‹ Œuvres complétes Volume 3Chapitre 131 sur 135 · FRAGMENT SUR LA CONFESSION · texte numérisé non relu

FRAGMENT SUR LA CONFESSION

Vous me voulez aujourd'huy interroger de la Confession. J'en suis content, mes chères Filles, et premièrement je vous dis que c'est une liberté toute saincte, et de la sacrée enfance spirituelle de l'Evangile ,^ {ue celle que vous avez d'aller demander la simplicité de cœur à la Supérieure, ou Directrice (quant aux Novices) , en quelle façon vous vous confesserez de certaine chose , où quelquesfois vous vous trouvai embrouillées. Or quand on vous dira que l'on ne croit pi^ qu'il y ait matière de Confession, l'on ne von s dit pas p?lîr cela de ne vous en confesser point : aussi feroit-on très grand mal d'aller dire à un Confesseur : J'ay bien encore quelque faute : mais ma Supérieure m'a défendu de m'en confesser ; car outre que cela n'est nullement vray , vous obligez le Confesseur à vous faire dire cette faute , à laquelle peut-estre ne connoissant ny le fond ny Testât de vostre ame , ny la rondeur de vostre manière de vie , il y croira trouver du péché, et se mettra à blasmer d'imprudence , d'ignorance et de mauvais gouvernement, murmurant contre vostre Institut , lequel en vérité vous donne autant et plus de liberté pour la conscience qu'en puissent avoir aucunes Religieuses : jamais nos Supérieures ne vous pressent de leur dire ce que vous ne leur voulez pas dire, ny jamais elles ne vous défendent de dire ce que vous voulez dire de vostre conscience à vos Confesseurs ordinaires et extraordinaires. Que si vous demeurez si longuement en Confession , que toute la Communauté en soit incommodée , et que la Supérieure vous die que vous deviez demander à vous confesser la dernière , selon l'ordre de la Maison , afin que les Sœurs qui doivent aller selon le rang ordinaire n'en soient pas incommodées , elle ne vous demande pas pour cela, Que dites-vous? ou

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que ne dites-vous pas? elle ne fait nul mal de vous ressouvenir qu'il faut que tout aille par ordre dans la Maison de Dieu. Mais les phantaisies de Tesprit humain sont estranges, pour peu qu'on les escoute ! Je vous ay dit maintesfois , mes tres-cheres Filles, que c'est la voie du ciel que la simplicité ; .que les Supérieures sont les Lieutonantes de Dieu ; celles qui vont à cœur ouvert franchement et confîdemment avec elles , ont trouvé le grand secret pour maintenir la tranquillité et la paix de l'esprit, et elles n'en trouveront guère ailleurs. Mais je vous ay aussi dit que vous n'avez aucune obligation sur peine de péché de tout dire à la Supérieure ; beaucoup moins estes-vous gesnées à ne dire point cecy ou cela au Confesseur ; dites-luy à la bonne heure tout ce que vous voudrez, mais ne parlez que de vous et de ce qui appartient à la Confession. Il est vray, mes tres-cheres Filles , qu'il se trouve des Confesseurs fort doctes , qui ont confessé longtems et tres-dignement ie^ séculiers , lesquels toutesfois n'entendront pas les filles de ^ù. Visitation , ny les personnes qui font profession d'une grande spiritualité , parce que les fautes sont si minces et d'une couleur si difficile à discerner, qu'ils prendront de petites aversions pour de grosses malveillances , de petits détours d'amour propre pour de grands mensonges , de petites inclmations pour des attaches fort mauvaises. Les Sœurs qui s'apperçoivent par la correction que leur Confesseur leur fait , qu'il ne les entend pas , feront bien de luy dire avec humilité : Mon Père , je nay pas sceu me faire entendre, ce n'est pas rù que vostre Révérence comprend que je veux dire ; c'est en telle ou telle façon qu'il se doit entendre. La Supérieure qui s'apperçoit de cela doit par forme de discours cordial et humbk Joniier à entendre à tel Confesseur la manière d'agir des filles de l'Institut. Il faut estre spirituel pour entendre le langage des âmes spirituelles; l'on va à la Confession pour se réunir à Dieu. 0 que les âmes Religieuses ont uii grand avantage par dessus les^

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mondains , estant dehors de ces grandes occasions de desunions, parce qu'il n'y a que le péché mortel qui nous desunisse de Dieu! Le véniel fait seulement une petite ouverture entre Dieu et nous , et par le sacrement de Confession nous remettons nostre ame en son premier estât.

L'on peut commettre en Confession quatre grands manquemens : le premier, quand on y va plustost pour se descharger que pour plaire à Dieu ; l'on est si satisfait quand on a bien dit ses raisons, meslant les défauts des autres pour nous mieux faire entendre. Et c'est par cette voie que les péchez se commettent bien souvent en Confession.

Le d; uxiesme, c'est quand on va dire au Confesseur de beaux discours agencez de belles paroles, raconter une grande histoire pour se faire estimer et croire que l'on est bien esclairé , faisant semblant d'exagérer les fautes , et par ce moyen , d'une bien grosse , l'on fait tant qu'elle est bien petite , et qui ne donne pas cognoissance au Confesseur de Testât de l'ame.

Le troisiesme manquement est que l'on y va avec tant de finesse et couverture , qu'au lieu de s'accuser l'on s'excuse par une grande recherche de soy-mesme, craignant que l'on ne voye la totalité du défaut ; cela est tres-dangereux (pour) qui le feroit volontairement.

Le quatriesme est qu'il y en a qui se satisfont à exagérer leurs fautes , en faisant une grande d'une petite. Tout cela est tres-mal; je voudrois que ^'ou procedast simplement et franchement, purement pour Dieu, avec une vraye detestation de ses fautes , et entière volonté de s'amender.

Il faut discerner en s'accusant les petites obeyssances d'avec les importantes, les choses d'ordonnance d'avec celles de conseil ; car les Confessions doivent estre tellement nettes et entières que rien plus. Il faut dire les choses comme elles sont, et ce qu'elles sont; si l'obeyssance où vous avez manqué est d'imporlaiice, dites ^[u'elle est tout simplement, et

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faites de mesme pour les autres manquemens ; pour les petits manquemens suffit de dire d'avoir manqué deux ou trois; fois à quelque obeyssance légère et peu importante, cela tient le Confesseur en repos : mais il faut considérer le mouvement, et les circonstances qui interviennent en nos fautes, et s'en accuser franchement , car la Règle ny les Constitutions n'obligent point à péché.

Ce n'est point elles qui causent le péché , mais les mouvemens de nostre volonté. Par exemple , la cloche vous appelle à quelques exercices, et par paresse ou autre mauvais sujet vous n'y allez pas : cela est un péché véniel. Mais qui ne void que ce n'est ni les Règles ny les Constitutions qui font le péché , ains le mouvement de paresse , par lequel vous, desobeyssez? Dites donc franchement vos mouvemens et vos fautes , particularisant quelles elles sont , quand elles sont un peu grosses et tirent conséquence.

. Il se faut confesser de ce que l'on fait , sur tout quand oa a du sentiment, comme de dire quelques paroles non pre-» méditées : il y peut avoir du péché. Toutesfois il ne se faut pas mettre en peine, car nous n'avons pas une perfection exempte d'amour propre , qui nous fait tousjours faire quelque chose par cy par là; si ensuite d'un profond mouvement de sentiment je jette là une plume , je ne suis pas obligé de m'en confesser, bien que si ces promptitudes m'arrivent souvent, je les diray en ma reveuë générale , pour en tirer instruction. Une fille, par exemple, à laquelle on aura donné charge d'esteindre au soir les chandelles s'en oubliera parfois par mesgarde et contre sa volonté : elle n'a point péché; mais elle ne veut pas s'assujettira cette obeyssance, elle pèche et s'en doit confesser. La différence qu'il y a entre lô péché véniel et l'imperfection, c'est que l'imperfection est une surprise et inadvertance , et au péché nostre volonté y concourt.

. Quajût à Vaçte de contritiQ», il faut avoir un vray regret

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