A UN SUPÉRIEUR DE COMMUNAUTÉ
Réponse à un abbé ou supérieur de quelque communauté, qui avoit prie le Saint de faire publier dans son diocèse des indulgences qu'il disoit avoir obtenues pour ceux qui assisteroient sa mai9c»n dans le besoin, etqui ne justifioit point de la concession desdites indulgences. Le Saint s'excuse de les publier jusqu'à ce qu'il ait vu les bulles en bonnes formes. ^
Monsieur,
Nous avons reçu la lettre qu'on nous a apportée de la part de vostre Seigneurie, par laquelle il nous paroît que vous demandez qu'il soit permis à votre procureur de recueillir des aumônes des fidèles dans notre diocèse^ de publier des indulgences, et d'enrôler dans la Confrérie de votre Maison des Catholiques de l'un et de l'autre sexe.
Quant à nous, pour l'amour de votre Communauté, et à cause de la bonne odeur qu'elle répand de toutes parts, nous avons reçu de très-bon cœur, et lu avec grand plaisir, cette
* C'est la 65le de la collection-Biaise, et la 22e du livre 1er des anciennes éditions.
GCXIX
Negat indulgentias, maxime cum eleemosynis corrogandis conjunctas, promulgari debere, nisi de earum concessione liquide constet.
Accepimus litteras nomine Dominationis vestrce nobis datas, quibus postulabatur ut eleemosynas fideiium in nostrâ Diœcesi colligere, indulgentias publicare, et confraternitati domûs vestrae utriasqae sexùs Catholicos adscribere procuratori vestro liceret.
Nos, pro domûs vestrœ famâ, et longé latèque diffuso splendore. litteras quidem amanter scriptas, amantissimè vidimiis et perspexi-
lettre pleine d'affection, et nous nous sommes sentis portés à faire ce qu'elle requéroit de nous.
Cependant^ quand on en est venu à l'exécution, et que l'on a demandé à celui qui s'est dit chargé de vos dépêches, la bulle de concession des indulgences, et un témoignage authentique, par lequel il fit apparoître de sa commission et du besoin où se trouve votre Maison, il a répondu qu'il n'étoit point muni de ces pièces. Or, il est défendu expressément par le droit canon, et par un décret du Concile de Trente, à toutes personnes, de publier des indulgences, principalement celles qui sont jointes à une quête d'aumônes, sans avoir préalablement exhibé un témoignage irréfragable de la concession desdites indulgences.
La prudence même, fondée sur l'expérience journalière, nous dicte qu'il ne faut point ajouter foi au premier venu, qui dit avoir commission de recueillir des aumônes pour les lieux consacrés par la piété, ni les autoriser en aucune façon ; c'est de quoi le Saint-Siège nous a avertis particulièrement depuis peu.
mus, neque sine magna quâdam animi propensione id prsestandit quod petebatur.
Verùm cùm ad rem ventum est, ubi ab eo qui litteras eas attulit poslulatum est ut facultatis rerum domûs vestree gerendarum authenticum diploma, ac Bullam, aut Brève, vel transsumptum concessionis indulgentiarum proferret, respondit se non habere. At verô multùm, révérende domine, et jure canonico, et decreto Concilii Tridentini cautum est, ne quis ad indulgentiarum publicationem, earum maxime quse cum eleemosynarum collectione conjunctse sunt, admittatur, nisi fîdem faciat omni exceptione majorem de illarum concessione.
Prudentia autem multis experimentis comprobata docet, non cuilibet dicenti se nomine locorum piorum eleemosynas colligere debere credendum esse, aut concedendum quod quserit : quâ de re non ità pridem ipsamet Sancta Sedes nos peculiari cura monuit.
C'est pourquoi, jusqu'à ce que nous soyons mieux informés et assurés de la commission du porteur de la lettre^ et de la concession des indulgences en question, nous avons sursis leur publication et la quête des aumônes, à la réserve toutefois et dans l'intention de satisfaire vos désirs, et de prêter la main au soulagement de votre Maison, aussitôt que les lois de l'Eglise nous permettront de le faire.
Je m'assure que votre Seigneurie non-seulement ne sera point fâchée de la manière dont nous agissons, mais recevra même avec plaisir et de bon cœur notre réponse ; et de plus, qu'elle ne refusera pas de se souvenir de nous dans ses prières, ainsi que nous en usons envers elle.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre, etc.
Quare, donec de potestate hominis qui letteras attulit, et de concessione indulgentiarum nobis constet, à coilectione eleemosynarum et publicatione indulgentiarum abtinendum decrevimus ; parati tamen ex aninio vestris adesse votis, domûsque vestrae commodis, ubi per legum ecclesiasticarum canones nobis licuerit.
Dominationem vestrum, id non œquo tantùm, sed etiam laeto et consentienle accepturam animo credimus, nosque nihilominùs Deo optimo commendaturam, quod et nos vicissim facimus.
GGXX
LETTRE '
A UN RELIGIEUX
Sur la fraternité et la paternité spirituelles. Monsieur,
Je vous ay tesmoigné par mes lettres, que je prendrois a faveur de me nommer vostre frère, qui est le mot du plus franc et désirable amour de tous ceux que la nature nous a donnés, et que la grâce nous ordonne. Mais quand je parle avec vous^ sous ce titre de frère, c'est avec un très singulier sentiment de fraternité : et toutesfois vous me demandés encor que je sois vostre père, etquevoussoyés monfilz. Certes^ je ne sçaurois refuser mon consentement a vos desirs : mais usons un peu d'un tempérament, je vous supplie, qui m'oste le blasme d'estre un peu trop facile en un sujet où il y a danger d'outrecuidance.
Les frères aisnés succedoient aux pères anciennement dans les familles, et estoient comme vice-peresde leurs frères, de sorte que c'estoyent des freres-peres et des peresfreres ; et les puisnés estoyent des enfans-f reres et d es f reresenfans. Or sus, soyons comme cela : il est vray, l'affection que j'ay pour vous tiendra rang, puisqu'il vous plait, de paternelle, a cause de sa force et constance ; et de fraternelle pour sa confiance et privauté : et comme que ce soit, la charité esgale ceux qui l'ont, avec tant d'art, qu'ilz sont entre eux frères, pères, mères, enfans. Or, c'est cela dont vous me
^ C'est la 652e de la collection-Biaise, et la 65e des anciennes éditions.
parlés, mon très cher frère ; c'est pourquoy je vous diray encor mon très cher filz, et mon très cher père encor ; et moy, ne pouvant sans préjudice du porteur escrire plus longuement, je demeureray d'un cœur paternellement fraternel, vostre, etc.
GGXXI
LETTRE