L REGLES
selon la coutame on lira, jusqnes à ce que vous vous leviez, et que vostre gosier seul ne reçoive pas la viande : mais que vos oreilles reçoivent pareillement la parole de Dieu.
Si on traite différemment en viande celles qui sont délicates par raccoulumance passée, cela ne doit pas fascher les autres, qui par une autre accoutumance sont rendues plus fortes, ny ne lenr doit pas sembler injuste.
Et qu'elles ne les estiment pas plus heureuses dequoy elles mangent ce qu'elles -mesmes ne mangent pas; mais que plutost elles se réjouissent en elles- mêmes de ce qu'elles sont plus robustes qu'icelles, et peuvent ce qu'icelles ne peuvent pas.
Et si on donne quelque chose en viandes, en habits, en lit, en couvertes, à celles qui viennent d'entre les délicatesses du monde au monastère, de plus qu'on ne donne aux plus robustes; et par conséquent plus heureuses : cellescy ausquelles on ne donne pas ces particularitez doivent penser combien celles-là se sont démises de leur vie mondaine pour venir à la monastique, quoy qu'elles ne puissent pas arriver jusques à la sobriété et frugalité des autres qui sont de plus forte complexion. Et celles-cy qui sont plus vigoureuses, ne se doivent pas troubler, si elles voyent que plutost par support et compassion, que par honneur, celles-là' reçoivent des meilleures portions, afin que celte détestable perversité n'advienne, qu'au monastère, où tant qu'il se peut les riches sont rendues laborieuses, les pauvres soient faites délicates.