‹ Œuvres complétes Volume 11Chapitre 93 sur 106 · XI · texte numérisé non relu

XI

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LETTRE

A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION

Le Saint Tencourage à souffrir les adversités, et lui propose des motifs

de consolation.

J'ay receu tout vos pacqaetz, ma très chère fille. Haussés vostre teste dans le ciel, voyés que pas un des mortelzqui y sont immortelz n'y est allé que par des troubles et des afflictions continuelles. Dites souvent entre vos contradictions : C'est icy le chemin du ciel ; je voy le port, et suis asseurée que les tempestes ne me peuvent empescher d'y aller. Dieu vous console et bénisse mille fois ! Je suis plus parfaittement qu'il ne se peut dire, ma très chère Fille, vostre très humble, etc.

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LETTRE

A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION

Le Saint la prépare à accepter avec soumission la mort d'un enfant qu'elle avoit eu étant dans le monde, et qui étoit dangereusement malade.

11 faut attendre, ma très chère Mère, l'événement de cette maladie le plus doucement qu'on pourra, avec par-

1 C'est la 720e de la collection-Biaise, et la 13^ (al. 12e) du livre V des anciennes éditions.

2 C'est la 721e de la collection-Biaise, et la 73« [al. 71e) du livre V des

faicte résolution de se conformer a la volonté divine en cette perte, si perte se doit nomnaer l'absence de quelque tems, qui, Dieu aydant, sera reparée par une présence éternelle.

Hé I que bienheureux est le cœur qui ayme et chérit la volonté divine en toutes occurrences ! 0 si une fois nous avons nostre cœur bien engagé a cette sainte et bienheureuse éternité : Allés (ce dirons-nous a tous nos amis), allés^ chers amis, allés en cet Estre éternel, a l'heure que le Roy de l'éternité vous a marquée ; nous y irons aussi après vous. Et puisque ce tems ne nous est donné que pour cela, et que le monde ne se peuple que pour peupler le ciel ; quand nous allons la, nous faysons tout ce que nous avons a faire.

Voyla pourquoy, ma Mère, nos anciens ont tant admiré le sacrifice d'Abraham. Quel cœur de père ! Etvostre sainte compatriote, la mère de S. Symphorien, par le traict de laquelle je finis mon livre M 0 Dieu? ma Mère, laissons nos enfans a la mercy de Dieu, qui a laissé le sien a nostre mercy. Offrons-luy la vie des nostres, puisqu'il a donna la vie du sien pour nous. En somme, il faut tenir les yeux fichés sur la providence céleste, a la conduite de laquelle nous devons, de toute l'humilité de nostre cœur, acquiescer.

Il faut estre ferme et constant auprès de la croix et sur la croix mesme, s'il plait a Dieu de nous y mettre. Bienheureux seront les crucifiés, car ils seront glorifiés. Or sus, ma très chère Mère, nostre partage en ce monde est en la croix, et en l'autre il sera en la gloire.

Mon Dieu ! ma très chère Mère, que je vous souhaitte de

anciennes éditions. Le contenu de cette lettre indique que la religieuse à laquelle le Saint Tadressoit étoit du pays d'Autun.

1 Introd. à la vie div., pag. 294. La mère de S. Symphorien, martyr d'Autun, voyant qu'on leconduisoit au martyre, crioit après lui: Mon fils, mon fils, souvenez-vous de la vie éternelle ; regardez le ciel, et considérez celui qui y règne. Votre mort va terminer la courte carrière de votre ■vie.

4o2 LETTRES SPIRITUELLES

perfections ! et que de courage et d'espérance j'ay maintenant en cette souveraine bonté et en sa sainte mère « que vostre vie » sera toute reserrée en Dieu avec Jesus- GhristS » pour parler avec nostre Seigneur I

Dieu nous bénisse, et marque vostre cœur du signe éternel de son pur amour! 11 faut devenir très humblement saintz, et respandre par tout la bonne et suave odeur de nostre charité. Dieu nous face brusler de son saint amour, et mespriser tout pour cela! Nostre Seigneur soit le repos de nostre cœur et de nos corps ! tous les jours j'apprens a ne point faire ma volonté, et faire ce que je ne veux pas. Demeurés en paix entre les deux bras de la divine Providence, et dans le giron de la protection de nostre Dame.

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LETTRE

A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION

Les vœux simples obligent autant que les solennels. Dans les couvents de femmes, le vœu de chasteté est fondamental, etles autres n'en sont pas moins essentiels. Un peut obtenir dispense des vœux pour une cause très-forte. Désobéissance obstinée, cause des passions. Le noviciat peut être prolongé sans donner atteinte au concile de Trente.

Vos vœux, ma très chère Fille, sont aussi fortz que les vœux de tous Ordres de Religion pour obliger la conscience des Seurs a leur observation. Il est vray néanmoins qu'une fille qui voudra perdre son ame et son honneur, se pourra marier après les vœux, comme feroit la

1 CoL, ïll, 4.

2 C'est la 722e de Biaise, et la 34e [al. 29e) du livre VI des anciennes éditions.

On voit par ce qui est dit à la fin, de Tespérance conçue par le saint évêque de voir bientôt son institut approuvé par le Saint-Siège, que cette lettre a été écrite avant le 23 avril 1618.

plus grande Professe de France, si elle vouloit se perdre, et se servir de l'Edit de pacification. Le formulaire de vos vœux est fait selon ceux des pareilles Congrégations d'Italie, et exprin^e beaucoup plus la force de l'obligation, que ne font la pluspartdes formulaires de la Règle de S. Benoit.

Le vœu de chasteté est fondamental, selon les anciens Pères, es Monastères des femmes, et les autres ne laissent pas d'estre essentielz.

Il est vray, on peut estre dispensé des vœux simples, et des autres aussi, plus facilement toutesfois de ceux-là que de ceux-cy, mais non sans grande occasion, et lorsqu'il est expédient; dont les Pères Jésuites se treuvent extrêmement bien, maintenant en partie le lustre de leur très illustre Compaignie par ce moyen, lequel le monde n'ap. preuve pas, mais ouy bien Dieu et l'Eglise ; et toute l'antiquité des Religions a esté comme cela, la solennité des vœux ayant esté establie depuis peu de centaines d'années.

L'expulsion a tous-jours esté parmi les anciens Religieux : c'est une chose rigoureuse. Que pour ne vouloir pas observer le silence, on mist une fille dehors, ce ne seroit pas faute d'observer le silence, mais pour vouloir obstinément troubler et renverser l'ordre de la Congrégation, et mespriser le saint Esprit, qui a ordonné le silence es Maysons religieuses. Que si on n'expulse pour l'obstinée désobéissance et le mespris affecté de l'ordre, je ne sçai pour quoy on expulsera.

En fin les Religieux, mesme les plus solennelz, expulsent ; au moins void-on des Religieux expulsés de l'Ordre de saint François, voire mesme des Capucins ; et les Pères Jésuites, qui sont si advisés et prudens, expulsent pour les désobéissances, pour peu qu'elles soyent affectionnées et entretenus.

La prolongation du Noviciat se faysant pour cause n'est pas contraire au Concile, comme ont déclaré ceux qui ont

la charge des déclarations d'iceluy ; et les Docteurs mesmes l'entendent ainsy. Défait, lesGarmelines la font, selon qu'il semble a propos.

Si ces bons Messieurs eussent autant estudié et pensé pour censurer comme nous avons fait pour establir, nous n'aurions pas tant d'objections. Or, Dieu soit loué ; j'espère que bientost chascun s'accoisera, par la conclusion qu'on y mettra, a Rome. Ma très chère Fille, pour Dieu, ayésbon courage ; c'est aussi pour luy que vous vives et travaillés. Il soit a jamais bénit et glorifié ! Amen. Si ceux qui font cette objection sont gensd'estude^ ilz pourront lire Léonard Lessius, Jésuite, où ilz treuveront ce qu'il leur faut.

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LETTRE

A UNE RELIGIEUSE DE LA TISITATION

Paix intérieure, fille de l'humilité, fruit delà profession religieuse.

Je le confesse aussi de ma part, ma très chère Fille ; ce me seroit de la consolation très douce de voir un peu clair dedans vostre cœur, que j'ay aymé a tastons, et sur la foy de mon bon Ange. Vous devés travailler a la conqueste de la très sainte humilité, que le monde ne peut connoistre, non plus que la paix qu'elle nous donne.

Je me resjouys dequoy vous estes toute professe. 0 que Dieu soit bénit dequoy il vous a tant aymée ! car je ne doute point qu'avec la grâce de la profession il ne vous ayt dojmé la grandeur du courage, l'appréhension vive de la sainte

* C'est la 723« de la collection-Biaise, et la 40^ (aL35«) du livre Vides

éternité, l'amour de la sacrée humilité, et la douceur de l'amour de sa divine bonté, requis a la pratique parfaite de la profession.

Quelles chimères de nouvelles! moy, qu'on m'ayt voulu tuer ! Les bons ne me tueront pas, parce qu'ilz sont bons » ni les mauvais, parce que je ne suis pas bon. Ce n'a rien esté qu'une foible ombre d'attaque qui parut en mon logis- 0 ma très chère Fille! vives tout en Dieu,, et pour son eter" nité. Je vous salue, ma très chère grande Fille, avec ladilection, que, comme je croy, vous sçavésque mon cœur a pour le vostre; et suis vostre, etc.

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LETTRE

A UNE JEUNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION

L'ouverture de cœur nécessaire envers le directeur. Avis spirituels sur

l'humilité.

Il n'y a point de danger en ce qui vous est arrivé, puisque vous le communiqués ; mais notés, ma très chère Fille» que Dieu a commencé ses visitations en vostre ame, sur le sentiment et l'exercice de la petitesse, bassesse et humilité, pour approuver l'advis qui vous est donné de bien vous réduire a ce point, et d'estre vrayment une petite fille ; je dis "^oute petite en vos yeux, en vos exercices, en obéissance^ naïfveté, et abjection de vous-mesme; petite, et un vray enfant, qui ne cache ni son bien ni son mal a son père, a sa mère, a sa nourrice. C'est en attendant que nous en parlions

* Tirée du monastère de la Visitation de la ville du Mans. C'est la 724« de la collection-Biaise.

plus amplement. Dieu soit tous-jours au milieu de vostre cœur, ma très chère Fille !

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LETTRE '

A UNE RELIGIEUSE NOVICE DE LA VISITATION

Le Saint l'exhorte à remercier Dieu de son entrée à la Visitation, et à vivre selon l'esprit de sonétat, dansla simplicité, l'humilité et l'amour de la croix.

Dieu veuille recevoir en sa main dextre vostre esprit que vous luy présentés, ma très chère Fille, et vous face saintement continuer a le servir en cette Congrégation, a laquelle il luy a pieu vous faire entrer l C'est a luy, ma très chère Fille, que vous en devés le remerciement, qui vous y a puissamment attirée, et a tourné les cœurs de ces chères Seurs devers le vostre, et le vostre devers le leur, et tous ensemble devers la Croix et sa Mère très sainte.

Vives ainsy, ma très chère Fille: demeurés en ce point, et aymés cette sainte simpilicté^ humilité et abjection, que la divine sagesse a tant estimée, qu'elle a laissé pour un tems l'exercice de sa royauté, pour pratiquer celuy de la pauvreté et abbaissementde soy-mesme, jusques au signe et période de la Croix, où sa mère ayant puisé cette affection, elle l'a respanduë par après dans le cœur de toutes ses vrayes filles et servantes. Je suis parfaitement tout vostre. Pour cela, ma très chère Fille, vostre gloire soit a jamais en la croix de celuy sans la croix duquel nous n'aurions jamais la gloire ? A Dieu soyons-nous a jamais ! Amen .

i C'est la 725e de la collection-Biaise, et la 76^ {al. 72») du livre III des anciennes éditions.

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