‹ Œuvres Completes Volume 16Chapitre 8 sur 188 · FRAGMENT SUR LA JUSTICE · texte numérisé non relu

FRAGMENT SUR LA JUSTICE

Mais sur tout ce qui regarde la justice, il y a une vertu que nous appelions eqiîité , qui empesche que la justice ne soit pas injuste, et que le droit ne se change pas en injure; c'est cette vertu qui modère les loix , inférieures par les supérieures, en sorte que une loy, cède h l'autre selon que la rayson requiert; et que le législateur mesme le diroit s'il voyoit Testât présent des affaires. Il faut rendre h chacun ce qui luy appartient, rendez donc à ce furieux son espée, et il en tuera quelqu'un sur le champ. Non, Philothée, ce ne se doit pas faire, car Lien qu'il faille rendre à chacun ce qui est h luy, cela s'entend , quand il n'en ahuse pas au plus grand dommage du prochain, et l'équité nous enseigne cela. La loy dit ne tues point, mais si le voleur attaque une personne et vous le tués pour une simple défense, qui vous en peut Llasmer, car la loy de la conservation de ma prjopre vie, précède celle de la conservation de la vie du prochain. La loy dit chommes les jours de feste, ouyes la sainte messe : le fœu cependant se prend à la mayson, ne l'esteindray-jedonq pas ? Si fait; car la loy n'a pas entendu de vous obliger en ce cas la; vous ferez bien un autre jour la feste et entendrez bien un autre jour la messe , mays vous ne saurez empeschcr ce grand dommage si vous n y travaillez maintenant. Ainsi donq les loix veulent que par droit on les modère.

A la force appartient la magnanimité , qui n'est autre chose qu'une vertu qui nous porte aux entreprises grandes et relevées en chaque matière et espèce de vertu, non pour le regard du bien qu'il y a en l'action grande de la vertu, mais pour le respect de la seule grandeur de l'action : car

XII FRAGMEM'.

par exemple, considérez d'un coslé un homme qui aime de grand la chasteté, et d'un autre costé un homme magnanime et de grand courage : l'un et l'aulre au choix de la chasteté entreprendront la chasteté vii-ginale comme le plus haut et relevé degré qui puisse estre en la vertu de chasteté. Mais l'un fait celte entreprise par le grand amour qu'il porte h la chasteté , laquelle plus elle est grande plus il l'aime. L'autre fait la mesme entreprise, non pour l'amour de la chasteté qui est en cette grandeur et hauteur de' vertu, mais pour l'amour de la grandeur <pii est en celte chasteté, si que l'un cherche la perfection de la chasteté en la grandeur de cette action , et l'autre cherche la grandeur de l'action en la perfection de la chasteté. Or comme cette vertu cherche la vraye grandeur ^[ui est èz actions héroïques des vertus , aussi n'cslime-t-elle rien de grand que cela.

C/esl pourquoi elle a ces propriétés selon Aristote (qui neanlmoins, au sujet de cette vertu témoigne assez la foihlesse de la religion naturelle en comparaison de Tevangelique), î° de ne se plaire que très sobrement entre les honneurs, tant grands et relevés qu'ils soient; 2° être également

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