A LA MÈRE DE CHASTEL SUPÉRIEURE DE LA VISITATION A GRENOBLE
Pensées de Dieu bien différentes des nôtres. Avis à cette supérieure sur son oraison, sur l'état de son âme, sur la manière dont elle doit se comporter avec le nouvel évêque de Grenoble, sur le père spirituel, et le confesseur qu'elle doit lui demander, etc.
Or sus, vous avés veu que la divine Providence a bien disposé, et très favorablement pour vous et vostre Mayson, sur la réception de M. Mistral. Si cette mesme Providence establit une mayson a Valence, elle vous fera voir de mesine que nous ne sçavons gueres, et que nostre prudence doit demeurer doucement en paix, et faire hommage a la divine disposition qui fait tout remcir au bien des siens. 0 ! que ses cogitations sont bien différentes des notices ^ et ses veûes inconnues a ?îos sentiments !
Non, ne craignes pas que vos sentimens me facent rien faire ; car encor que je vous chéris très parfaictement toutes, si est-ce que je sçai bien que vos sentimens ne sont pas vous-mesmes, encor qu'ilz soyent en vous.
Je vous ay assés bien entendue sur vostre orayson : ne vous mettes point sur l'examen pointilleux de ce que vous y faites. Ge que je vous en dis suffira pour le présent.
Si vous avés un nouvel Evesque, vous n'avés pourtant
1 Tirée du monastère de la Visitation delà ville du Mans. C'est la 713» de Biaise, et tout à la fois la même pour le fond que la 697' de ce même éditeur reproduite plus haut, page 422. Nous ne doutons pas que la lettre conservée au monastère de la Visitation du Mans ne soit la pièce originale.
rien de Nouveau a faire avec luy, sinon de luy offrir vostre obéissance, et de luy demander sa protection ; et selon que vous le verres aysé et doux, ou par vous-mesme, ou par une discrette entremise, vous pourrés luy demander un Père spirituel, a qui vous vous puissiés addresser es occurrences, et par le soin duquel vous puissiés traitter avec luy quand l'affaire le requerra. Si c'est M. Scanon, j'espère qu'on en aura de la satisfaction ; car bien que je ne le connoisse gueres, si est-ce que j'en ay oûy dire de grands biens.
Murmurés tant que vous voudrés contre moy, car je ne m'en soucie point, et sçai bien que vous sçavés que je vous chéris, et ay une très entière confiance en vous. Que si je ne vous ay pas fait voir ces lettres, c'est que je n'y ay pas seulement pensé; comme a la vérité cette multitude et variété d'affaires m'oste la mémoire de la pluspart des choses.
Ouy, il faut demander M. Daoust a ce nouvel Evesque; car a la vérité Monsieur le grand vicaire ne sauroit en cela avoir ce soin particulier, parmi le soin universel que son office luy donne.
Demeurés en paix, ma très chère Fille, et n'espiés pas si particulièrement les sentimens de vostre ame; mesprisés-les, ne les craignes point, et relevés souvent vostre cœur en une absolue confiance en celuy qui vous a appellée dans le sein de sa dilection.
AHS LETTRES SPIRITUELLES
CGLIII
LETTRE
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
Le Saint l'engage à surveiller et soigner d'une manière particulière une malade de sa maison ; il lui annonce une exhortation qu'il lui a promise.
Il n'y a rien a craindre, ma très chère Fille ; il y a du malheur en l'esprit de cette seur qui luy fait parler et de vostre chastiment et du mien avec une esgale fausseté. Elle n'a garde de se faire du mal qui cuise ; elle ayme trop sa peau. Demain je luy parleray, mais non pas seul, affin qu'elle ne die pas que je la flatte. Si elle porte un coulteau, il le luy faut très bien oster. Elle est véritablement hors de sens^ mais non pas tant, qu'elle soit excusable en ses fautes. Je ne suis marry, sinon de la peyne que vous en avés, et du trouble qu'elle existe en la mayson. En fin, elle me contraindra de l'enfermer et la traitter en forcenée. Je pars, et vous vay faire l'exhortation promise.
* Communiquée par M. l'abbé de Bourdeille, chanoine de l'église cathédrale de Troyes. C'est la 19o des nouvelles lettres inédites de la collection-Biaise.
GGLIV
LETTRE
A UNE MAITRESSE DES NOVICES DE L'oRDRE DE LA VISITATION
Il lui promet l'assistance de Dieu si elle est humble, si elle se repose ea Dieu, si elle travaille par un raotif d'obéissance. Il ne faut pas rechercher son repos au préjudice de l'amour de Dieu.
Dieu VOUS suggérera, ma très chère Fille, tout ce qu'il veut de vous, si en l'innocence et simplicité de vostre cœur, avec une entière résignation de vos inclinations,, vous luy demandés souvent en vostre cœur : Seigneur, que voulés-vous que je face ^ ? Et je suis consolé que vous ayés des-ja oûy sa voix, et que vous le servies en la nourriture de ces filles.
L'excuse aussi n'estoit pas bonne de dire : Je n*ay pas des mammelles, je n'ay point de lait : car ce n'est pas de nostre lait ni de nos mammelles que nous nourrissons les enfans de Dieu ; c'est du lait et des mammelles du divin Espoux, et nous ne faysons autre chose sinon les monstrer aux enfans, et leur dire: Prenés, succès, tirés et vives. Tenés donq ainsy vostre cœur ouvert et grand, pour bien faire tout le service qu'on vous imposera.
A mesure que vous entreprendrés, sous' la force de la sainte obéissance, beaucoup de choses pour Dieu, il vous secondera de son secours, et fera vostre besoigne avec vous, si vous voulés faire la sienne avec lui ; or la sienne est la sanctification et la perfection des âmes.
Travaillés humblement^ simplement et confidemment a
1 C'est la 714e de Biaise, et la 39^ du livre VI des anciennes éditions. ^ Domine, quid me vis facere ? Act., IX, 6.
cela ; vous n'en recevrés jamais aucune distraction qui vous soit nuisible. La paix n'est pas juste, qui fuit le labeur requis a la glorification du nom de Dieu.
Vives toute a ce divin amour^ ma très chère Fille^ et saches que c'est de tout mon cœur que je chéris vostre ame bien-aymée, et ne cesse jamais de la recommander a la miséricorde éternelle de nostre Sauveur, a laquelle je vous conjure de me recommander réciproquement fort souvent.
Je suis tout vostre, ma très chère Fille.
CGLV
A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION
Ce que c'est que de vivre selon Tesprit, et de vivre selon la chair.
Qu'il est bien raysonnable, ma très chère Fille, que je vous escrive un peu ! et que je le fay de bon cœur ! Pleust à Dieu que j'eusse l'esprit nécessaire a vostre consolation ! Vivre selon son esprit, ma bien-aymée Fille, c'est penser, parler et opérer selon les vertus qui sont dans l'esprit, et non selon les sens et sentimens qui sont en la chair. De ceux-ci il s'en faut servir, il les faut assujettir, et non pas vivre selon iceux ; mais ces vertus spirituelles, il les faut servir, et leur faut assujettir tout le reste.
Quelles sont ces vertus de l'esprit, ma chère Fille? C'est la foy, qui nous monstre des vérités toutes relevées au dessus des sens ; l'espérance qui nous fait aspirer a des biens invisibles ; la charité qui nous fait aymer Dieu plus
* C'est la 715« de Biaise, et la 60e [al. 56e) du livre III des anciennes éditions.
que tout et le prochain comme nous-mesmes, d'un amour non sensuel, non naturel, non intéressé, mais d'un amour pur, solide et invariable, qui a son fondement en Dieu.
Voyés-vous, ma Fille? le sens humain, appuyé sur la chair, fait que maintes fois nous ne nous abandonnons pas assés entre les mains de Dieu, nous estant advis que, puisque nous ne valons rien, Dieu ne doit tenir conte de nous, parce que les hommes qui vivent selon la sagesse humaine mesprisent ceux qui ne sont point utiles. Au contraire, l'esprit appuyé sur lafoy s'encourage emmi les difficultés, parce qu'il sçait que Dieu ayme, supporte, et secourt les misérables, pourveu qu'ils espèrent en luy.
Le sens humain veut avoir part en tout ce qui se passe ; et il s'ayme tant, qu'il luy est advis que rien n'est bon, s'il ne s'en est meslé. L'esprit, au contraire, s'attache a Dieu, et dit souvent que ce qui n'est pas de Dieu ne luy est rien ; et comme il prend part aux choses qui luy sont communiquées, par charité, aussi quitte-il volontier sa part es choses qui luy sont celées, par abnégation et humilité.
Vivre selon l'esprit, c'est aymer selon l'esprit ; vivre selon la chair, c'est aymer selon la chair: car l'amour est laviedel'amecommel'ame est la vie du corps.
Une seur est bien douce, bienaggreable, et je la chéris tendrement: elle m'ayme bien, elle m'oblige fort; je l'ayme réciproquement pour cela. Qui ne void quej'ayme selon les sens et la chair? car les animaux qui n'ont point d'esprit, et n'ont que la chair et les sens, ayment leur bienfaicteur et ceux qui leur sont doux et aggreables.
Une Seur est rude, aspre et incivile ; mais, au partir de la, elle est très dévote, et mesme désireuse et s'addoucir et civiliser: et partant, non pour playsir quej'aye en elle, ni pour interest quelconque, mais pour le bon playsir de Dieu, je la chéris, je l'accoste, je la sers, je la caresse. Cet amour est selon l'esprit; car la chair n'y a point de part.
Je suis mesfiante de moy-mesme, et pour cela je voudrois bien que l'on me laissast vivre selon cette inclination : qui ne void que ce n'est pas selon l'esprit ?Non certes, ma très chère Fille ; car tandis que j'estois encor bien jeune, et que je n'avois point encor d'esprit, je vivois des-ja ainsy. Mais quoy que selon mon naturel je sois craintif et apprehensif, néanmoins je me veux essayer de surmonter ces passions naturelles, et petit a petit bien faire tout ce qui appartient a la charge que Tobeissance procédante de Dieu m'a imposée : qui ne void que c'est vivre selon l'esprit? Ma chère Fille, vivre selon l'esprit, c'est faire les actions, dire les paroles, et faire les pensées que l'esprit de Dieu requiert de nous.
Et quand je dis faire les pensées, j'entens des pensées volontaires. Je suis triste, et partant je ne veux pas parler : les charretiers et les perroquetz font ainsy.
Je suis triste : mais puisque la charité requiert que je parle, je le feray: les gens spirituelz font ainsy.
Je suis mesprisée, et je m'en fasche : si font bien les paons et les singes.
Je suis mesprisée, et je m'en resjouys : les Apostres faisoyent ainsy.
Vivre donq selon l'esprit, c'est faire ce que la foy, l'espérance et la charité nous enseignent, soit es choses temporelles, soit es spirituelles.
Vives toute selon l'esprit, ma très chère Fille ; demeurés doucement; en paix ; soyés toute asseurée que Dieu vous aydera ; reposés-vous en toute occurence entre les bras de sa miséricorde et bonté paternelle.
Dieu soit a jamais vostre tout ! et moy, je suis en luy tout vostre, vous le scavés bien.
Monsieur vostre père se porte bien, et tout ce qui vous appartient selon le sang : ainsy en soit-il de ce qui vous appartient selon l'esprit ! Amen.
OCLVI
LETTRE'
A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION
Le Saint l'exhorte à bien unir son cœur à celui du Fils de Dieu.
Ma très chère Mère,
Que vous diray-je ? La grâce et paix du saint Esprit soit tous-jours au milieu de vostre cœur ! Mettés-le, ce cher cœur, dans le costé percé du Sauveur, et l'unisses a ce Roy des cœurs, qui y est comme a son throsne royal, pour recevoir l'hommage et l'obéissance de tous les autres cœurs, et tient ainsy sa porte ouverte, affinque chascun le puisse aborder et avoir audience.
Et quand le vostre luy parlera, n'oubliés pas, ma très chère Mère, de luy faire parler encor en faveur du mien, affin que sa divine et cordiale Majesté le rende bon, obéissant et fidèle.
Bonjour, ma très chère Mère; je suis sans fin vostre
très humble, etc.
i C'est la 716e de la collection-Blaise, et la 71e {al. 63°) du livre IV des anciennes éditions.
CGLVII
LETTRE '
A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION
Moyens de combattre l'amour-propre et l'estime de soi-même qu'on ne peut arracher du cœur humain. Trois parties de la charité. Avis sur l'oraison et la perfection du cœur, sur la tendresse envers soi-même, et sur l'amour du prochain.
Je me représente vostre lettre, ma très chère Fille, en laquelle avec tant de syncerité vous me descrivés vos imperfections et vos peynes, et voudrois bien pouvoir correspondre au désir que vous avés d'apprendre quelque remède de moy ; mais ni le loysir ne le permet, ni, comme je pense, vostre nécessité ne le requiert pas; car certes, ma très chère Fille, la pluspart de ce que vous me marqués n'a point d'autre remède ordinaire que la suite du tems et des exercices de la règle en laquelle vous vives : il y a mesme des maladies corporelles desquelles la cure dépend du bon ordre de la vie.
L'amour propre, l'estime de nous-mesmes, la fausse liberté de l'esprit, ce sont des racines qu'on ne peut bonnement arracher du cœur humain ; mais seulement on peut empescher la production de leurs fruitz, qui sont les péchés ; car leur eslans, leurs premières secousses ou premiers mouvemens,on ne peut les empescher tout a fait tandis qu'on est en cette vie mortelle, bien qu'on puisse les modérer, et diminuer leur quantité et leur ardeur par la pratique des vertus contraires, et sur tout de Tamour de Dieu.
1 C'est la 717e de la collection-Biaise, et' la 79e (ai, 69e) du livre IV des anciennes éditions.
Il faut donc avoir patience, etpetit a petit amender et retrancher nos mauvaises habitudes, dompter nos aversions, et surmonter nos inclinations et humeurs, selon les occurrences ; car en somme, ma très chère Fille, cette vie est une guerre continuelle, et n'y a celuy qui puisse dire : je ne suis point attaqué.
Le repos est réservé pour le ciel, où la palme de victoire nous attend. En terre, il faut tous-jours combattre entre la crainte et l'espérance, a la charge que l'espérance soit tous-jours plus forte, en considération de la toute-puissance de celuy qui nous secourt.
Ne vous lassés donq point de travailler continuellement pour vostre amendement et perfection. Voyés que la charité a trois parties,ramourdeDieu,raffection asoy-mesme et la dilection du prochain : vostre règle vous achemine a bien pratiquer tout cela.
Jettes maintes fois la journée tout vostre cœur, vostre esprit, et vostre soucy en Dieu avec une grande confiance, et lui dites avec David : Je suis vostre, Seigneur, sauvésmoy\
Ne vous amusés point beaucoup a penser quelle sorte d'orayson Dieu vous donne, ains suives simplement et humblement sa grâce en l'affection que vous devés avoir pour vous-mesme. Tenés vos yeux bien ouverts sur vos inclinations desreglées pour les desraciner. Ne vous estonnés jamais de vous voir misérable et comblée de mauvaises humeurs. Helas 1 traittés vostre cœur avec un grand désir de le perfectionner. Ayés un soin infatigable pour doucement et charitablement le redresser, quand il bronchera.
Sur tout travaillés tant que vous pourrés pour fortifier la supérieure partie de vostre esprit, ne vous amusant point aux sentiments et consolations, mais aux resolutions, pro-
* Tuus sum ego, salvum me fac. Ps. GXVIII, 94.
pos et eslans quelafoy, laregle, la Supérieure et larayson vous inspireront.
Ne soyés point tendre sur vous-mesme : les mères tendres gastentles enfans. Ne soyés point pleureuse ni plaignante : ne vousestonnés point de ces importunités et violences que vous sentes, que vous avés tant de peine a déclarer: non, ma Fille, ne vous en estonnés point ; Dieu les permet pour vous rendre humble de la vraye humilité abjecte et vile en vos yeux. Gela ne doit point estre combattu que par des eslans en Dieu, des diversions d'esprit de la créature au Créateur, et avec de continuelles affections a la très sainte humilité et simplicité de cœur.
Soyés bonne au prochain, etnonobstantles soulevemens et saillies de la colère, prononcés es occurrences fort souvent ces divines paroles du Sauveur ; « Je les ayme. Seigneur, Père éternel, ces prochains, parce que vous les aymés ; et vous me les avés donnés pour frères et seurs,et vous voulés que, comme vous les aymés, je les ayme. » Aussi sur tout aymés ces chères Seurs avec lesquelles la propre main de la providence divine vous a associée et liée d'un lien céleste ; supportés-les, caressés-les et les mettes dans vostre cœur, ma très chère Fille. Saches que j'ay une très particulière affection a vostre advancement. Dieu m'y ayant obligé.
GGLVIÏI
LETTRE '
A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION
Le Saint la fortifie dans ses résolutions.
C'est la vérité, ma très chère Fille, que mon ame vous chérit très parfaitement ; et m'est impossible, quand je pense en vous, qui n'est pas peu souvent, que je ne ressente un eslan d' affection fort particulière.
Or sus, il falloit bien que le serpent se fourrast de force dans l'aspreté de la pierre pour se desfaire de sa vieille peau, et se rajeunir heureusement, affin d'estre transformé en colombe. Dieu soit loué, ma très chère Fille, que vousavés souffert les tranchées d'un accouchement, quand vous vous estes enfantée vous-mesme a Jesus-Christ !
Marchés maintenant saintement et soigneusement en cette nouveauté d'esprit, et gardés bien de regarder en arrière, car il y auroit un extrême danger : et bénisses la divine Providence, qui vous avoit préparé une nourrice si aymable. 0 que Dieu est souverainement bon et gracieux, ma très chère Fille !. Certes, j'ay eu un contentement incroyable a voir comme il vous a conduite en Fabondance de son amour. Hé ! ne l'abandonnés donq jamais, et donnés toute liberté a vostre cœur de s'unir et serrer invariablement a son playsir ; car il est fait pour cela.
Que cette chère mère soit Supérieure, j'y consens sans difficulté ; mais que cela se puisse faire absolument comme vous m'en parlés, je n'en sçay pas les moyens, ni il ne de-
1 C'est la 718e de Biaise et la 96^ du livre IV des anciennes éditions.
prendra pas de moy^ qui suis fort peu de chose icy et rien du tout ailleurs: seulement je répète que pour mon consentement, je le donne, et contribueray de plus ce que je pourray bonnement faire a vostre intention.
Mais, ma très chère Fille, ne sommes-nous pas enfans adorateurs et serviteurs de la céleste providence, et du cœur amoureux et paternel de nostreSauveur ? n'est-ce pas sur ce fonds sur lequel nous avons basti nos espérances? Faites ce qu'il vous a inspiré pour sa gloire, et ne doutés nullement qu'il ne face pour vostre bien ce qui sera meilleur. Ne capitulons point avec luy : il est nostre maistre, nostre roy, nostre pere^ nostre tout ; pensons aie bien servir, il pensera a nous bien favoriser.
Donques, ma fille, pour conclurre, je feray pour vostre petit contentement tout ce que je pourray, qui est peu ; de la je m'asseure qu'on fera de mesme : mais au ciel on fera tout ; on vous comblerade consolations parles moyens que lasagesse suprême connoistetvoid, et que nous ne sçavons pas.
Demeurés en paix, nourrisses amoureusement! soigneusement et fidèlement cette nouvelle enfance aymée, que vostre ame a nouvellement enfantée au saint Esprit, affin qu'elle se fortifie en sainteté, et qu'elle croisse en bénédictions, pour estre a jamais aymée du bien aymé. Que vous puis-je désirer déplus, ma très chère Fille? Je suistout a fait, je vous asseure, vostre très humble^ etc.
GGLIX
LETTRE
IGIEUSE DE LA V QUI ALLOIT ÉrRE SUPÉRIEURE
Le Saint l'exhorte à la pratique de la douceur, de l'humilité et de l'indifférence. Grande maxime du Saint : Ne demander rien, ne refuser rien.
C'est la vérité, ma très chère Seur ma Fille, que vous m'avés grandement consolé, en la peyne que vous avés prise de m'escrire, puisque mesme, ainsy que je m^aperçois, vous estes celle a qui Dieu dispose de faire remettre la charge de Supérieure. On vous donnera le loysir de vous bien préparer par une entière sousmissiona la céleste providence, et un parfait encouragement a vous bien exercer a l'humilité et douceur, ou debonnaireté de cœur, qui sont les deux chères vertus que nostre Seigneur recommandoitaux Apostres, qu'il avoit destinés a la supériorité de Tunivers.
Ne demandés rien, ni ne refusés rien de tout ce qui est dans la vie religieuse : c'est la sainte indifférence qui vous conservera en la paix de vostre Espoux éternel, et c'est l'unique document que je souhaitte estre practiqué par toutes nos Seurs, que mon cœur salue très chèrement avec le vostre, ma très chère Fille.
^ C'est la 719e de Biaise, et la 112e dulivre IV des anciennes éditions.