Oeuvres complétes Volume 3
En 1824, un maQîstrat de Paris * pii obligé de voyager "pour cause de santé. Se trouvant à Annecy dans les premiers jours de juillet, il eut V honneur de présenter ses respects à M. de Thiolaz, alors évêque de cette ville, pour lequel il étoit porteur d'une lettre de recommandation, accompagnée d* aumônes offertes pour faciliter à ce prélat la continuation de la nouvelle église destinée à recevoir les reliques de Saint François de Sales et de Sainte Chantai
Encouragé par l'excellent accueil de M. de Thiolaz ^ , ce magistrat lui exprima le désir de posséder ou une lettre de son illustre et vénérable prédécesseur, ou le moindre fragment d'un de ses écrits. M. V évêque ne rejeta pas cette, prière, mais demanda quelque temps pour la satisfaire, attendu la rareté toujours croissante des écrits originaux tracés de la propre main du Saint. Be retour à Paris , le voyageur, impatient de posséder le trésor qu'on lui avoit fait espérer, prit la liberté d'écrire à M. de Thiolaz pour rappeler à sa mémoire une promesse qui avoit rendu son ancien hôte si heureux. Par suite de cette lettre, etleQ février d825, arriva à Paris, avec la lettre la plus aimable du prélat, un fragment notable et autographe de Saint François de Sales ; il étoit composé de quatorze feuillets in-folio, écrits de chaque coté, avec ces ratures
1 Edité pour la première fois par M. Biaise ; rAvertissement est du même éditeur.
' M. Gossin (Jules), alors vice-président du tribunal de première instance <îe la Seine, devenu ensuite conseiller à la cour royale de Paris, et rentré au barreau comme avocat consultant, depuis la révolution de 1830, (mort à Paris le 1*' avril 1855, président de la société de Saint-Jean-François-Régis, dont il a la gloire d'avoir été le fondateur).
^ M. de Thiolaz est décédé le 14 mars 1832. {Voyez sur ce prélat une Notice historique au a« 1958 de l'Ami de la religion).
fréquentes qui indiquent la 'première minute ou le brouillon d'un ouvrage sérieux et profondément inédite.
Le commencemmt et la fin du cahier manquoient. Suivant M. de Thiolaz, ce précieux fragment, alors récemment découvert dans une vieille malle avec d'autres papiers, devoit être une partie des toutes premières ébauches du célèbre Traité de TAmour de Dieu. Toutefois, M. Uévéque n'affirmoit rien de positif à cet égard, et se bornoit à de simples conjectures : il fînissoit par prier son correspondant de faire servir, s'il le pouvoit, ce cahier incomplet, à la gloire du Saint, en le distribuant par morceaux à des personnes qui, jalouses de la possession de siprézieux écrits, reconnoltroient sans doute ce présent par quelque» dons destinés à l'achèvement de la nouvelle église d'Annecy.
Le possesseur du fragment ne s'en regardant plus dès-lors que comme le dépositaire , ne tarda pas à remplir les vues du donateur.
Des portions notables de l'autographe enrichirent successivement les séminaires d'Avignon, de Viviers et de Verdun. D'autres satisfirent le pieux empressement de mesdames JDambray, de la Tour du PinMontauban, de M. Blan-quart de Bailleul, aujourd'hui évêque de Versailles {archevêque de Bouen) , de M. Bordier, ancien chef de la division des secourset pensions de la liste civile , et de M. Collette de Baudicourt, maître de forges à Marnaval près S.-Bizier (Haute-Marne). L' autres fragments, mais d:une dimension beaucoup moin» considérable, furent offerte à quelques amis. Bans l'été de iS2D, le magistrat dont il s'agit eut la satisfaction d'envoyer à Annecy le produit de sa collecte.
Voici V accusé de réception de M. l'évêque.
a Monsieur le président, » J'avoisreçu la première lettre que vous m'avez fait thon- ^ neur de m'écrire, mais à une éj^oque si près de mon dépari
m pour mes visites pastorales, que je n'ai point pu voiis prier i) df agréer ma reconnoissance. Les visites ont été suivies de la » retraite ecclésiastique , et ce n'est que depuis sept jours que » je suis libre.
» J'ai reçu du brave Cressonnier la somme que vous avei I) bien voulu donner et vous procurer pour la bonne œuvre qui » m'occupe. Le matériel de l'église avance; tout son extérieur » sera fini pour le commencement de novembre, et j'espère, D si le temps le permet, faire travailler de suite aux déco- D rations de l'intérieur: elles seront modestes, mais bien, et je » crois que rien ne s'opposera à la translation des reliques » des deux Saints , qui seront transférées dans leur nouvelle » église dans le commencement de septembre de l'année pro- » chaîne: la cour y sera , et, j'espère , nombre de personnes qui » voudront assister à cette auguste cérémonie.
» Je sais, monsieur, que toutes les bonnes œuvres de Paris, ■9 et en grand nombre, sont l'effet des charités; aussi me suis- D je abstenu, malgré mes connoissances dans cette ville, de jb recourir à leur générosité , qui , dans toute autre circons- » tance, m'eût valu des sommes considérables. Ainsi fappré' » cie parfaitement celle que vous avez eu la bonté de m'en- » voyer, et je vous prie d'en agréer toute ma rpconnaissance.
» Vous avez fait beaucoup de lambeaux du petit écrit que -1» j'ai eu l'honneur de vous envoyer, aussi les personnes qui » ont eu envie d'en avoir, montrent bien par là tout le cas .9 qu'elles font de notre aimable Saint.
» Agréez l'assurance du respect infini avec lequel j'ai l'hon* » neur d'être, monsieur le président.
» Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
a Signé T, C. F, , évêque d'Annecy.
m Annecy, 10 septembre 1825. »
Four revenir au fragment qui suit, lauthmiicité n'en peut
être révoquée en doute; elle résulte encore moins des mains non suspectes auxquelles on est redevable du don de ce manuscrit, que de l'existence actuelledes feuillets originaux et autographes qui le composent dans les trois séminaires de Verdun, Viviers et Avignon, et dans les respectables familles qui ont été nommées plus haut, où ils sont conservés avec un respect religieux.
On affirme qu'il ne s'y trouve pas un seul mot qui ne soit de l'écriture du Saint, dont la main est parfaitement connue de quiconque s'est un peu occupé d'études et de recherches de pièces originales appartenant au dix-septième siècle.
On voit par les premières lignes de la pièce dont il s'agit, qu'elle a été composée postérieurement à la fondation de l'ordre de la Visitation,
Le fidèle auquel Saint François de Sales adresse la parole , est nommé par lui Philothée , comme dans l'Introduction à la Vie dévote, et non Théotime, comme dans le Traité de l'Amour ^e Dieu.
On ne découvre d'ailleurs dans ce dernier traité, que des rapports assez éloignés avec le sujet auquel s'applique notre fragment, qui est consacré tout entier à faire voir comment la charité emploie les vertus cardinales, savoir : la prudence, la justice, la force et la tempérance. En lisant attentivement ce morceau, on y reconnaîtra la belle âme du Saint, Vaimable naïveté de son langage, sa science profonde , et l'exactitude habituelle de sa théologie, embellie de tout le charme a'um imagination^fieine de richesses et de grâce.
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FRAGMENT
m SUR LA MANIÈRE DONT LA CHARITÉ EMPLOIE LES VERTUS CARDINALES,
ou