XI
sèment a Orléans et a Nevers : mais, mon vray père, je m'oubliay de vous demander l'obeyssance pour traitter de ces fondations: car la mienne ne porte que pour Paris, Bourges et Dijon; etquoyque je puisse dire sans scrupule, que je ne fais rien sans vostre ordre, je suis pourtant bien aise de le monstrer par escrit.
J'appris hier par M. Vincent, qui voushonnore et estime plus qu'il ne se peut penser ni dire, tout le dessein que l'on a de vous attirer en France. Tous les plus pieux et solides espritz d'icy, considérant cette proposition, et pesant de 4)art et d'autres toutes les raysons, sont en grand suspens de ce qui sera de la plus grande gloire de Dieu.
M. Vincent me le disoit hier, adjoustant qu'il sembloit que Dieu vous avoit mis comme un boulevart contre cette misérable Genève, et comme un mur inexpugnable entre la France et l'Italie, pour empescher l'heresie d'y entrer; que l'on ne sçavoit aussi si Dieu vous avoit destiné pour estre icy, comme sur le théâtre du monde, pourservir d'exemple et de lumière a tous les Prélats de la France; qu'en une si grande vigne un tel ouvrier profiteroit grandement, et pltis qu'en un petit coin du monde.
On dit que vous devés peser vous-mesme cette affaire, et sentir ce que Dieu y désire de vous. On loue extrêmement ce que vous en rapportés au Pape^ pourveu, dit-on, que vous luy exprimiés largement toute l'affaire.
En fin, montres unique Père, lesjugemens des liommes veulent tous mesnager, cequi est du leur, et encorde Fautruy: mais dites-moy si je vous devois celer cecy, ou si je fais bien de vous le dire. J'aurois, ce me semble, la conscience chargée devons taire quelque chose, et faut que je vous die une fois pour toutes, que quand je regarde du costé où vous estes, je me sens fort inclinée que vous y demeuriés ; mais si je regarde de deçà, et que je pense que peut-estre Dieu vous y appelle pour sa plus grande
gloire, je demeure en indifîerence, désirant infiniment que nostreSeigneur accomplisse sa très sainte volonté en nous.
Vous m'obliges grandement de me dire ainsi des nouvelles de vostre tout bon et très aymable cœur : faites-le tous-jours, mon Père, je vous en prie ; c'est ma très chère consolation.
Mais ne vous dois-je pas dire en simplicité, que pardeuxou trois fois il m'est venu un peu d'esmotion en l'amour propre, de ce que vous ne me respondés rien a tout ce que je vous demande, qui touche mon particulier, et sur mes petites plaintes : vous en avés grand tort, mon cher Père, carmon amour propre en seroit grandement satisfait. Hé Dieu! que j'en ay tous-jours mon plein sac, de ce misérable amour propre: Dieu le veuille anéantir !
Je vous remercie grandement delà charité que vousfaites a mes enfans ; j'avois besoin d'estre soulagée et aydée en cette charge. Je me contente de leur avoir acquis le bien et le thresor de vostre sainte assistance devant Dieu. Je ne quitterois pas cela pour aucune bonne fortune, etc.
CG
LETTRE