NOS TRES-CHERES SŒURS
Voicy les vrais Entretiens que nostre bienheureux Père nota u faits en divers temps , et en diverses occasions ; nous les recueillions sincèrement y et rédigions par escrit après qu'il les avoit achevé de faire ; et comme nous en avions alors la mémoire toute fraische , et que chacune de nos Sœurs en rapportoit une partie, nous taschiens, en assemblant toutes les pièces, de les ajuster le mieux qu'il nous estoit possible pour en former un corps. Nous confessons neantmoins, ce que tout le monde croira facilement d'un ouvrage qui est passé par des mains si indignes que les nostres, que quelque diligence, et quelque sein que nous y ayons apporté, il ne nous a pas este' possible de faire ce Recueil si exactement , qu'il ne nous soit eschappé beaucoup de choses excellentes, et que celles que nous avons retenues n'ayent aussi perdu beaucoup de kur force, et des avantages qu'elles avoient en sortant d'une si digne et si vénérable bouche : toutesfois il nous sera permis de dire av<!C toute vérité, qu'une grande partie des enseignemens qu'il nous a laissés , y sont naïfvement déduits , et si Jidelement rapportez , que auiconque aura eu le bonheur de
268 ATJX RELIGIEUSES
V entendre ou qui sera versé en la lecture de ses livres , y recognoistra aussi-tost son esprit, et ne fera point de difflcidté de mettre ces Entretiens, sinon au rang des autres œuvres, qui sont immediateînent sorties de ses mains, au inoins au rang de celles qui ont en quelque façon Vhonneur de luy appartenir. Que si bien ils ne sont pas élahourez à régal du reste de ses livres; si les discours n'en sont pas si bien tissus, s'Use rencontre quelque chose qui pourroit sembler à quelqu'un moins digne de son eminente doctnne , et de la réputation que ses autres œuvres luy ont acquise . ce n'est de merveille ; car jamais il ne les a veu , ny leu, et vous sçavez que les enfans sevrez de la mammelle de leur mère avant le temps, ne se portent pas si bien que ceux qui en sont entièrement nourris: tousjours il y a de la compassion aux enfans qui naissent après le decez de leur père. Certes ce bienheureux Père de nos âmes n'eust oncques pensé que ses familiers entretiens deussent avoir autre jour que celuy de nostre parloir, où, avec une incroyable naïfvetéet familiarité il respondoit à no$ petites demandes : aussi n'estoit-ce pas nostre resolution de les communiquer au public, ains seulement d'en conservet les menus escrits pour la consolation particulière i!e nos maisons , à l'usage desquelles ils estoient destinez : mais estant arrivé (nous ne sçavons dire par quels moyens) qu'ils ont esté imprimez à nostre insceu , avec un grand nombre de fort notables manquemens , et en un très-mauvais estât ; monseigneur de Genève , tres-digne frère et successeur de ce bienheureux prélat, ayant recognu ce défaut, en auroit obtenu le privilège, e[ voyant qu'il y alloit de la réputation de son sainct frère, nous auroit commandé d'en donner promptement une véritable copie pour remédier au mal de cette mauvais*: impression , et faire voir au vray ce qui en a esté recueilly âans ce monastère. Certes nous voulons croire de nostre prochain , que c'a esté un bon zèle, plustost qu'aucune autre consideration, qui l'a induit à les mettre au jour; mais nous ne sçaurions luy estre si indtdgenîes, que nous ne nous pl/xi-