‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 1 sur 106 · BILLET · texte numérisé non relu

BILLET

Trouvé écrit de la main de saint François de Sales.

25 mars 1599.

Ayant receu la sainte Eucharistie de la main du souverain Pontife le jour derAnnonciation,moname fut fort consolée intérieurement ; et Dieu me fit la grâce de me donner de grandes lumières sur le mistere de l'Incarnation, me faisant connoistre d'une manière inexpliquable, comme le Verbe prit un corps, par la puissance du Père et par Toperation du saint Esprit, dans le chaste sein de Marie, le voulant bien lui-mesme, pour habiter parmi nous, dés qu'il seroit homme, comme nous. GethommeDieum'aaussidonné une connoissance fort eslevée et savoureuse sur la Transsubstantiation, sur son entrée en mon ame, et sur le ministère des Pasteurs de l'Eglise.

1 Tiré de V Année Sainte de la Visitation, tome 1"% page 368.

A SON COUSIN LOUIS DE SALES, MISSIONNAIRE DES PAYS DE GEX ET DE CIIABLAÎS

"îi l'informe de l'heureux succès de l'examen qu'il venoit de subir à Rome.

Rcmp, 2Q mars 1599,

Je vous confesse ingenuement que Dieu n'a pas permis que nous ayons esté confus dans l'examen, quoy qu'en ne regardant que moy-mesme, je n'attendis que cela. Je vous asseure que M. le grand Vicaire" est sorty du consistoire plus joyeux que moy : ce fidèle amy ne s'empressera que trop pour escrire en Savoye les signes de bonté paternelle dont le Pape m'a honoré, qui m'obligent d'estre plus que jamais bon enfant et bon serviteur de la sainte Eglise Romaine ; mais quoy que nos amys escrivent, souvenés-vous que nos amys exagèrent aussi souvent nostre bien, que nos ennemys exagèrent nos maux, et qu'enfin nous ne sommes que ce que nous sommes devant Dieu.

1 Tirée de V Année Sainte de la Visitation, tome le>*, page 373. ^ L'abbé de Chissé, neveu de M. Granier, évoque de Genève.

LETTRE

A SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL

Le Saint consent à ce qu'une affaire projetée entre elle et lui soit remise à un autre temps.

Jeudi, 16 août 1617 2.

A ce que vous me dites, je voy qu'il sera mieux de remettre jusques a lundy : vous sériés trop précipitées toutes, et eux aussi, comme je pense, et je seray bien aise de ne point rompre l'assignation aux bonnes seurs de sainte Claire, qui ont demain leur grande feste, ni au catéchisme de nostre Dame, où il faut que je sois catéchiste, estant invité il y a dix ou douze jours a mon gré (pour) la veille de nostre Dame.

1 C'est la 654» de la collection-Biaise.

2 Cette lettre n'a point de date dans les éditions de Biaise ; mais la veille de la fêle de Notre-Dame devant être un dimanche cette année-là, puisque le saint évêque devait y faire le catéchisme, et la fête de sainte Claire, qui est le 12 août, devant par conséquent tomber le vendredi, il s'ensuit que comme cette lettre a dû être écrite d'Annecy à Annecy, elle doit l'avoir été le 11 août 1616, la seule année de Tépiscopat de notre Saint où sainte Jeanne-Françoise de Chantai ait pu se trouver en même temps que lui à Annecy un dimanche 14. Voir les tables du calendrier perpétuel dans lArt de vérifier les dates.

dp: s. FRANÇOIS DE SAL'^S

LETTRE'

A S. A. CHARLES-EMMANUEL l", DUC DE SAVOIE

Saint François offre à Son Altesse le TvMié de t'Aînour de Dieu.

Le 6 septembre 1616.

Monseigneur,

J'offre a V. A. un Traité de T Amour de Dieu que j'aymis en lumière ces jours passés, non que je l'estime digne des yeux d'un si grand prince, maisaffin qu'en ce que je puis je face hommage a V. A. luy présentant les fruitz de mes labeurs, comme issus d'une personne quine pensera jamais d'avoir rien de plus cher en ce monde que l'honneur d'estre ad voué,

Monseigneur,

Vostre très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

François, Evesque de Genève.

1 Tirée du registre des lettres de saint François de Sales, conservé aux archives de la cour de Turin. C'est la 194^ inédite de la collection- Biaise.

LETTRE

A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION

Considérations sur la Nativité de Notre-Dame.

7 septembre 1616.

Je vis en espérance, ma très chère Fille, que si mon ingratitude ne me forclot point du Paradis, je jouiray un jour par coraplaysance de la gloire éternelle, en laquelle vous vous plairés par jouyssance, après avoir saintement porté la croix en cette vie, que le Sauveur vous a imposée du soin de le servir fidèlement en vostre personne, et en la personne de tant de chères seurs, qu'il veutestre vos filles en ses entrailles.

Je les salue, ces très chères filles, en famour de la très sainte Vierge, sur le berceau de laquelle je les invite de jeter tous les matins des fleurs pendant cette sainte octave des saintz soucys de la bien imiter, des pensées de la servir a jamais, et sur tout des lis et des roses de pureté et ardente charité, avec les violettes de la très sacrée et très désirable humilité et simplicité.

* C'est la 379e de la collection-Biaise, et la5ie du livre Yll des an-^ ciennes éditions.

LETTRE '

A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION

Il l'exhorte à supporter le prochain.

8 octobre 1616.

Ma très chère Fille,

Les aversions et répugnances dequoy on nous escrit nous exercent un peu. 0 Dieu! quand sera-ce que le support du prochain aura sa force dans nos cœurs ! C'est la dernière et la plus excellente leçon de la doctrine des Saintz : bienheureux l'esprit qui le sçaytl Nous désirons du support en nosmiseres, que nous treuvonstous-joursdignes d'estre tolérées : celles du prochain nous semblent tousjours plus grandes et pesantes.

Dieu vous face sainte, ma très chère Fille, et toute vostre chère trouppe. Dieu soit exalté en vos misères, sur le throne de sa bonté, et letheastre de nostre pure etsyncere humilité. Dieu vous face tout faire pour sa gloire, affin qu'un jour vous en soyés couronnée. Ma très chère Fille, vous estes la fille de mon cœur, et je ne laisseray jamais de souhaitter que vous soyés la fille du cœur de Dieu, qui nous a donné des cœurs affm que nous fussions ses enfans, en l'aymant, benissantet servant es siècles des siècles. Vive Jésus.

* C'est la 381 e de la collection-Biaise, et la 43^ {aliàs 38e) du livre VI des anciennes éditions.

A UNE COUSINE NOUVELLEMENT MARlÉS

Avis à une nouvelle mariée, obligée de vivre avec le père et la mère d'elle-même ou de son mari.

10 novembre 1616.

Encor ne vous escris-je pas aloysir, ma très chère Fille, bien que je responde tard a vostre lettre.

Or sus, vous voyla donq dans le mesnage^ et il n'y a remède : il faut que vous soyés ce que vous estes, mère de famille, puis que vous avés un mary et des enfants ; et il fautl'estrede bon cœur et avec l'amour de Dieu, ains pour l'amour de Dieu, ainsy que je le dis assés clairement a Philothée, sans s'inquiéter ni empresser que le moins qu'il sera possible.

Mais je voybien, chère Fille, qu'il est un peu mal-aysé d'avoir soin du mesnage en une mayson où il y a mère et père ; car je n'ay jamais veu que les pères, et sur tout les mères, laissent le gouvernement entier aux filles, encor que quelquefois il seroitexpedient. Pour moy, je vous conseille de faire le plus doucement et sagement que vous pourrés ce qui est recommandé, sans jamais rompre la paix avec ce père et cette mère ; car il vaut mieux que les affaires n'aillent pas si bien, et que ce a qui on a tant de devoirs soyent contens.

Et puis, si je ne me trompe, vostre humeur n'est pas faite pour la conteste. La paix vaut mieux qu'une che-

1 C'est la 383« de la collection-Biaise, et la Ik^ (al. 7Ce) du livre III des anciennes éditions.

vance. Ce que vous verres pouvoir estre fait avec amour, il le faut procurer ; ce qui ne se peut faire que par le débat doit estre laissé. Quand on a affaire avec des personnes de si grand respect, je ne doute point qu'il ne se passe des aversions et répugnance en vostre esprit : mais ma très chère Fille, ce sont autant d'occasions d'exercer la vraye vertu de douceur ; car il faut faire bien, et sainement, et amoureusement, ce que nous devons a un chacun, quoy que ce soit a contre-cœur et sans goust.

Voyla, ma très chère Fille, ce que je vous puis dire pour le présent, adjoustant seulement que je vous conjure de croire fermement que je vous chéris d'une dilection parfaite et vrayment paternelle, puisqu'il a pieu à Dieu de vous donner envers moy une confiance si entière et filiale; mais continués donq bien, ma très chère Fille, a m'aymer cordialement.

Faites bien la sainte orayson ; jettes souvent vostre cœur entre les mains de Dieu, reposés vostre ame en sa bonté, et mettes vostre soin sous sa protection, soit pour le voyage du cher mary, soit pour le reste de vos affaires. Faites bien ce que vous pourrés; et le reste, laissés-lea Dieu, qui le fera ou tost ou tard, selon la disposition de sa providence.

Je voudrois bien sçavoir qui sont ces curés desquelz on murmure contre moy et mon frère ; car, tant qu'il nous sera possible, nous tascherons de remédier aux desordres, s'ilz se treuvent. Je suis cependant bien ayse que le vostre soit honneste homme et sage.

Eq somme, soyés a jamais toute a Dieu, ma très chère Fille, et je suis tout en luy vostre, etc.

LETTRE

A MADAME d'aIGUEBELLETTE

Sur l'éternité ; et sur l'état de santé de Madame de Chantai.

Fin de décembre 1619,

Or bien, ma très chère Fille, nous finissons cett* année en un jour. A la suite de la bonne dame de Fruité, nous finirons nos années pour commencer nostre éternité.

Ah ! ma Fille, c'est cett' éternité que sur tout je vous souhaite très heureuse, et a cause d'elle vous vives tousjours présente a mon cœur, qui se resjouit de voir que vous persévères a vouloir de tout le vostre servir sa Divine Majesté en sainteté et pureté. Faites bien cela, ma chère Fille, et parmi les orages des affaires importuns de ce misérable siècle, affermissés-vous souvent auprès de ce Sauveur qui est venu apporter la paix, la douceur, la tranquillité aux gens de bonne volonté. Nostre pauvre M^*» de Chantai a eu un' attaque pareille a celle du moys d'aoust dernier, mais maintenant elle est presque guérie. Et toute cette petite trouppe fait bien devant Dieu et devant les hommes. Nostre Chatel particulièrement la chère cousine fait de mesme, et je ne manqueray pas a luy faire vos recommandations.

Bonjour et très bon an, ma très chère Fille ; je vous escris sans haleyne et loysir et suis entièrement tout vostre, etc.

4 L'original en étoit conservé chez la dame Sophie de La Pierre, à Turin. C'est la 203« inédite de la collection-Biaise.

DE S. FRANÇOIS DE SALES iï

LETTRE

Page 1