ENTRETIEN XXII ET DERNIER
Le jour de S. Etienne au soir, la surveille de sa mort, après avoir souhaité le bon soir à ses chères filles , il leur dit.
Mes chères Filles, je viens icy pour vous dire le dernier adieu, et m'entretenir ce peu avec vous , parce que le monde et la Cour m'ont dérobé tout le reste du temps. Enfin , mes chères Filles, il s'en faut aller. Je viens finir la consolation que j'ay receuë jusqu'à présent avec vous. Avons-nous rien plus à dire? Il est vray que les filles ont tousjours beaucoup de répliques : il est mieux de parler à Dieu qu'aux hommes.
A quoy la Supérieure ayant respondu , que si elle vouloit parler à luy, c'estoit pour apprendre comment il falloit parler à Dieu :
Eh bien, dit-il, l'amour propre se servira de ce prétexte; ne faisons point de préface. Qu'y a-t'il à dire ? Et sur les demandes que luy firent ses chères filles , il leur donna de très-bons avis sur la manière que les Supérieures se doivea*^ comporter envers les inférieures , et réciproquement les inférieures envers les Supérieures ; de la façon qu'on se doit gouverner au désir ou refus aes charges en Religion : et ce fat à ce propos-là qu'il leur dit qu'il estoit tousjours mieux de ne rien demander et de ne rien refuser, mais de se tenir tousjours prest pour faire l'obeyssance.
* On a réuni ici cet Entretien pour la première fois. Il est tiré des Opuscules de S. François de Sales, 3 vol. iu-12, Paris, Hérissant, 17G2, II« Partie, pag. 296. (Ëdit. ae maise.)