RECUEIL DE QUELQUES POINTS
XIH^S DBS MANDSCRITS DES BNTHETIENS DE NOTRE BIENHKCREL'X PiaE , QUI NE SOHT PAS IMPRlMliS, ET QUI ONT SEMBLÉ ÊTRE UTILES.
Ce qui a été omis de Centretien de ta cordialité.
Dites- VOUS, ma fille, si vous devez rire au chœur et au réfectoire, quand, sur quelques rencontres' inopinées, les autres rient? Je vous dis que dans le chœur il ne faut nullement contribuer à la joie des autres, ce nen est pas le lieu, et ce défaut doit être vivement corrigé. Pour le réfectoire si je m'appercevois que toutes rient , je rirois avec elles, mais si j'en voyois une douzaine sans rire, je ne rirois pas et ne me mettrois point en peine d'être appelée trop sérieuse. Ce que j':ii dit que nous devons rendre notre amour si égal envers les sœurs, que nous en ayons autant pour les unes que pour les autres; cela veut dire autant que nous le pouvons, car il n'est pas en notre pouvoir d'avoir autant de suavité en l'amour que nous avons pour celles à qui nous avons moins d'aliiance et correspondance d'humeur, qu'avec les autres, avec lesquelles nous avons de la sympathie : mais cela n'est rien, l'amour de charité doit être général, et les signes et témoignages de notre amitié égale, si nous voulons être vraycs servantes de Dieu.
Nous ne saurions Lonnement connoîlre nos paroles oiseuses, il s'en dit peu en ces maisons de religieuses observantes ; voulez-vous savoir ce qui seroit oiseux? si lorsqu'on doit parler de choses sérieuses et saintes, une sœur venoit raconter un songe ou quelque conte fait à plaisir, alors son discours n'auroit point de fin, et par conséquent
XIV RECUKIL UE OUELQUES POIPfTS.
serait mutile, comme aussi pour dire une chose c[ui se peut dire en douze paroles, j'en dis vingt de gayeté de cœur et sans nul besoin, cola est inutile, sinon toutefois que cette multiplication se fit par Fignorance de celle qui parle et qui ne se sait pas autrement expliquer, alors il n'y a pas péché.
Mais quant à la récréation il ne faut point croire que ce soit paroles inutiles que les petites choses indifférentes que l'on y dit, d'autant que c'est à une fin très sainte et très utile ; les sœurs ont besoin de se récréer, et surtout il faut bien faire faire la récréation aux novices, il ne faut pas tenir toujours l'esprit bandé, il seroit dangereux de devenir mélancolique, je ne voudrois pas que l'on fit scrupule quand on auroit passé toute une récréation à parler de choses indifférentes, une autre fois l'on parlera de choses bonnes.
Les propos saintement joyeux sont ceux où il n'y a point de mal, qui ne taxent point le prochain d'imperfections, car c'est un défaut qu'il ne faut jamais faire, ni parler de choses messéantes et indifférentes, comme aussi s'affectiomier à parler long-temps du monde et des choses vaines, deux ou trois paroles en passant, puis l'on se radresse, cela ne mérite pas seulement que l'on y prenne garde ; de rire un peu de quelques paroles qu'aura dites une sœur, il n'y a point de mal : de dire unS parole de joyeuselé qui la mortifie un peu, pourvu que cela ne l'attriste, si je l'avois fait sans intention, mais par simple récréation, je ne m'en confessenaispas ; quand nous tendons h la perfection il faut tendre au blanc, et ne se pas mettre en peine quand nous ne rencontrons pas toujours : il faut aller simplement à la franche Marguerite, bien faire la récréation pour Dieu pour le mieux louer et servir; si l'on n'a l'intention actuelle, la
générale suffit.
KECLEIL DL QUKLQUXÎS POIîNTS. . XV
Ce qui a été omis de l^entretien de la confession.
Vous me voulez aujourd'hui interroger de la confession, j'en suis content , mes chères filles , et premièrement je vous dis que c'est une liberté toute sainte, et de la sacrée enfance spirituelle enseignée en l'Évangile, que celle que vous avez d'aller demander en simplicité de cœur à la supérieure ou directrice, quand aux novices, en quelle façon vous vous confesserez de certaine chose, où quelque fois vous vous trouvez embrouillées : or quand on vous dira que l'on ne croi tpas qu'il y ait matière de confession, l'on ne vous dit pas pour cela de ne vous en confesser point, aussi feroit~on un très grand mal d'aller dire à un confesseur , j'ai bien encore quelque faute, mais ma supérieure m'a défendu de m'en confesser : car outre que cela n'est nullement vrai, vous obligez le confesseur à vousfaire dire cette faute, à laquelle peut-être ne connoissant ni le fond ni l'état de votre ame, ni la rondeur de votre manière de vie, il y croira trouver du péché , et se mettra à blâmer d'imprudence, d'ignorance et d'un mauvais gouvernement, murmurant contre votre institut , lequel en vérité vous donne autant ou plus de liberté pour la conscience qu'en puissent avoir aucunes religieuses : jamais vos supérieures ne vous pressent de leur dire ce que vous ne leur voulez pas dire, ni jamais elles ne vous deffendent de dire ce que vous voulez dire de votre conscience à vos confesseurs ordinaires et extraordinaires, que si vous demeurez si longuement en confession , que toute la communauté en soit incommodée et que la supérieure vous die que vous deviez demander h vous confesser la dernière , selon l'ordre de la maison , afin que les sœurs qui doivent aller selon leur rang ordinaire, n'en soient pas incommodées,* elle ne vous demande pas pour cela que dites-vous? ou que ne ditesvous pas ? elle ne fait nul mal de vous ressouvenir qu'il
XVI Ri'CUEIL DK QUI'LQUES POINTS.
faut que tout aille par ordre en la maison de Dieu. Mais les fantaisies de l'esprit humain sont étranges , pour peu qu'on les écoute ! je vous ai dit maintes fois, mes très chères filles, que c'est la voie du ciel que la smiplicité : que les supérieures senties lieutenantes de Dieu; celles qui vont à cœur ouvert franchement et confidemment avec elles, ont trouvé le grand secret pour maintenir la tranquilhté et la paix de l'esprit, et elles n'en trouveront guère ailleurs. Mais je vous ai aussi dit que vous n'avez aucune obligation sur peine de péché de tout dir^ à la supérieure, beaucoup moins êtes-vous gênées à ne dire point ceci ou cela au confesseur; dites-lui à la bonne heure tout ce que vous voudrez, mais ne parlez que de vous et de ce qui appartient h la confession. 11 est vrai , mes très chères filles, qu'il se trouve des confesseurs fort doctes, qui ont confessé long-temps et très dignement les séculiers, lesquels toutes fois n'entendront pas les filles de la Visitation, ni les personnes qui font profession d'une grande spiritualité, parce que les fautes sont si minces et d'une couleur assez difficile à discerner, qu'ils prendront de petites aversions pour des grosses malveillances; des petits détours d'amour propre, pour des grands mensonges ; des petites inclinations pour des attaches fort mauvaises. Les sœurs qui s'apperçoivent par la correction que le confesseur leur fait, qu'il ne les entend pas, feront bien de lui dire avec humilité : mon père, je n'ai pas su me faire entendre, ce n'est pas ce que votre révérence comprend, que je veux dire, c'est en telle et telle façon qu'il se doit entendre. La supérieure qui s'apperçoit de cela doit par forme de discours cordial et humble, donner h entendre a tel confesseur la manière d'agir des filles de l'institut: il faut être spirituel pour entendre le langage dosâmes spirituelles, l'on va à la confession pour se réunir à Dieu. O que les âmes religieuses ont un grand avantage par dessus hs mondains ! étant dehors