RECUEIL DE QUELQUES POINTS. XXI
mes chères filles ; et Lien qu'elles crient un peu hola, je ne jairray pas de presser ma main pour faire mieux tenir l'emplâtre, et les guérir par ce moyen; si je fais quelque incision , ce ne sera pas sans que mes filles en ressentent de la douleur, mais je ne m'en soucie pas , je ne suis ici que pour cela, et les mondains n'en seroient pas capables à cause de l'erreur qu'ils se sont forgée que les personnes religieuses et vouées à la perfection, ne doivent point avoir d'imperfections: mais ici entre nous autres, mes chères filles, nous savons Lien que cela est impossible : c'est pourquoi nous ne craignons pas de nous scandaliser , en disant franchement nos petites infirmités.
L'on demande si l'on se peut plaindre au supérieur ou confesseur, quand l'on a des insatisfactions de la supérieure : ô Dieu , ma fille , se plaindre I n'ai-je pas dit à Philotée, que pour l'ordinaire qui se plaint pèche : or de se plaindre à la supérieure quand une sœur nous a mortifiée , celi^est tolérable h une fille imparfaite: mais se plaindre h une sœur de ce que la supérieure nous a mortifiée , je n'ai rien h dire là-dessus, parce que sans marchander il s'en faut amender si quelqu'une y étoit inclinée; mais surtout se plaindre au dehors de la supérieure : ô vraiment, il ne faut nullement le faire, cela est trop important : si la supérieure donne quelque sujet de plainte, je le lui voudrois dire tout confidemment, ou bien lai faire faire l'avertissement par sa coadjutrice, comme la constitution l'ordonne.
L'on demande s'il est loisible dénommer à la supérieure la sœur qui nous a rapporté quelque chose qu'elle auroit dit à notre désavantage , je vous dis que non, mes chères filles , et que la supérieure ne vous le doit pas demander: d'aller dire à une sœur que la supérieure a dit ceci et cela d'eWc , c'est une faute plus grièvo que l'on ne pense, et la supérieure la doit forteoient reprendre, faisant voir à sa pomiïjunauté la grandeur de ce manquement^ et la heéiujés
XXII BECUeIL de QtÏElQlfES POINTS.
de la vertu contraire: mais toujours que la défaillante ne soit point nommée, car voyez-vous, mes très chères fdles, nous pouvons bien dire nos péchés véniels, haut et clair à tout le monde pour nous humilier, mais non nos péchés mortels, parce que nous ne sommes pas maîtres de notre réputation. A plus forte raison, sommes-nous obligés de couvrir ceux du prochain , lui en faisant toutefois la correction fraternelle, ainsi que la constitution vous enseigne: une sœur aura dit devant d'autres quelques paroles qui partent de passion, ou fait quelque petit murmure, quelque mine froide, oh cela vous le pouvez dire à la supérieure, voire même l'avertir en chapitre ou au réfectoire. Certes nous devrions avoir une si cordiale jalousie delà paix et tranquillité de nos chères sœurs, que nous ne devrions jamais rien faire ni dire qui les puisse fâcher. Or rien ne peut tant affliger une pauvre fille , que de croire que la supérieure est fâchée d'elle ou contre elle : ferai-je donc pas un grand péché de lui aller faire un rapport de quelque petit mot que la supérieure aura dit par mégarde, lequel étant redit , paroîtra grand , et tiendra ce pauvre cœur en peine et en douleur: celle qui feroit cela , feroit deux maux , elle contreviend^^oit à la charité et parleroit en particulier. Au nom de Dieu , mes chères fdles , que jamais cela ne se fasse, je ne voudrois pas même, généralement parlant, que l'on nommât à la supérieure les sœurs qui parleroient contre elle; bien lui dirai-je que l'on désapprouve telle et telle chose qu'elle fait, mais je ne lui dirois point qui fait ce désapprouvement , car, mes chères filles, si nous n'avons la ferveur et pureté de la charité, nous n'aurons jamais la perfection.
Vous dites, si une sœur n'avoit pas la confiance de parler à la supérieure ou à l'assistante en son absence , pour déclarer le secret de son cœur, où néanmoins elle auroit besoin d'être éclaircie, qu'est-ce qu'elle doit faire? mes très