‹ Œuvres complétes Volume 3Chapitre 8 sur 135 · SUR L'AMOUR DE DÏEUV · texte numérisé non relu

SUR L'AMOUR DE DÏEUV

D'autant que l'homme fait ses opérations diverses selon la •distinction des facultés de son ame et selon la différence des organes de son corps, nous attribuons à chasque faculté de Dostr'ame et à chasque organe de nostre corps les actions que nous faysons par leurs entremises. x\insy disons-nous que l'œil void, que l'oreille oyt , la langue parle , l'entendement <liscourt, la mémoire se ressouvient et la volonté ayme; mais nous sçavons pourtant bien que c'est l'homme, à proprement parler, qui par diverses facultés et differens organes fait toute cette variété d'opérations. C'est donq l'homme aussi qui par la faculté affective de son ame que nous appelions volonté , tend au bien , s'y complait , et qui a cette grande convenance avec luy, laquelle est source et origine de Famour, et voyons maintenant , quelle est la convenance qui nous peut exciter à la complaisance <ît à l'amour.

Et certes, Philothée, ceux-là n'ont pas bien rencontré qui

. ont estimé que la seule ressemblance estoit la convenance

qui produisoit l'amour : car qui ne sçait que les viellards les

plus sensés ayment tendrement et cherchent les petits enfans,

et que les petits enfans ayment réciproquement les bons

* Edité pour la première fois par M. Biaise parmi les Lettres inédites, «o 323, tom. II, pag. 374 et suiv. L'autographe appartient à M. le comt.) MalTei de BogUo.

anciens; que les sçavans aymcnt les ignorans poiirveu qu'ils .soyent dociles , et les malades ayment leurs médecins. Que si nous pouvons tirer quelqu' argument de l'image d'amuUr, laquelle se voit es choses insensibles , quelle ressemblance peut faire tendre le fer àl'aymantîun aymant n'a-t'il pas plus de convenance avec un autre aymant , ou avec eue autre pierre, qu'avec le fer qui est d'un genre tout différent? Et bien que quelques-uns pour réduire toutes ces convenances à la ressemblance assurent que le fer tire le fer, et l'ayman^, tire l'aymant , si est-ce qu'ils ne sçauroient rendre rayson pourquoy l'aymant tire plus puyssamment le fer, que le fer ne tire le fer mesme. Mais je vous prie, quelle simililuae y a-t'il entre la chaux et l'eau, ou bien entre l'eau et l'esponge? et néanmoins la chaux et l'esponge prennent l'eau avec un'avidité non pareille et tesmoignent envers elle un amour insensible extraordinaire. Or, il en est de mesme de l'amour volontaire des hommes, car il se prend quelquefois plus fortement entre des personnes de contraires qualités qu'entre celles qui sont fort semblables.

Je pense donq , chère Philothée , que la convenance qui cause l'amour ne consiste pas tous] ours en la ressemblance , mais en la proportion, rapport et correspondance de l'aimant et la chose aimée ; car ainsi ce n'est pas la ressemblance qui rend la médecine aymable au malade, c'est la correspondance de sa nécessité à la suffisance du médecin , d'autant qu'il a la nécessité que cette suffisance peut secourir ; le médecin ayme le malade et le scavant son apprentif, parce qu'ils peuvent exercer leurs facultés sur iceux. Les vieillards ayment les enfans, non pas pour avoir de la sympathie avec eux , mais parce que l'extrême simplicité , foiblesse et tendresse des uns , rehausse et fait mieux reconnoistre l'extrême prudence, fermeté et assurance des autres. On est bien ayse de sentir les advantages qu'on a sur les moindres, et cette dissemblance est aggreable. Au contraire , les petits

cnfans ayment les vieillards , parce qu'ils les voyent amusés et embesoignés d'eux.

Les accords de la musique se font en la discordance pai laquelle les voys dissemblables se correspondent, pour toutes ensemble faire une seule rencontre d'harmorie ; la dissemblance des pierres précieuses fait l'aggreable composition que nous appelions esmail , et la diversité des fleurs qui se rencontrent ensemble fait la diapreure. C'est pour dire que l'amour ne se fait pas tousjours par la ressemblance et sympathie , ains pour la correspondance ; or, la correspondance de deux choses consiste en ce que , par l'union de l'une à l'autre , elles puyssent recevoir de la perfection et devenir meilleures. La tc^^e ne ressemble pas au corps , ni la main au bras; mais néanmoins elles ont une si grande correspondance et.... si proprement l'un à l'autre que l'un est grandement ••••••••••••

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