‹ Œuvres complétes Volume 10Chapitre 55 sur 79 · LETTRE OU BILLET · texte numérisé non relu

LETTRE OU BILLET

Il lui envoie les Litanies de saint Joseph.

Annessy, xix mars 1614.

Ma très chère Fille , Yoyla les Litanies du glorieux Père de nostre vie et de nostre amour. Je croyois de vous les envoyer escrittes de ma main; mais comme vous scavés, je ne suis pas a moy. J'ay néanmoins pris le loysir de les revoir, de les corriger, et d'y mettre les accens , affin que nostre fille de Chastel ay t plus de facilité a les chanter , sans y faire des fautes. Mais vous,

1 Tiré de V Année sainte de h Visitation, tom. Jer, pag. 337, où il est dit: « Le jour de S. Joseph de TanntJo 1614, nôtre Bien-heureux Prélat envoia déê .9 le matin ce Billet à nôtre V»5uCrable Mère de Chantai. »

478 LETTRES ST-miTUELLES

ma Fille , qui ne pouirés pas chanter les louanges de ce saint de nostre cœur, vous les ruminerés, comme TEspou se, enlre vos dens; c'est a dire, que vostre bouche estant close, vostie cœur sera ouvert a la méditation des grandeurs de cet Espoux de la Reyne de tout le monde, nommé Père de Jésus, et son premier adorateur après sa divine Espouse.

CGXI.

LETTRE

A UiXE NIÈCE.

Il loue une de ses nièces de la ferveur de sa dévotion; il l'encourage à peiw sévc'rrr. et la console sur des tentations d'araour-propre qu'elle éprouvoit.

19 avril 1614.

J'ayme mieux vous escrire sans loysir ni commodité , que de l'altendr'^. plus long tems, ma très chère nièce ma Fille. Vostre lettre m'a fort pieu , par ce que j'y yois les marques de vostre resolution de persévérance au dessein de servir a [amais nostre Seigneur avec toute la pureté et fidélité que TOUS pourrés. Que bienheureux est vostre cœur , ma chère Fille, qui se dédie a une affection si juste et si sainte! Plus nous irons avant, plus nous reconnoistrons la grandeur de la grâce que le saint Esprit nous fait de nous donner ce cou« rage.

Et, bien que quelquefois vous recevés des secousses de Famour propre et de vostre imbecilité , ne vous en trouldés point ; car Dieu le permet ainsy, affin que vous luy serriés

i C'est la 308e de la collection-Biaise; Tautographe s'en conserve aujourd'hui au couvent de la Visitation de Rennes, où il nous a été permis d'ea tirer copie.

îamain, que vous vous humiliés et reclamiés son secours paternel .

L"esperance de vous voir avec Madame la première *, m'excuse de vous parler plus au long par escrit, principalement pressé comme je suis. Salués, je vous prie , de ma part Madame de la Flechere , et toutes deux ensemble Madame d'Aiguebellette, si elle est la.

Je suis sans reserve, d'un cœur tout fidèle, voslre plus umble oncle et serviteur,

François, Ev. de Genève.

Je salue vostre cœur de tout le mien ensemble.

CGXIl.

LETTRE

A UNE DAME

It console cette dame, en lui faisant envisager les croix comme le chemin de la perfection, et il l'engage à en protiter en lui proposant l'exemple de Jésus-Christ.

«0 avril i6U.

L'autre jour que la bonne M. de Treverney fut icy, je sçeu plus amplement la variété des travaux parmi lesquelz vous vives, ma très chère seur ma Fille , et certes , j'en eu de la compassion mais plus de consolation encores , sur î'espeiance que j'ay , que Dieu vous tiendra de sa main, et vous conduira par ce chemin qu'il a frayé , a beaucoup de perfec<

» C'est-à-dire sans doute madame Favre , épouse du premier président du Sénat de Ghambéry.

2 C'est la 309e de la collection-Biaise, et la 39^ du livre V des anciennes éditions. L'autographe eu est conservé au couvent de la Visitation de Sainte- Marie de Reims-

tion , car je veux croire , ma chère Seur , que vous voulcs demeurer éternellement liée a la très sainte volonté de cette divine majesté, et que vous luy avés consacré toute vostre vie ; et cela estant ainsy , quelle grâce destre non seulement sous la croix, mais sur la croix et au moins un peu crucifiée avec nostre Seigneur ! Ayés bien courage , ma chère Seur, convertisses la nécessité en vertu, et ne perdes pas Toccasion de bien tesmoigner vostre amour envers Dieu parmi les tribulations, ainsy quil tesmoigna le sien envers nous parmi les espines. Mon ame souhaite le comble de toute sainteté a la vostre , et suis dune affection invariable vostre humble très affectionné frère et serviteur.

Le porteur va prendre M. de Charmoysi a une journée de Mascon.

CCXKI.

LETTRE

à. SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL.

Réflexions religieuses sur le Saint-Suaire.

4 mai ICI 4,

En attendant de vous voir, ma très chère Mère, mon ame salue la vostre de mille et mille souhaitz, que Dieu la remplisse toute de la vie et mort de son lîlz nostre Seigneur.

J'f^^tois il y a un an , et environ ces heures , a Turin ; et monstrant le saint Suaire parmi un si grand peuple, plusieurs gouttes de la sueur qui tomboit de mon visage rencontrèrent dedans le saint Suaire mesme; et nostre cœur sur

ï C'est la 310e de la collection-Biaise, et la 28« du livre Vil des daGieunes éditioûs.

DE S. FRANÇOIS DE SALES. 4Sî

cela fit ce souhait : Hé! playse a vous, Sauveur de ma vie. rnesîer mes indignes sueurs avec les vostres, et destremper mon sang, ma vie, mes affections dedans les mérites de vostre sacrée moiteur !

Ma très cliere Mère, le Prince Cardinal se cuida fascher &quoy ma sueur degouttoit sur le saint Suaire de mon Sauveur : mais il me vint au cœur de luy dire que nostre Seigneur n'estoit pas si délicat, et qu'il n'avoit point respandu de sueur ni de sang que pour les mesler avec les nostres , affîn de leur donner le prix de la vie éternelle. Ainsy puissent nos souspirs s'allier aux siens, affin qu'ilz montent en odeur de suavité devant Is Père éternel !

Mais dequoy me va5^-je souvenir? J'ay veu que quand mes frères estoient malades en leur enfance , ma mère les faysoit coucher dans la chemise de mon père , disant que les sueurs des pères estoyent salutaires aux enfans. Oque nostre cœur se couche en cette sainte journée dans le suaire de nostre divin père, enveloppé de ses sueurs et de son sani^; et que la il soit, comme la mort mesme de ce divin Sauveur, ensevely dans le sepulchre d'une invariable resolution de demeurer tous-jours mort en soy-mesme, jusques a ce qu'il ressuscite en la gloire éternelle. Nous sommes ensevelis, dit l'Apostre, avec Jesus-Christ en la mort d'iceluy , affin que nous ne vivions i^lus de la vieille vie, mais de la nouvelle *. Amen.

» Coiisepulii sumus cum Ghristo per baptismum in mortem, ut... uos ia »Mtdie vitse arabulemus. Rom., VI, 4.

CGXÏV.

LETTRE

A UNE DAME MARIÉE

Exhortation à la fidélité envers Dieu et à rhumilité. 11 n'est pas mal quelquefois qu'un Directeur éprouve certaines âmes par la privation de là communion pendant quelque temps ; mais elles ne doivent pas pour cela cesser de fréquenter le sacrement de Pénitence.

Avant le 25 juin 1614.

Je respons a vos deux lettres, ma très chère Fille, vous conjurant avant toutes choses de ne plus appeller importunité pour moy la réception de vos lettres, laquelle en vraye vérité m'est tous-jours extrêmement aggreable. Je vois bien en ]a première vostre cœur tous-jours plein de bon et vertueux désir; car il est de naturel fort bon. Mais, ce me ditesvous, vous ne vous corrigés pas assés puissamment de vos imperfections.

Vous sçavés que je vous ay souvent dit que vous devriés @stre affectionnée esgalement a la practique de la fidélité envers Dieu , et a celle de l'humilité : de la fidélité, pour renouveller vos resolutions de servir la divine bonté aussi souvent que vous les romprés, et vous tenant sur vos gardes pour ne point les rompre : de l'humilité, quand il vous arrivera de les violer, pour reconnoistre vostre chetiveté et abjection.

Mais certes, il faut tout de bon avoir soin de vostre cœur, pour le purifier et fortifier selon la multitude et grandeur des inspirations que vous en avés. Et je ne treuve pas mau-

» C'est la 313e ^q la collection-Biaise, et la 59^ {al. 52e) du livre H des

vais que vous soyés un peu privée de la très sainte Communion, puisque c'est Tadvis de vostre Confesseur, pour voir si le désir de retourner a la fréquentation d'icelle ne vous fera point un peu prendre plus garde a vostre araendemeut. Et tous-jours ferés-vous bien de vous humilier fort au?: advisde vostre Confesseur, qui voit Testât présent de vostre amQ, lequel, quoyqueje m'imagine assés , sur ce que vous m'en dites par vos lettres, si est-ce qu'il ne me peut pas estre conneu si particulièrement comme a celuy a qui vous en ren* dés conte.

Or, j'entens qu'encor que vous eslcignerés un peu vos communions , vous ne laysserés pas pour cela de biea suivre la fréquence des confessions; car de celles-ci, il n^ peut avoir aucune rayson de les esloigner; au contraire, «illes vous seront utiles pour assujettir vostre esprit, qui de soymesme n'ayme pas la sujeltion , et pour l'humilier , et luy faire mieux discerner ses fautes.

Je vayaLyon, pour contenter Monseigneur l'Archevesque de ce lieu-la , qui vouloit venir vers moy en toute façon , si je ne me fusse résolu d'aller auprès de luy, puisque c'estoit bien la rayson que je le prévinsse en cet endroit. Ce sera un voyage de quinze jours ou environ, après lequel j'en veux faire un autre en Chablaix, pour estre de retour de tous deux en septembre ; mais je passeray par icy, etseray tousjours bien ayse de vous escrire, si je puis.

Pielevés bien vostre esprit en Dieu ; lises le plus souvent qne vous pourrés , mais peu a la fois , et avec dévotion. Aymés tous-jours mon ame, qui chérit très parfaitement la vostre. Resalués Monsieur vostre mary de ma part, et l'asseurés que je suis son serviteur. Je vous respons a part , en la feuille ci jointe, a la demande que vous m'avés faite pour la Dame vefve, aîHn que, si vous voulés, vous puissiés

i Le cardinal de MarquemonU

^Si LETTRES SPIRITUELLES

iijonstrer ma response, et suis invariablement, ma très chère Fille, tout vostre, et vostre servitejar plus humble ,

François, Ev. de Genevcr

LETTRE

AU PÈRE DOMINIQUE DE CHAMBÉRV, PROYIN^'UL T)FS FÈRES CAPUCm?.

Le Saint lui donne avis d'un voyage qu'il va laire a Lyon^ et cie quelques affaires qu'il veut y consommer.

Avant le 29 juin ICI 4.

Mon Révérend Père ,

Si le tems n'empire point, je pense partir pour aller demain a Lyon ; et par ce voyage je serois bien ayse si je pouvois esclaircir le cœur de M. Magnin avec le frère Adrien , et que le frère Adrien accommodast pour une bonne fois toutes les affaires que l'on a de cette ville a Lyon pour ce qui îTcgarde la soye. Or je vous propose cette mesme pensée, affin que , si vous l'appreuvés , il vous playse donner robedience audit frère Adrien, affin qu'il vienne tandis que je seray la, qui ne sera que cinq ou six jours, et si de plus je puis rendre quelque service a vostre révérence , soit pour l'argent de M . Belloit , soit pour autre chose , je le feray de tout mon cœur, comme estant , mon révérend Pare , vostre , etc.

1 Tirée du monastère de la Visitation de la ville d'Aurillac. Cette lettre , qui est la 6o0e de la collection-Biaise, étoit restée sans date jusqu'ici. Nous avons cru pouvoir sans inconvénient la rapporter à l'époque du voyage que saint François fit à Lyon pour coniérer avec le cardinal de Marqueuiont. et qui ne dura etiectivement pas plus de huit jours.

DE S. ^•I{A.^çols Dv: s\lf.s. 485

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LETTRE '

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