‹ Œuvres complétes Volume 10Chapitre 54 sur 79 · A MONSIEUR DE ROCHEFORT · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE ROCHEFORT

Consolations à un père au sujet de la mort de son fill,

20 janvier loi».

Monsieur,

Me sentant le sentiment que vous avés eu de M. vostre tiiz , par le ressentiment que j'en ay eu , je m'imagine qu'il a esté extrême ; car c'est la vérité , que me resouvenant du contentement que vous preniés a me parler l'autre jour de cet enfant, j'entray en une grande compassion, quand je me representay combien vostre regret seroit douloureux a la nouvelle de son deces; mais je n'osay pourtant vous tesmoigner ma condoléance , ne sachant pas ni que la perte fust certaine, ni qu'elle vous eust esté annoncée* et maintenant, ^lonsieur, je viens trop tard pour contribuer delà consoladon a vostre cœur, lequel aura, je m'asseure, des-ja receu beaucoup de soulagement , pour ne plus demeurer au regret qu'une si sensible affliction luy avoit donné.

Car vous aurés bien sceu considérer que ce cher enfant estoit a Dieu plus qu'a vous, qui ne l'aviés qu'en prest de cette souveraine libéralité. Que si sa providence a jugé qu'il estoit tems de le retirer a soy , il faut croire qu'elle l'a fait en fa*veur de son bien, auquel un père bien chérissant comm3 vous doit acquiescer doucement. Nostre siècle n'est pas si aggreable, que ceux qui en eschappent doivent eslre beaucoup lamentés. Cefilz, pour luy, a, ce me semble, beau-

* Tirée du premier monastère de la Visitation de la ville de Lyon. C'est la 304' de la colleclion-Blaise.

coup s^aigné d'en sortir avant presque d'y estre bonnement arrivé.

Le mot de mort est espouvantahle , ainsy qu'on nous le propose : car on nous vient dire : Vostre cher père est mort ; et, Yostre filz est mort : et ce n'est pas bien parler entre nous autres Ghrestiens : car il faudroit dire : Vostre filz , ou vostre père s'est retiré en son pays et au vostre ; et parce qu'il le falloit, il est passé par la mort, en laquelle il n'a point arresté. Jenesçaipas, certes, comme nous pouvons en bon jugement estimer nostre patrie ce monde, auquel nous ne sommes que pour si peu , en comparayson du ciel , auquel nous devons estre éternellement. Nous nous en allons , et sommes plus asseurés de la présence de nos chers amis qui sont la haut, que de ceux qui sont yci bas ; car ceux-là nous attendent, et nous allons vers eux; ceux-cy nous laissent aller , et retarderont le plus qu'ilz pourront après nous; et s'ilz vont comme nous, c'est contre leur gré.

Que si quelque reste de tristesse pousse encor vostre esprit pour le départ de cette douce ame, jettes- vous le cœur devant nostre Seigneur crucifié , et demandés-luy secours ; il vous le donnera, et vous inspirera la pensée et le ferme propos de vous bien préparer pour faire a vostre tour, a l'heure qu'il a marquée, cet espouvantahle passage , en sorte que vous arriviés heureusement au lieu où nous devons espérer estre des-ja logé nostre pauvre, ains bienheureux défunt. Monsieur, si je suis exaucé en mes continuelz souhaitz, vous serés comblé de toute sainte prospérité ; car c'est de tout mon cœur que je chéris et honnore le vostre , et qu'en cette occasion et en toute autre, je me nomme et dédie, Monsieur^ vostre, etc.

DE B. FRANÇOIS PE SALES. 47a

Sur le jour de la naissance de madame de Chantai.

Le 23 janvier 1614.

Ma très chère Fille ,

Vous m'avés fait playsir en me faysant sçavoir que c'est aujonrd'huy le jour de vostre naissance, car je n'y pensois pas; Job desiroit que le jour de sa naissance perist, et moy^ je souhaitteque le jour qui aveu naistrema très chère mère; soit conté entre les jours heureux et bénis es siècles dies siècles; cependant, ces jours de nos naissances doivent nous humilier en nous faisant voir le néant d'où nous venons , et nous encourager en faisant voir la fin pour la quelle Dieu nous a donné commencement.

1 Tirée du registre des lettres de saint François de Sales, conservé au mo* nastère de la Visitation de Pignerol. C'est la 1Ga« de la collection-Biaise.

LETTRE

A MONSIEUR DESHA-VES.

Il lui envoie un mémoire d'une sœur de la demoiselle de Charansonay, sa fârente, pour le prier d'appuyer les droits qu'elle prétendoit avoir à la laoitié de la succession de sa mère, que madame d'Angouléme retenoit inpstemeut. Cette demoiselle avoit promis, si elle réussissoit, de consacrer ja moiué de ce bien à des œuvres pieuses, dont le saint évêque auroit l'administration. Le Saint apprend en même temps à M. Deshayes que M. de Charmoysi étoit à Charabéry, où il s'étoit rendu pour saluer le cardinal d'Est.

17 mars 1614.

Monsieur ,

C'est tout a propos, et pour cela presque hors de propos, que je vous importune des occurrences qui me viennent; mais la faveur de vostre bienveuillance m'asseure. Je vous supplie de voir le mémorial ci joint, et de considérer si on pourroit en quelque sorte faire ressentir a madame d'Angoulesme l'obligation qu'elle auroit de tenir conte a la seconde seur de la damoyselle de Charansonay de la moitié de la légitime de sa mère; car selon l'advis que vous prendrés la peyne , s'il vous plait, de m'en donner, je verray si ce sera chose que je puisse entreprendre.

Or la damoyselle qui prétend est ma parente ; et pour me porter encor davantage , elle me veut donner la moitié de ce qu'elle pourroit avoir, pour estre employée en œuvres pies. Mais pourtant j'ay une telle aversion de telles atfaires , que sinon qu'il y eust grande apparence et de la facilité; je ne voudrois pas y penser. Je vous supplie donq , Monsieur , de me faire la grâce de me faire sçavoir si , toutes choses consi-

• C'est la 294e de la collection-Biaise.

derées, c'est une prétention digne d'estre relevée. Je vous escrivis il n'y a que trois jours, et a M. de Charmoysi; quj me retieî:idra de vous entretenir davantage , estant mesmement pressé du départ de ce jeune gentil-homme, qui, par s^ courtoisie, m'offre bien de retarder, mais il n'est pas raysonnable. Je suis a jamais et par mille sortes de devoirs. Monsieur , vostre , etc.

Monsieur, je salue très humblement Madame vostre feni et suis son très humble serviteur.

M. de Charmoysi est a Chomberi, ou il s'est rendu po le passage du cardinal d'Est, et se porte fort bien ; qui est tout ce que je pourray dire de plus aggreable a Madame de Charmoysi sa femme, ma cousine, que je salue yci avec vostre permission.

CGX.

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