PREMIER AUMÔNIER DE MADAME CHRISTINE DE FRANGE, PRINCESSE DE PIEMONT
Le Saint lui témoigne la peine qu'il a de ne pouvoir le possédera cause des mauvais temps. Il le prie de s'employer auprès de son Altesse de Savoie pour un de leurs amis communs. Il lui raconte différentes nouvelles.
8 décembre 1620.
L'aspreté du tems et la grandeur des neiges ont retenu comme par vive force le bon M. l'abbé Nesques : a présent
conoravit illum mater sua in die desponsationis illius, in die laetitias cordis ejus. Gant, III, 11.
* Ce que nous suppléons ici par conjecture ne se lit dans aucune édition.
2 Communiquée par M. le prince de Talmont. C'est la 557® de Biaise.
mon très chère Frere^ et ce qui me desplaiten cecy, c*est qu'il n'arrivera pas assés tost pour vous donner la commodité de nous faire jouyr de vostre chère présence pour ces premières festes '. Mais il n'y a remède : il faut croire que, nostre Seigneur le voulant ainsy, ce sera le mieux.
M. delà Pierre n'a sceu comprendre que son Altesse eust quelque 2 degoust de luy ; il dit qu'il sçayt bien qu'elle Tayme, etsçaura bongréaquiluy présentera sa lettre, qu'i'l vous prie de luy faire tenir seurement,etse promet que, si vous en parlés a M. le Grand, il se chargera volontier de le faire, et qu'en cela il n'y a point de hasard. Que si cela se peut faire bonnement, ce me seroit un grand playsir de le contenter. Il en escrit a M. le collatéral^ affm qu'il en confère avec vous.
J'escris a M. le Comte deMontmayeux, pour le remercier du soin qu'il eut de me faire tenir une de vos lettres tandis que j'estois en Fossigny.
J'escris a M. Vibo, me resjouyssant de le voir au service de Madame, nostre maîtresse *. Je vous pourrois dire un monde de nouvelles. Tenés aujourd'huy,jourde lafestede cette ville, pour toutes asseurances de la triomphante sortie de M. Bonfils^ qui est a mesme tems establi gênerai des finances, avec un si extrême crédit, que nul ne pourra plus vivre que par sa bonne grâce. Toutesfois plusieurs ne veulent croire cette si soudaine métamorphose ; et, quand a moy, je ne disois sinon peut-estre qu'il est vray, et peutestre que non.
C'est une merveille qu'en ce pays on ne sçayt encor point la déplorable adventure de M. de Greanger; car, quant a moy, je la celé le plus que je puis, affin de n'infecter point
1 Noël.
2 Refroidissement pour lui.
' Conseiller ou adjoint.
* Christine de France, princesse de Piémont.
l'air d'une si puante nouvelle. Quelle grâce Dieu luy a faite de l'avoir séduit par sa providence dans la prison !
Mesfreres sont tous-jours après a faire descombrer lamine de laquelle plusieurs ont une grande opinion: mais Dupra n'en peut rire, craignant qu'une si bonne mine ne soit pas accompaignée de bon jeu.
M. le Prévost eut un rude accident de fièvre avant-hier ; mais ce n'a esté qu'une fièvre ephemeride, Dieu mercy.
M. Perret est grandement malade; et s'il mouroit, il y auroit danger qu'on impetrast sa place a Rome, comme il l'impetra luy-mesme.
Ceux de Rumilly et le Curé ont receu leurs lettres avec toute obéissance religieuse, que bien tost on leur face le bien pour lequel on retarde.
La Seur Marie se porte très bien, avec grand playsir d'avoir l'habit.
Le bon M. l'Abbé nous oblige grandement a Taymer, a l'estimer, aie servir, pour l'extrême affection qu'il nous tesmoigne avec toute sorte de confiance. C'est pourquoy je vous le recommande de tout cœur, et vous prie de me tenir en la bonne grâce de Madame de Sarsenas, qu'on m'a dit estre grosse^ dont je me resjouys grandement.
Ce que M. de Vallon vous a escrit touchant le mariage de M. de Gharmoysi avec la fille de M. de Montmayeux, m'empeschera de vous en faire un plus long récit.
M. l'abbé de Six est en fin trespassé, et on m'a dit que M. Lesleu ne demeure pas sans affaires avec les Religieux qui ne le veulent pas reconnoistre, parce quilz croyent qu'il n'a pas ses permissions de Rome.
Je ne vous entretiendray pas davantage, ains me rapportant a la suffisance de M. le porteur, je vous salue très humblement, et, si vous estes consacré, je vous bayse les mains et la cime de vostre teste parfumée de l'onction sacrée, que je supplie nostre Seigneur de faire saintement des-
€Ouler iJLisqiies a la robe de cette Eglise, et que la rosée de vostre Hermon ^ soit heureusement transportée jusques en nostre sein.
C'est aujourd'huy le jour anniversaire de mon sacre, par lequel je commence la dix-neuvieme année. Je suis sansfm vostre, etc.
A nostre M. le collatéral, que luy dirayje ? 11 sçaura que je suis parfaitement sien.
LETTRE