‹ Œuvres Completes Volume 16Chapitre 26 sur 188 · XLIV PREFACE · texte numérisé non relu

XLIV PREFACE

qu'une ame empestée n'empeste et mfecte toute une congrégation. Ce que saint Bernard a dit en paroles différentes , mais en mesme sens : mieux vaut qu'un périsse que Tunité. Et ce grand Pacome voulut expulser Sylvain, et luy ester l'haLit vingt ans après sa réception, parce qu'il s'estoit rendu incorrigible en ses bouffonneries. En effet cela eust esté exécuté, si le bon moine Petronius n'eust intercédé pour luy, et ne se fust rendu caution de sorAitur amandement : charité qui succéda extrêmement bjpn; car Sylvain se corrigea et mourut saint.

Or remarquez cependant, je vous prie, en ce peu dépeints que je viens de traiter, que deffendant vostre règle, j'ay aussi deffendu vos constitutions. Certes c'a esté une spéciale providence de Dieu, qu'entre toutes les règles, celle du glorieux saint Augustin ait esté choisie pour servir de loy en vostre compagnie; puis que desja par un secret instinct du Saint-Esprit, vos constitutions furent dressées au commencement, en sorte qu'elles sont toutes conformes à cette sainte règle, laquelle par ce moyen vous observiez, sans y penser, avant qu'elle vous fust ordonnée; voire sans sçavoir quelle elle estoit; car quant à moy je l'avois desja bien veue en la belle epistre 109 de saint Augustin : mais ny je n'en avois pas la mémoire présente, ny je ne dressay pas ces constitutions selon mon seul entendement, ains beaucoup plus selon la dévote inclination des âmes, qui furent si heureuses d'estre appelées par l'esprit de Dieu pour commencer cette si pieuse manière de vie. En quoy je ne sçay comme quelques uns se sont trompez, pensant que vostre institut soit ouvrage de ma seule cervelle, et par conséquent moins estimable. Car, je vous prie, de quelle autorité eusse-je pu vous ordonner une telle retraite, et vous obliger à une telle sorte de vie, sinon par la concurrence de vostre propre élection et volonté ? Certes les conseils evangeliques ne peuvent estre convertis en commandements

DE S. rnANÇÔIS DE SALES. XLV

par nos supérieurs, si de nous-mesmes* librement et volontairement, nous ne nous obligeons h les observer par vœu, serment, ou autre profession.

Mais h la vérité, voyant vostre congrégation petite en nombre au commencement, et toutefois grande en désir de se perfectionner de plus en plus au tres-saint amour de Dieu, et de Tabnegation de tout autre amour, je fus obligé de l'assister soigneusement, me ressouvenant bien « que nostre Seigneur, ainsi qu'il dit luy-mesme, « vint en ce monde pour le bien de ses brebis , non «seulement afin qu'elles eussent la vraye vie, ains aussi a afiir qu'elles l'eussent plus abondamment : » et que pour la leur faire avoir plus abondante, il ne faut pas seulement les induire h l'observance des commandemens; mais encore h celle des conseils : et qu'en cela ceux de ma condition doivent rendre fidèle service à ce divin maistre, puisque, comme dit saint Ambroise( i ) ,c'a toujours esté une particulière grâce aux evesques, de semer les graines de l'intégrité, cl d'exciter es âmes le désir et le soin' de la virginité, comme firent jadis les premiers et plus grands serviteurs de Dieu, et pasteurs de l'Eglise. Que si cuire cela j'autorisay vostre méthode de servir Dieu, je ne fis rien que ce que je devois faire, comme déclara assez le tres-saint Père Paul V, quand départant de belles et amples indulgences à vostre congrégation, il dit : «Pouraveu qu'elle soit approuvée et érigée par l'autorité de « l'evesque. »

Somme toute, mes tres-cheres filles, à Dieu soit honneur et gloire, qui de toute éternité prépara ces saintes règles pour vostre congrégation, et vostre congregalion pour l'observance de ces règles, ayant mesme ordonné par une conduite admirable de sa Providence, que vos constitutions fussent tout ainsi que des ruisseaux, qui coulent et tirent

(i) Lib. O de Virg,

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