‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 54 sur 106 · GLU · texte numérisé non relu

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DE LA COMTESSE DE DALET A LA MÈRE DE CHASTEL, SUPÉRIEURE DU MONASTÈRE DE LA VISITATION, A GRENOBLE

Elle se plaint de la dureté de sa mère pour elle, parce qu'elle avait fait vœu de fonder un monastère de la Visitation.

Avant le 25 avril 1621.

Ouy, ma très chère Mère, il est vray que j'ay eu l'honneur d'estre battue et flagellée pour ma bien-aymée vocation; mais, certes, de tous les outrages que nostre Seigneur

1 II s'agit ici peut-être de la sœur Paule-Hiéronyme Favrot, dont il sera question dans la lettre jusqu'à présent inédite du 23 avril 1622, et qu'on trouvera plus loin au rang qui lui est d'avance assigné par sa

date, tome XI.

2 Tirée de la Fie de la mère Prechonet, par la mère de Ghaugy. C'est la 568« de la collection-Biaise.

permit m'estre faits par celle a qui je dois le plus au monde, et pour laquelle aussij'avois plus de respect, nul n'aestéegal a la honte de m' avoir chassé de ma propre maison a coups de pierres et de poings sur ma personne et sur mes pauvres petits enfans. Si vostre charité a jamais veu de ces gueuses qui ont des enfans a leur cou et en leurs bras, j'estois en cet équipage : mais, ma très chère Mère, ô que nous avons un Dieu plein de miséricorde î II permit bien en ce rencontre que mes sens fissent quelque révolte a cause de mes pauvres petits enfans ; néanmoins mon ame estoit en une si grande tranquillité, paix et joye, que, n'osant chanter extérieurement a cause de la bienséance, je chantois mentalement plusieurs versets des Pseaumes de David, que Dieu me mettoit au cœur, et jefaisois des actions de grâce très ardentes a la divine bonté de m'avoir donné de si belles occasions de luy tesmoigner mon amour; et je ne me souviens pas d'avoir jamais eu des sentimens pareils.

Une pauvre paysanne me receut, lorsque ma mère m'eut ainsi chassée, et me presta deux de ses couvre-chef, dont je fis des coiffes de nuit pour moy et pour mes pauvres enfans. Elle me quitta son lit, où je couchay mes quatre petits ; et quant a moy, j'avois tant de choses a dire a mon Dieu, que je ne me couchay point cette nuit-la.

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