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témoignages d'amitié, et envoi du Traité de l'Amour de Die%,
10 août 1C16.
H ne faut jamais , certes, Monsieur, puis que j'ay l'honneur que vous soyés mon très cher filz , il ne faut point faire d'excuse quand vous ne m'escrivés pas ; car je ne puis non plus douter de vostre amour filial envers moy, que je ne puis vivre sans sentir continuellement dedans mon cœur les eslans de l'amour paternel envers vous. Les desfîances n'ont point de lieu oii l'amour est parfait ; mais il est vray toutesfois. Monsieur mon filz, que vos lettres m'apportent tousjours une délectation extrême , y voyant, ou du moins entrevoyant les traitz de vostre bonté naturelle et de la sainte charité de vostre ame , qui produit et nourrit la douceur de vostre dilection iiliale que vous respandés sur moy, et qui me remplit de suavité.
Faites donq, Monsieur mon filz, faites souvent, je vous supplie , cette grâce a mon esprit , maâs seulement pourtant quand vous pouvés bonnement sans vous incommoder ; car, quoy que vos lettres me soyent plus délicieuses que je ne puis dire , si elles vous coustoyent de l'incommodité , elles me seroyent douloureuses , aymant plus vostre playsir que le mien , selon la coustume des pères : et moy, cependant , Monsieur i*.îon très cher filz, affin de suppler en quelque
* ^irée du monastère de la Visitation de la ville de Meaux. C'est la 37»* -^ Isi collection-Biaise.
SIS LETTKES SPIIUTUELLES.
sorte les defautz que le manquement de commodités me pourroit faire faire de vous escrire souvent, je vous envoyé le livre de V Amour de Dieu, que je n'ay gueres exposé aux yeux du monde , et vous supplie que si quelquefois l'affection que vous avés pour moy vous donnoit quelque désir d'avoir de mes lettres , vous preniés ce traitté et en lisiés un chapitre , vous imaginant que s'il n'y a point de Theotime au monde auquel s'adressent mes paroles, vous estes celuy entre tous les hommes qui estes mon plus cher Theotime. Le libraire a laissé couler plusieurs fautes en cette œuvre, et moy aussi plusieurs imperfections ; mais s'il se treuve des besoignes parfaites en ce monde , elles ne doivent pas estre cherchées en ma boutique. Si vous lises celle-cy de suite, elle vous sera plus agréable a la fin.
Nous avons icy, depuis trois jours, Monseigneur le Prince de Piedmont , qui me fît l'honneur de venir descendre chez moy tout a l'improuveu , estant venu par les postes, luy septième : depuis il a esté logé au chasteau. C'est le plus doux, gracieux et dévot prince qu'on puisse voir ; un cœur plein de courage et de justice ; une cervelle pleine de jugement et d'esprit ; une ame qui ne respire que le bien et la vertu, l'amour de son peuple, et sur tout la crainte de Dieu. Vous sçaurés , je m'asseure, avant la réception de la présente, les causes de sa venue. Reste , Monsieur mon très cher filz très honnoré , que je vous souhaitte toutes les bénédictions celestes ; et c'est la respiration ordinaire de mon cœur, puisque j'ay la faveur et le bonheur d'estre advoué vostre père, et qua je dois estre et suis a jamais vostre , etc.
fIN DU TOME DIXIÈME.
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