‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 76 sur 106 · DE SAINT FRANÇOIS DE SALES A SAINTE JEANNE FRANÇOISE DE CHANTAL · texte numérisé non relu

DE SAINT FRANÇOIS DE SALES A SAINTE JEANNE FRANÇOISE DE CHANTAL

Réponse à la lettre précédente, au sujetdes dons du Saint-Esprit.

29 mai 1622 K

0 que puisse-je, ma très chère Mère, bien recevoir et employer le don du saint entendement, pour pénétrer plus clai-

1 C'est la 617e de Biaise, et la 29e du livre VII des anciennes éditions.

2 Cette date se lit ainsi dans toutes les éditions. Il nous semblerait qu'ici, comme à la lettre précédente, il faudrait lire 1621 plutôt que 1622.

rement dans les saintz mystères denostre foy ! car cette intelligence assujettit merveilleusement la volonté au service de celuy que l'entendement reconnoist si admirablement tout bon, sans lequel il est enfoncé et engagé : en sorte que comme il n'entend plus qu'aucune chose soit bonne en comparayson de cette bonté, aussi ne peut-il plus vouloir la volonté aymer aucune bonté en comparayson de cette bonté : ainsy qu'un œil qui seroit planté bien avant dan& le soleil, ne peut envisager d'autre clarté.

Mais parce que tandis que nous sommes au monde, nous ne pouvons aymer qu'en bien faysant, parce que nostre amour y doit estre actif, comme je diray demain au sermon. Dieu aydant, nous avons besoin de conseil, affîn de discerner ce que nous devons practiquer et faire pour cet amour qui nous presse; car il n'est rien de sipressant a la practique du bien, que l'amour céleste. Et affm que nous sachions comme il faut faire le bien, quel bien il faut préférer, a quoynousdevonsappliquer ractivitédel'amour, le saint Esprit nous donne son don de conseil.

Or sus, voyla nostre ame bien partagée avec un bon partage des dons sacrés du ciel. Le saint Esprit qui nous favorise, soit a jamais vostre consolation. Mon ame et mon esprit l'adorent éternellement. Je le supplie qu'il soit tousjours nostre sapience et nostre entendement, nostre conseil et nostre force, nostre science et nostre pieté, et qu'il nous remplisse de l'esprit de la crainte du Père éternel. Ce ne fut pas sans vous que nous celebrasmes cette feste de la Pentecoste ; car je me souviens fort de la sainte dévotion que vous avés a cette solennité.

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LETTRE '

A LA MÊME

Considérations sur le trépas de la sainte Vierge.

Entre le 14 et le 21 août 1622.

Ma très chère Mère,

Je considerois au soir, selon la foiblesse de mes yeux cette reine mourante d'un dernier accès d'une fièvre plus suave que toute santé, qui est la fîevre d'amour, laquelle, desséchant son cœur, en fin l'enflamme, l'embraseetleconsume; de sorte qu'il exhale son saint esprit, lequel s'en va droict entre les mains de son Filz. Ha ! veiiille cette sainte Vierge nous faire vivre par ses prières en ce saint amour. Qu'il soit a jamais le très unique object de nostre cœur. Que puisse nostre unité rendre a jamais gloire a l'amour de Dieu, qui porte le sacré nom d'unissant.

Je n'ay pas une si heureuse naissance, matres chère Mere^ que d'avoir paru en ce monde au jour auquel la très sainte Vierge nostre reine parut au ciel,

En son beau vestement de drap d'or recamé. Et d'ouvrages divers à fesguille semé '.

ainsy que nous dirons dimanche, jourauqueljenasquis avec avec cette gloire , que c'a esté entre lesoctaves de cette grande Assomption ^ Ah! Dieu, ma très chère Mère, que je veux

* C'est la 879e de la collection-Biaise, et la 49e du livre VII des anciennes éditions.

2 Adstitit Regina à dextris tuis, in vestitu deaurato, circumdata varietate. Ps. XLIV, 10.

3 Saint François de Sales est né le 21 août 1567. Cette lettre a donc été

approfondir creusement nostre cœur devant cette Dame eslevée, affm qu'il luy playse le remplir de cette surabondante rosée d'Hermon^ qui distille de toutes parts de sa sainte plénitude de grâces.

0 ! quelle perfection toute souveraine de cette colombe^ au prix de laquelle nous sommesdescorbeaux ! Helas I parmi le déluge de nos misères, j'ay souhaité qu'elle treuvast le rameau de l'olive du saint amour de la pureté, de la douceur, de l'orayson, pour le rapporter en signe de paix a son cher colombeau, a son Noé. Vive Jésus, vive Marie, le support de ma vie ! Amen.

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LETTRE '

A UNE DAME

Il faut correspondre aux attraits de Ja grâce. Communion permise tous les huit jours. On doit se comporter le jour de la communion d'une manière qui fasse voir l'estime qu'on en fait. Ce que c'est que les larmes de Vendôme.

7 juin 1622.

Je confesse, ma très chère Fille, que je ne suis pas satisfait de vous avoir si peu veuë; mais je le suis grandement de vous avoir si bien veuë, puisque j'ay veu vostre cœur bien aymé, et au milieu de vostre cœur nostre cher Rédempteur,

écrite ou en 1616, ou en 1622, les deux seules années de la vie du saint évêque, depuis la fondation de l'ordre de la Visitation, où le 21 août soit tombé un dimanche. Or, au mois d'août 1616, leSaintet la Sainte étoient tous les deux à Annecy ; il est donc vraisemblable qu'elle a été envoyée en 1622, plutôt qu'en 1616, à Sainte Chantai, qui pour lors devoit se trouver à Dijon.

1 C'est la 618e de la collection-Biaise, et la 62^ (al. 55e) du livre II des anciennes éditions.

DE S. FRANÇOIS DE SALES 3o9

qui a rallumé le feu sacré de son amour céleste. 0 mon Dieu ! ma très chère Fille, combien estes-vous obligée a cet amour éternel, qui vous est si bon et si doux, et qui, comme un bon père, a tant de soin de vous inspirer continuellement le désir d'estre toute sienne! Comme pourriés-vous jamais esconduire ses paternelles semonces, ni rompre le sacré et avantageux marché qu'il a fait avec vous, par lequel il se donne tout a fait avons, pourveu que vous soyés tout a fait a luy? Soyés-le meshuy sans reserve, ma très chère Fille, et sans condition quelconque. C'est le grand et inviolable désir que j'ay pour vous et pour moy, qui seul estant observé et practiqué, vous consolera au départ de ce monde. Je le veux bien, ma très chère Fille, puys que vous en avés du désir, que vous faciès la sacrée Communion tous les huit jours ; m'asseurant qu'a mesure que vous approcherés plus souvent de ce divin sacrement, vous tascherésde luy rendre aussi plus d'amour et de fidélité en son service, et que le jour de vostre communion vous vous garderés de donner sujet a ceux avec lesquelzvousconverserés, de penser que vous n'estimiés pas assés l'honneur de la réception de vostre salut.

Tenés, voyla une des larmes de Vandosme, c'est a dire une goutte de l'eau dans laquelle on a trempé la fiole dans laquelle est, ainsy qu'on tient par la tradition ancienne des habitants de Vandosme, de la terre sur laquelle tombèrent les larmes de nostre Seigneur, tandis qu'au tems de sa mortalité et de sespeynes, il pria etadora son Père éternel, pour la remission de nos péchés.

On dit cela, et le tient-on pour certain au diocèse d'Orléans, d'où nostre Seur Claude-Agnes \ qui est Supérieure la d'un Monastère de la Visitation, me l'a envoyée ; mais comme que ce soit, gardés cette représentation de larmes

* Claude Agnès Joly de la Roche, première supérieure du couvent de la Visitation d'Orléans.

comme un mémorial de celles denostre Seigneur, qui vous face ramentevoir de Tobligation que vous avés a la dilection qui fit pleurer cette infinie bonté pour nous, et d'un motif parfait de ne jamais offenser une si merveilleuse etaymable douceur. Vostre, etc.

LETTRE '

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