‹ Œuvres complétes Volume 3Chapitre 128 sur 135 · DE NE RIEN DEMANDER · texte numérisé non relu

DE NE RIEN DEMANDER

Et comme quelqu'une luy eut dit : Monseigneur, comment entendez-vous cela ? veu que nostre Seigneur dit : Demandes et priez , et il vous sera donné.

0 ma Fille, dit-il, j'entends pour les choses de la terre; car pour les vertus, nous les devons demander : quand nouà demandons Fâmt)ur do Dieu, nous les comprenons toutes, elles ne sont point séparées l'une de l'autra.

Il leur donna pareillement de très-bonnes instructions pour la Confession et la saincte Communion , et des moyens pour discerner le péché véniel d'avec l'imperfection ; et à ce propos il leur dit ces paroles remarquables :

Il est ties-bon de discerner le péché véniel d'avec l'imperfection, quand on sçait le faire. Mais de deux cents il n'y en a pas deux qui le sçachent faire; les plus saincts mesmes y sont bien empeschez. Je vous diray ce qui m'aniva une fcis en confessant la sœur Marie de rincarnation , estant alors dans le monde. Apres l'avoir oûye deux ou trois fois , elle s'accusa à moy de plusieurs imperfections. Je luy dis que je ne luy pouvois pas donner l'absolution, parce qu'il n'y avoit point de péché en ce dont elle s'accusoit ; ce^ qui Festonna grandement, car elle n'avoit jamais fait ceste distincr tion du péché d'avec l'imperfection. Je luy dis qu'elle adjoutast un péché qu'elle auroit commis autrefois, comme vous autres faites : après elle me remercia d'une très-grande affection. Vous voyez donc bien que cela est difficile, puis i[ue ceste ame , qui estoit si bien esclairée , avoit demeuré si I long-temps en ceste ignorance. Il ne se faut pas mettre en peine de faire ce discernement quand on ne sçait pas, puis que ceste grande servante de Dieu ne laissoit pas d'estre saincte , encore qu'elle ne le sçust pas. Il leur montra donc que le péché véniel despend de nostre volonté ; et que là où elle n'est pas il n'y a point de péché , mais ouy bien peut-estre de l'imperfection.

Il leur dit encore : J'ay remarqué en toutes nos Maisons,

que les filles ne font point de différence entre Dieu et le sentiment de Dieu : ce qui est un très-grand défaut. Il leur semble que , quand elles ne sentent pas Dieu , elles ne sont pas en sa présence : comme par exemple , une personne va souffrir le martyre pour Dieu , et neantmoins elle ne pensera pas en Dieu pendant ce temps , luais seulement en la peine qu'elle endure. Toulesfois, quoy qu'elle n'ait point le sentiment de la foy, elle ne laisse pas de mériter en faveur de sa première resolution , et fait un acte d'un grand amour. Nous n'avons rien à désirer que l'union de nos âmes avec Dieu. Vous estes bienheureuses , vous autres ; vos Règles et tous vos exercices vous portent à cela : vous n'avez qu'à faire sans vous amuser au désir.

n estoit desja fort tard quand ses gens le vinrent quérir ; et comme il veid les flambeaux allumez, il dit à ses serviteurs : Et que voulez- vous faire , vous autres ? Je passerois bien icy toute la nuict sans y penser. Il s'en faut aller ; voicy l'obeyssance qui m'appelle : adieu, mes chères Filles. Et comme elles insistoient de luy dire ce qu'il vouloit qui leur demeurast plus engravé dans l'esprit, il respondit : Que voulez-vous que je vous die ? Je vous ay desja tout dit en ces deux paroles , de ne rien désirer ny rien refuser. Je ne sçay que vous dire autre chose. Voyez-vous le petit Jésus en crèche? Il reçoit toutes les injures du temps, le froid, et tout ce que son Père permet^ >y arriver ; il ne refuse point les petits soulagemens que sa mère luy donne : il n'est pa? escrit qu'il estendit jamais ses mains pour avoir les mammelles de sa mère, mais laissoit tout cela à son soing et prévoyance. Ainsi nous ne devons rien désirer ny refuser, mais souffrir tout ce que Dieu nous envoyera , le froid et autres choses.

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