A L*ABBESSE DE SAINTE-CATHERINE
Le saint évêque écrit à l'abbesse de Sainte-Catherine, dont l'abbaye, qui étoit de son diocèse, n'étoit point réformée et n'avoit point de clôture.
29 août 1622.
Je respons clairement a vostre lettre, ma très chère cousine ma File. Il est vray que dés il y a long-tems je me suis apperceu des désirs que plusieurs de vos filles avoyent de la reformation ; et tout autant que la conscience me l'a peu permettre, je vous l'ay signifié de tems en tems. Mais il est vray aussi que j'eusse souhaitté qu'elles eussent eu encor un peu de patience, puysque nous sommes a la veille de voir
* Tirée du monastère de la Visitation de la ville de Meaux. C'est la 627e de Biaise.
un ordre gênerai pour la reformation de tous les Monastères de cette Province de deçà les Mons, notamment des filles, parmi lesquelles les moindres defautz sont plus blasmés que les grans parmi les hommes. Or, ma très chère cousine, voyla donqla chose au jour. Qu'il se soit passé quelques impatiences, quelquesimmortifications, quelques fiertés, quelquesdesobeissances^ quelques amours propres, quelques imprudences ;"certes il ne se peut estre pas nié ; mais pour tout cela le fond de TafTaire ne laisse pas d'estrebon et selon la volonté de Dieu. Tous les defautz qui arrivent en une bonne œuvre n'en gastent pas la bonté essentielle : d'où que le bon vienne, il le faut aymer. Mon inclination estoit que l'on attendist de faire celuy-cy jusquesa ce que l'ordre en fust venu de Rome, affin qu'il y eust moins de résistance. La ferveur de la charité de quelques-unes, ou si vous voulés, l'ardeur de la propre volonté des autres, a fait choisir un autre moyen qui leur sembloit plus court. Il ne faut pas pour cela le rejetter, ains il faut y contribuer tout ce que la sainte, sincère et véritable charité nous suggérera ; et nous faut prendre garde de ne permettre pas a nostre propre interest ou amour'd'employer nostre propre prudence contre la volonté de l'Espoux céleste. Mais de tout cecy il en faut parler plus au long. Dieu aydant.
Madame ma très chère cousine ma Fille, que cette affaire ayt esté entreprise, je le sceu le jour avant mon départ de cette ville ; que Ton en soit venu a l'exécution, je le sceu en Argentine * ; mais vous avés esté la première qui m'avés donné connoissance de la particularité, bien que depuis j'en aye appris encor davantage. Il importe peu que le bien se face d'une façon ou d'autre, pourveu qu'il se face en sorte qu'il en revienne plus grande gloire a nostre Seigneur. Je suis, Madame ma chère cousine, vostre, etc.
* Argentine est un bourg de Savoie, aucomtédeMaurienne, renommé à cause de ses forces. Daudifret, Geogr.,tcm, II,p.559,citéparLaMartinière.
GGVII
A UNE SUPÉRIEURE DE LA. VISITATION
Le Saint fait l'éloged'un évêque qui devoitpasser par chez lui. Il encourage unereligieuse à supporter patiemment ses maladies corporelles.
Annecy, 14 octobre 1622.
Dieu soit loué, ma très chère Fille, de tout ce que vous m'escrivistes le 2 septembre : a luy louanges des grâces qu'il fait a ce digne Prélat, qui les recevant avec recon noissance et sans résistance, fera des merveilles pour le bien de la sainte Eglise. On m'a dit de divers endroitz qu'il passera icy, et je lerecevray en la simplicité de mon cœur, selon nostre petitesse, avec la confiance que vous me dites que je luy dois tesmoigner. Mais pourtant je n'ay encor point de certaines asseurances de cet honneur.
La cour ne manque pas d'occupations et de divertissemens.
A Dieu encor la louange de l'exercice que sa providence
vous donne par cette affliction de maladie qui vous rendra
sainte^ moyennant sa sainte grâce ; car, comme vous
sçavés, vous ne seres jamais espouse de Jésus glorifié, que
vous ne l'ayés premièrement esté de Jésus crucifié ; et ne
jouyrés jamais du lit nuptial de son amour triomphant, que
vous n'ayés senti l'amour affligant du lit de sa sainte
croix. Cependant nous prierons Dieu qu'il soit tous-jours
vostre force en vostre courage en la souffrance, comme
vostre modestie, douceur et humilité en ses consolations.
Je salue chèrement vostre cœur et celuy de toutes vos
' C'est la 629» de la collection-Biaise, et la 87^ (a/. 84«) du livre V des
Seurs ; et suis tout a fait de plus en plus vostre, ma très chère Fille.
GCVIII
LETTRE
• A LA MÈRE FÂVRE SUPÉRIEURE DE LA CONGRÉGATION DE LA VISITATION, A DIJON
Le Saint lui annonce que bientôt elle sera transférée à Chambéri. Il lui recommande une grande indifférence pour les lieux, les temps, les nations, les personnes, un grand zèle pour la gloire de Dieu, et une grande confiance en sa bonté.
15 octobre 1622.
Mille et mille bénédictions^ si mes souhaitz sont exaucés sur vostre cœur bien aymé, ma très chère Fille. Or sus^ vous voyla donq en œuvre pour le bon gouvernement de ce nouveau monastère (de Dijon)^ qui, mioyennantla grâce de Dieu, vous reiiscira heureusement, tandis qu'en nostre Ghamberie on en disposera un autre. Or, quand tout sera résolu, et qu'on aura pourveu a tout le commencement^ alors il sera force de vous y avoir ^
Vous voyés donq bien, ma très chère Fille, que Dieu vous appelle a beaucoup de peynes, d'abnégations de vous-mesme et de choses aigres, affm que sans différence de lieux, de nations et de personnes, vous servies a la dilatation de sa gloire purement et simplement, sans aucun autre interest que celuy de son très saint agreement: et vous devés vous reposer en cela, ma très chère Fille et aggrandir tous les jours vostre cœur et vostre courage en
* C'est la 636e de la collection-Biaise, et la91e {al. 80e) du livre VI des
* La translation de la mère Favre à Chambéri ne s'exécuta qu'en 1635, et le monastère de cette ville avoit été fondé le 17 janvier 1624, un peu plus d'une année après la mort du Saint.
une parfaitte confiance du secours céleste, puisque cette divine providence n'employé jamais les âmes a des choses grandes et difficiles, qu'il ne veuille quand et quand départir sa très sainte assistance.
Je ne cesse point d'implorer le saint Esprit pour vous, affin qu'il vous eschauîïe de plus en plus, et qu'en fin il vous brusle toute du feu sacré de son saint amour, selon lequel je suis totalement tout vostre plus humble et invariable père.
GGIV
LETTRE '
A SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL
Qui étoit à Dijon pour la fondation d'un monastère de la Visitation 2, et qui alloit repartir pour Lyon, comme pour se rendre à Annecy. Sentiments sur la résignation à la volonté de Dieu et sur l'amour divin.
Annecy, 22 octobre 1622.
Voyés, je vous prie, vous-mesme, ma très bonne et très chère Mère, les lettres cy jointes ; et voyés s'il y a apparence
1 C'est la 631e de Biaise.
^S. François de Sales avoit fondé cet ordre sousle nom àe la. Visitation de Sainte-Marie, parce qu'il l'avoit destiné à la visite des pauvres malades. Sainte Jeanne-Françoise de Chantai et ses compagnes remplirent cette fonction les cinq premières années de leur institut. « C'étoit une i> merveille qui touchoit de tendreté les cœurs de tous les bons, dit Au- :» guste de Sales, de voir des darnes de qualité et de délicates damoi- » selle, eslevées et accoustumées parmy les délices du siècle, mespriser » ainsi le monde, visiter les malades les plus infects et puants, leur ser- » vir de tout ce qui leur faisoit de besoing pour recouvrer la santé, et j) soulager les douleurs de leur maladie ; porter des linges, nettoyer et >) blanchir ceux qui estoyent sales, apprester leurs viandes, faire leurs » licts, les Gxhorteret leur bailler courage par des bons entretiens, n'avoir » point d'horreur n'y d'aversion d'entrer dans les lieux les plus abjects, » comme tavernes et cabanes des pauvres, voire mesme n'y dans les es- « tables ; et outre cela, monslrer envers tout le monde une si grande dou-
DE S. FEAKÇOIS DE SALES 3gg
que sans vous incommoder beaucoup, vous puissiés donner se contentement tant désiré a ces chères ame car SI cela se peut bonnement, pour moy, non seulement j'^ consens, mais je le souhaitterois très volontier, surtout s i^ est vray que venant de Dijon a Montferrand. ce futvostre passag-e de voir vostre chère Fille ■ ; et encor plus si venant
désira qu'elles fussent cloîtr-ées ^nit an'ii .Jf ^-^ ^'^«puis carctmaJ,
t.guea et es mouvements perpétuels dun emploi s. pénible soit ou^l cra,gnu .a contagion du siècle. « 11 pressa à ce sujet le saint évLe de '. Genève, ajoute l'évêque de Belley, en temps et hors de tempreu'otr! » bienheureux qui étoit extrêmement condescendant aux v^lontdW tru,, se rendit aux persuasions de ce grand prélat. » Mais en conC ant à ce changement, S. François de Sales voulutque les rel gieuserd;
e! ceÎaTnsTtr",'-'',™' ^"^ ''' ^^^^"""^^ '^^^ "' ionrmes," L a exercer amsi, dans l'mteneur de leur maison, les œuvres de c arité qu, avo.ent été le premier but de leur institution
tienrdur,fré'^''''i'°n''' "' *'"""''" ""•'!"' ^voit profité des entretiens du samt eveque de Genève pendant son séjour à Paris en 1619 et qu. depuis avoit été dirigée parl'évêque de Belley, et remise par ce pré
grardia trn "^ f '^ ''"^^"' '^ ^'^"'' ''-"' '^ cooplrat'ld ce
tes. A Is ditV rT: ''' ™'" '" '" """■'''' -""•«'- *^ P«vres. « Ams,, dit 1 auteur de la vie de Louise deMarillac, le ciel a eagné
.. ^"^h^ngement de la première institution des religieuses de la vLfa- » de s'aleVr» P''""^^7 f' "«" P^^^u. Ce qu'un ami de S. François de Sales 1 a empêche de faire pour eux, un autre ami du même Saint la entrepris Lesdeux ouvrages subsistent. FasseleDieu de miséricorde » qu Ils soient en tout temps ce qu'ils ont été autrefois, et ils seront à » jarnais la consolation de l'Eglise affligée de Jésus-Christ! » ^^ Madame de Toulonjon, mie de madame de Chantai, nouvellement
ailïf !;'l'-',fl «'"'^'J' "''"''"'"'^^'''''' ^'""■^' ""^ "=^ précédentes leltreses, aaressee. (Yoi/ejr la lettre du 24 avril 1621, tome IX, pag. 515.)
de Montferrand a Lyon^ c'estoit vostre passage de voir saint Estienne de Forez ; et je confesse que ce me seroit de la consolation de sçavoir des nouvelles de ces nouvelles plantes, que Dieu, ce me semble, a plantées de sa main pour son plus grand honneur et service.
Il vous faut dire, ma très chère Mère, que ce mattin, estant un peu en solitude, j'ay fait un acte de résignation nompareil, mais que je ne puis escrire, et que je reserve pour VOLTS dire de bouche, quand Dieu me fera la grâce de vous voir.
0 que bienheureuses sont les âmes qui vivent de la seule volonté de Dieu ! Helas I si pour en savourer seulement un bien peu par une considération passagère, on a tant de suavités spirituelles au fond du cœur qui accepte cette sainte volonté avec toutes les croix qu'elle présente, que sera-ce des âmes toutes destrempées en Tunion de cette volonté? 0 Dieu ! quelle bénédiction, de rendre toute nos affections humblement et exactement sujettes a celles du plus pur amour divin ! Ainsyl'avons-nous dit, ainsy a-il esté résolu; et nostre cœur a pour sa souveraine loy la plus grande gloire de l'amour de Dieu. Or, la gloire de ce saint amour consiste a brusler et consumer tout ce qui n'est pas luymesme, pour réduire et convertir tout en luy. Il s'exalte sur nostre anéantissement, et règne sur le throsne de nostre servitude. Mon Dieu ! ma très chère Mère, que ma volonté s'est treuvée dilatée en ce sentiment ! Playse a sa divine bonté continuer sur moy cette abondance de courage pour son honneur et gloire, et pour la perfection et excellence de cette très incomparable unité de cœur qu'il luy a pieu nous donner. Amen. Vive Jésus !
Je prie la Vierge Marie qu'elle vous tienne en la protection de sa pitoyable maternité ; et vostre bon Ange et le mien, qu'ilz soyent vos conducteurs, affm que vous arrivies en prospérité entre les accueilz de ce pauvre et très
unique père, et de vos chères Filles, qui toutes vous attendront avec mille souhaitz, et particulièrement moy, qui vous suis en nostre Seigneur, ne plus ne moins que vous mesme. Dieu soit a jamais nostre tout. Je suis en luy plus vostre que je ne sçaurois dire en ce monde : caries paroles de cet amour n'y sont pas.
Or sus, je croy qu'un bon moys, ou cinq semaines, feront larayson de tous ces destours: mais j'entens tous-jours qu'il n'y ayt point de péril des gens d'armes sur les chemins de ces lieux la, après quoy nous vous dirons pourquoy, et comme a présent je n'ay nulz moyens d'escrire davantage, quoy que je me porte bien, grâces a Dieu. Ce porteur d'un costé me presse infiniment, affin qu'il vous puisse treuver a Dijon. D'ailleurs on me presse aussi pour d'autres bonnes affaires, lesquelles je ne puis abandonner. Tout se porte bien icy, et je suis de plus en plus vostre, très humble, etc.
GCX
LETTRE '
A LA MÊME
Je vous prie de bien faire tenir a la bonne M. (madame)
du Puys d'Orbe le pacquet ci-joint. Car il faut luy donner
satisfaction, a la pauvrette. J'ayme bien son cœur, parce
qu'il m'est bien franc. Elle m'escrit que pour tous les advis
que je luy ay donnés pour le bon ordre de son monastère,
elle ne pourra pas se résoudre a rien faire sans le consen-
* Cette lettre, inédite jusqu'ici, a été copiée sur l'autographe conservé au couvent delà Visitation de Sainte-Marie de Reims. Elle est sans suscription ni date ; mais il est évident qu'elle s'adresse à sainte Jeanne- Françoise de Chantai alors à Dijon et que par conséquent elle a étéécritâj^, au plus tard, vers octobre ^622.
tement de son frère qui a, dit-elle, un grand pouvoir sur sa volonté. Elle m'a infiniment obligé a me parler ainsi clair.
J'ay ouvert la lettre que mon frère vous escrivoit, pour curiosité que j'avois devoir le poulet qui estoit dedans. Je n'escris point a la chère petite S mais je sçai bien que je luy garde le plus amoureux salut que j'aye fait a damoyselle du monde il y a seze ans.
Mon Dieu ! ma Fille, que j'ay grand désir que le bon et doux Jésus vive et règne dans nos cœurs. C'est en luy que je suis tout et uniquement vostre.
François, Evesque de Genève.
CGXI
LETTRE
A UNE SUPERIEURE DE LA VISITATION, SA COUSINE
m'exhorte à aimer Dieu purement, et à porter les autres à la même vertu.
Annecy, 2 novembre 1622.
Je bénis de tout mon cœur le sacré nom de nostre Seigneur de la consolation que sa divine providence donne a vostre ame au lieu où vous estes, et de la constance qu'elle establit en vostre affection. Certes, ma très chère cousine ma Fille, qui ne veut aggreer que ce céleste amant, il est par tout très bien ; car il a ce qu'il veut. 0 que vous estes heureuse, et que vous le deviendrés tous-jours d'avantage, si vous persévères a marcher en ce chemin ! Et combien vous rendrés-vous parfaittement aggreable al'Espoux de ces âmes qu'il attire sur vostre giron, pour les rendre ses espouses, si vous leur apprenés a regarder seulement les yeux de ce Sauveur, aperdrepetit a petit les pensées que la
^ i II s'agit de Françoise Rabutin de Chantai, fille de la Sainte, nouvellement mariée au comte de Toulonjon. - ^ C'est la 632e de la collection-Biaise, et la 49« {al. 44^) du livre VI des anciennes éditions.
nature leur suggérera d'elle-mesme, pour les faire penser tout a fait en luy.
0 ma treschere Cousine ! quede bénédictions pourvostre esprit, que Dieu a destinée pour cultiver et gouverner sa sacrée pépinière ! Vous estes la mère, la nourrice, et a dame d'atours de ces filles et espouses du Roy. Quelle dignité ! A cette dignité quelle recompense, si vous faites cela avec l'amour et les mamelles de mère ! Tenés vostre courage fort et ferme en cette poursuitte, et croyés très invariablement que je vous chéris et affectionne sans condition et reserve, comme ma très c h ère cousine et fille bie naymée.
Je vis, il y a seulemeut un moys, nostre Seur N., mais je la vis fort peu ; et néanmoins je la vis dedans l'ame, et treuvay qu'elle estoit toute pleyne de bonnes affections. 0 que bien avantagées sont les filles de sainte Marie de la Visitation, parmi tant de moyens et d'occasions de bien aymer et servir nostre Seigneur ! Helas ! ce sont des miracles devoir de ces bonne filles en ses monasterps, exposées a tant de venues et de visites. Ma treschere cousine ma Fille, Dieu soit loué. Amen. Et je suis vostre, etc.
GGXn
LETTRE '
A UNE DAME MARIÉE
Il l'exhorte à séparer son cœur de tout amusement de vanité.
17 décembre 1622.
Allant a Avignon, Madame ma très chère Fille, j'eus ce bonheur de treuver nostre bonne mère yci, et l'y ayencor
^ C'est la 633*^ de Biaise, et la 82e du livre III des anciennes éditions.
rencontrée a mon retour : vous croirés aysément que ce n'a pas esté sans parler souvent de vous, non sans beaucoup de consolation que j'ay receue, de sçavoir que vous vives tous-jours dans la crainte de Dieu, avec désir de faire progrès en la dévotion. Vous sçavés,ma très chère Fille, combien je suis aysé a contenter, et combien de facilité à bien espérer des âmes que j'affectionne : c'est de vostre enfance, que j'ay une infinie passion pour vostre salut, et que j'ay conceu une grande confiance que Dieu vous tiendroit de sa main, pourveuque vous veuilles correspondre a ses faveurs. Faites-le donq, je vous en conjure, ma très chère Fille, et séparés de jour a autre vostre cœur de toute sorte d'amusement de vanité, et com.me vous, je ne suis nullement scrupuleux, et n'appelle pas amusement de vanité, sinon la volontaire inclination que nous nourrissons aux choses qni véritablement nous divertissent des pensées et délibérations que nous devons avoir pour la très sainte éternité.
Cette chère mère m'a raconté la consolatien qu'elle a de vous voir avec un si digne mary, et duquel vous este parfaittement chérie : c'est un grand avantage pour vostre vertu, ma très chère Fille, faites-le bien profiter. Et, quoy que vostre eage, vostre complexion et vostre santé vous promettent une longue vie, souvenés-vous néanmoins qu'aussi pouvés-vous mourir bientost, et que vous n'aurés rien déplus désirable a la fm, que d'avoir mis un grand soin a recueillir et conserver les faveurs de la bonté divine. Cependant je suis a jamais tout a fait, ma très chère- Fille, vostre, etc.
CGXllI
A UNE RELIGIEUSE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
Souhaits de bénédition.
19 décembre 1622.
Dieu qui void les désirs de mon cœur, sçayt qu'il y en a de très grans pour vostre continuel advancement en son très saint amour, ma très chère Fille, sur tout maintenant que, selon la disposition de la sainte providence éternelle, vous voyla mère et conductrice d'une troupe d'espritz consacrés a la gloire de celuy qui est l'unique bien auquel nous devons aspirer.
Nostre mère a bien rayson de vous souhaitter une grande humilité, car c'est le seul fondement de la prospérité spirituelle d'une Mayson religieuse, qui n'exalte jamais ses branches ni ses fruitz, qu'a mesure qu'elle enfonce ses racines en l'amour de l'abjection et bassesse.
Je suis plein de très bonne espérance, ma très chère Fille, et vous conjure de prendre de plus en plus confiance en la miséricorde de nostre Seigneur, laquelle vous tiendra de sa sainte main, vous protégera de sa force.
Je ne pars pas encor de cette ville, et comme je pense, j'auray encor la consolation de vous escrire : cependant Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur et de vostre monastère, ma très chère Fille, et je suis de tout mon cœur, vostre, etc.
* C'est la 634e de la collection-Biaise, et la 67e (aï. 59e) du ijvre IVdes anciennes éditions.
376 LETTEES SPIRITUELLES
LETTRE '
A UNE DAME
Mépris des grandeurs de ce monde, désirs de l'éternité. Saint François de Sales écrivit cette lettre à Lyon, neuf jours avant sa mort.
Lyon, 19 décembre 1622.
Mille remerciemens a vostre cœur bien-aymé, ma très chère Fille, pour les faveurs qu'il fait a mon ame, luy donmantde si douces preuves de son affection. Mon Dieu! que bienheureux sont ceux qui, desgagés des Cours et des compîimens qui y régnent, vivent paisiblement dans la sainte solitude aux pies du Crucifix! Certesje n'eus jamais bonne opinion de la vanité ; mais je la treuve encor bien plus vraye parmi les foibles grandeurs de la Cour.
Ma très chère Fille, plus je vay en avant dans la veue de cette mortalité^ plus je treuve mesprisable, et tous-jours plus aymable la sainte éternité, a laquelle nous aspirons, et pour laquelle nous nous devons uniquement aymer. Vivons seulement pour cette vie, ma très chère Fille, qui seule mérite le nom de vie, en comparayson de laquelle la vie des grans de ce monde est une très misérable mort. Je suis de tout mon cœur, très véritablement tout vostre, ma très chère Fille, vostre, etc.
* C'est la 635e de la collection-Biaise, et la 53^ [al. 49e) du livre III des anciennes éditions.
A LA SŒUR PAUL-HIÉRONYME DE MONTHOUZ, SUPÉRIEURE DU MONASTÈRE DE SAINT-MARIE DE NEVERS
Témoignages de son affection pour elle.
Lyon, jour de Noël, 1622.
Cette chère damoyselle qui vous porte ce billet, est digne d'estre singulièrement chérie, parce qu'elle chérit tresaffectionnémentla divine Majesté de laquelle nous célébrons au jourd'huylasainte naissance; mais outre cela, matres chère Fille, elle vous ayme saintement^ et a désiré que je vous escrivissepar son entremise. Je le fay de tout mon cœur, ma très chère Fille, sans vous dire autre sorte de nouvelles^ sinon que nostre chère seur Emmanuelle est toute pleyne de ferveur en la reforme du monastère de sainte Catherine qui se fait a Rumilly ; car que vous diray-je de plus, ma très chère Fille, puis que cette bonne et vertueuse ame vous dira très amoureusement tout ce qui se passe icy^?(Elle) asseure que le Père Suffren (s'il n'y a de l'impossibilité) vous fera la faveur de vous voir ( et de vous ) dire par lettre
^ Tirée du monastère delà Visitation de Ghaillot. C'est la 284e de la collection-Biaise. C'est par une erreur visible que M. Biaise a mis cette lettre sous la date du jour de Noël 16i2, le couvent de la Visitation de \Nevers n'ayant été fondé que vers le mois d'août de l'année 1620. D'ailleurs rien ne nous dit que saint François de Sales ait fait un voyage à Lyon d'oii cette lettre se trouve datée, à l'époque de Noël de l'année 16J2, au lieu qu'il est certain qu'il étoit dans cette ville le jour de Noël 1622, qui ne précéda que de trois jours celui de sa mort. On peut donc regarder cette lettre comme la dernière de toutes celles que nous possédons du saint évoque de Genève.
2 Les mots marqués ici entre parenthèses sont pour représenter ceux qu'on a cru pouvoir deviner, et qui se trouvent rongés parla vétustédans l'original.
et de vive voix... ' (Je Fay remercié de la prose latine qu'il vous donna... Venés...) c'est un personnage tout aymable et qui a une affection toute sincère pour vous et pour vostre monastère. Vives toute en Dieu, ma très chère Fille, et pour Dieu, que je supplie vous recevoir dans le sein de sa très sainte dilection, avec toute vostre chère compaignie, qui suis sans fm, ma très chère Fille, vostre, etc.
GCXVI