillé deux heures en V amour de Dieu \ Mays faut-il pas que je vous die le desplaysir que j'eus hier de la nouvelle de la mort de nostre monsieur le baron de Lux , tué cojime Von dit d'un coup de pistolet par le chevalier de Guyse. La nouvelle est un peu suspecte pour venir de Genève; néanmoins, ainsy comme on lasseure, jay grande opinion quelle soit véritable. Helas, que je le plains s'il est mort ainsi! Car autrement la mort est trop commune et trop nécessaire, pour sen estonner extraordinairement. Ma très chère Fille, ma très honni Mère , Dieu vou^ comble de ses plus sacrées bénédictions en tout vostre cœur ei: toute vostre vie. Ne me respondes que ce soir. Mais dites a M. Michel comme vous vous portes. Vive Jésus.
* On verra plus loin, par sa lettre du S février 1610, que le saint évoque Uavailloit dès loi» à cet ouvrage.
DE S. FRANÇOIS DE SALES. dH
LETTRE
A LA MÊME
La foiblesse de l'homme est digne de compassion dans sa sensibilité à la mort de ses proches; il est vrai qu'on ne peut pas y être tout-à-fait insensible; mais, après avoir payé le tribut à la nature, il faut que la raison et la religion prennent le dessus.
"La veille de l'Assomption, H août 1609.
Voyci la troysieme fois que je vous escris depuis vostre départ, ma chère Seur, ma Fille. N. m'a bien dit de vos nouvelles , et de celles de M% laquelle il m'a dépeinte pour fort affligée : mais je le croy bien ; c'estoit sa fille , celle qui est morte. Helas ! il faut avoir compassion a nos misérables âmes, lesquelles, tandis qu'elles sont en l'imbecilité de nos corps, sont si très fort sujettes a la vanité. Comment est-il possible, disoit S. Grégoire a un Evesque , que les orages de la terre esbranlent si fort ceux qui sont au ciel? S" Hz sont au ciel, comme sont-ilz agités de ce qui se passe en la terre? 0 Dieu ! que cette leçon de la sainte constance est requise a ceux qui veulent sérieusement embrasser leur salut! Il est v vray que cette imaginaire insensibilité de ceux qui ne veulent pas souffrir qu'on soit homme, m'a tous-jours semblé une vraye chimère; mais aussi, après qu'on a rendu le tribut a cette partie inférieure, il faut rendre le devoir a la supérieure, en laquelle sied, cortime en son throsne, l'esprit de la foy qui doit nous consoler dans nos afflictions, ains nous consoler par nos afflictions. Que bienheureux sont ceux les-
» C'est la 185e de la collection -Biaise, et la 47« {al. 40^) du livre IV des anciennes éditions*
I^.^g LE'HRFS SPIRITUELLES
qwAz se resjouissenl d'estre alïligés , et qui convertissent l'absinthe en miel! Il ne fant pas que je vous die, ma chère Fille, condjien affectionnement je vous recommande a nostre Seigneur; car c'est avec un cœur tout nouveau, et qui va tous-jours s'aggrandissant de ce costé-la.
Je suis un peu plus a Torayson qu'a l'ordinaire : car ne vous fa ut- il pas un peu parler de mon ame,qui est tant vostre? Grâces a Dieu , j'ay un extrême désir d'estre tout a luy , et de bien servir son peuple. A Dieu , ma chère Fille, que mon ame ayme et chérit incomparablement, absolument, uniquement en celuy qui , pour nous aymer et se rendre nostrs amour, s'est rendu a la mort. Vive Jésus, vive Marie. Ameu.
J^A/vv^^^/vv■^/■^^v^/^/^yv^A•v^A,rcro'^^
A LN ECCLÉSIASTIQUE NOx^IMÉ A UN ÉVÊCHÉ,
Le Saint promet à un de ses amis, nommé à un évêché, de le consacrer» Alliance spirituelle que contractent ensemble l'évêque coneécrateur avec le consacré.
Monseigneur,
Je preiîs avidement cette commodité de vous escrire,quoy qu'elle soit un peu pressante , pour respondre a vostre dernière lettre toute marquée de suavité, du jour du grand père S. Joseph , grand amy du bien-aymé, grand espoux de la
1 C'est la 640e de Biaise , et la 40e du livre 1er jes anciennes éditions. Nous ne voyons pas que saint François de Sales ait sacré d'autres évêques que i'évéque de Belley, Jean-Pierre Camus, qu'il alla sacrer à Belley même le 3© août 1O09, celui de Lausanne, pour lequel il fit peut-être vers juillet 1608 le voyage da la Franche-Comté (voyez, tome IX, page 571,) et celui de Sion, Ilildehrand Josse, au sacre même duquel il est dit simplement qu'il assista dans la cathédrale de Sion. En conséquence, nous regardons comme plus probable que cette letU'c a été adressée à M. Camus, l'ami de prédilection du Saint.
bien-aymée du Père céleste , qui a voulu que son Filz celeste fust repeu entre les lis de cette espouse et de cet espoux. Je ne treuve rien de plus doux a mon imagination que di voir ce céleste petit Jésus entre les bras de ce grand Saint, Tappellant mille et mille fois papa en son langage enfantin et d'un cœur filialement tout amoureux.
Or sus, venés donq , mon ires cher frère, et que ce soU par mon ministère que vous soyés orné de ce grand caractère du sacerdoce evangelique, affin qu'en certaine façon très véritable, mais que le sang et la chair n'entendent pas, nous contractions par ce moyen un parentage spirituel, que la mort mesme ni les cendres de nos cors ne pourront desfaire, qui durera éternellement , et pour lequel mon esprit aura une réelle relation de paternité , filiation et fraternité avec le vostre. Dieu sçait que j'irois au bout du monde pour vous mettre la mitre en teste , et serois jaloux si un autre me ravissoit cet honneur.
LETTRE'
A UNE DAME
Il ia console dans une maladie , et lui donne les moyens d'en faire un saint usage.
20 août 1609.
Seîun la sainte et parfaite amitié que Dieu m'a donnée pour vous , ma très chère Fille , j'ay de la peyne de vostre maladie. Or sus, il faut pourtant s'accommoder a non seulement vouloir, mais a chérir, honnorer et caresser le mal ,
* C'est la 18C^ de la collection-Biaise, et la 51^ du livre V des anciennes -éditions.
340 LETTRES SPIRITUFLLE3
comme venant de la main de cette souveraine bonté , a laquelle et pour laquelle nous sommes. Que puissiés-vous bien-tost guérir, si c'est la plus grande gloire de Dieu, ma chère Fille! si moins, que puissiés-vous amoureusement souffrir, tandis qu'ainsy le requiert la Providence céleste ; afïîn que , guérissant ou souffrant , le bon playsir divin soit exercé.
Que vous puis-je plus dire , ma chère Fille , sinon ce que je vous ay si souvent dit , que vous alliés tous-jours vostre train ordinaire , le plus que vous pourrés, pour l'amour de Dieu , faysant plus d'actions intérieures de cet amour, et encor des exter^<^.ures ; et sur tout contournant tant que vous pourrés vostre' cœur a la sainte douceur et tranquillité , et a la douceur envers le prochain, quoy que fascheux et ennuyeux ; a la tranquillité envers vous-mesmes, quoy que tentée et affligée, et quoy que misérable?
J'espère en nostre Seigneur que vous vous tiendrés tousjours en sa main, et que par conséquent jamais vous ne tresbucherés du tout; que si , a la rencontre de quelque pierre, vous choppés, ce ne sera que pour vous faire tant mieux tenir sur vos gardes, et pour vous faire de plus en plus reclamer Tayde et le secours de ce doux Père céleste , que je supplie vous avoir a jamais en sa sainte protection. Amen.
Je suis en luy très fermement tout vostre, etc.
DE S. FRANÇOIS DE SALES. 34l
LETTRE