PAR LE BON ESTAT DES TROIS PUISSANCES DE L'AME
Oui consiste en la purgation de certaines choses, et en l'ornement de quelques autres *.
§ I. Préparation de Tentendement.
1. Purger Tentendement de toute curiosité, comment le vray corps de nostre Sauveur avec son sang , son ame et sa divinité sont tout entiers en la sainte hostie , et tout en ses parties ; qu'il soit un vray corps, et en mesme temps au ciel et en la terre, en tant de lieux et d'hosties, sur tant d'autels, et en tant de houches.
Qui sçait comment Dieu créa le monde, nostre ame , et la mit dans nostre corps? De mesme de ce mystère adorable; il suffit qu'il l'a pu , et qu'il l'a fait , c'est à nous de le croire.
La manne tomboit de nuit, non de jour; personne ne savoit comme elle se faysoit , le matin on la voyoit toute faite et descendue. Voyons aussi la manne eucharistique sur nos autels et dans nos poictrines.
S'il nous vient quelque doute ou tentation là-dessus, n'y respondons que par le mespris et l'abomination , sans aucune
» Cet Exercice paraît n'être composé que de fragments de divers écrits de Saint François de Sales. Nous le conservons néanmoins à cause de ce qu'ii pourrait contenir qui ne se trouverait point ailleurs.
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subtilité, ni raisonnement, mais en nous humiliant sous la puissance de Dieu , disant de cœur et de Louche .
(Eslevation.)
0 sainte et immense toute-puissance de mon Dieu , mon entendement vous adore, trop honnoré de vous reconnoistre et de vous faire l'hommage de son obeyssance et sousmissionl 0 que vous estes incompréhensible, et que je suis joyeuse de ce que vous Testes ! Non, je ne voudrois pas vous pouvoir comprendre; car vous seriez petit, si une chetive capacité vous comprenoit. Hé quoy, petit moucheron, nourri parmi la pourriture de ma chair, voulez-vous brusler vos aisles à cet immense feu de la puissance divine , laquelle consumeroit et devoreroit les séraphins, s'ils se fourroient à telle curiosité? Non, petit papillon , il vous appartient d'adorer et abysmer, et non pas de sonder la profondeur de ce mystère. Arrière, Satan! souviens-toy, malheureux, que ton outrecuidance de vouloir voler trop haut t'a précipité en enfer. Je m'empescheray bien de faire un toi saut, moyennant la grâce de mon Dieu. Tu trompas ainsi la pauvre Eve, luy voulant apprendre à sçavoir autant que Dieu ; mais tu ne m'attraperas pas, car je veux croire et ne rien savoir.
Parer l'entendement de considérations saintes : non de la manière que nostre Seigneur y est ; les Israélites ne demandèrent pas comme la manne se faysoit , mais ce que c'estoit : Man-hu, qu'est-ce cy? Considérés donc que c'est le vray corps de nostre Seigneur, son sang, son ame, sa divinité; qu'il s'unit à nous par la communion la plus intime qui se puisse concevoir merveilleuse et pleine d'amour.
Eslevation.
Peu m'importe, ô mon Dieu, que je sçache comment vous venez à moy en ce divin sacrement : il su (lit que je ci'oye Ves-certainement que c'est vous-mesme, vostre vray corps,
vostre vray sang , vostre ame , et vostre divinité ; que c'est le mystère de la plus intime union et communication que vostre amour a pu inventer pour vous unir à nous, et nous communiquer les plus précieux dons de vostre divin amour. Je le croy ainsi , ô mon très-cher Sauveur. En cette disposition, venez, unisses- vous à moy, et prenes possession d.' mon cœur.
§ II. Préparation de la mémoire.
La purger de la souvenance des choses périssables de la terre et des affections mondaines. Figure de cecy dans la manne qui ne tomboit que dans le désert , loin des villes et des bourgades. On retroussoit les habits, mangeant F Agneau paschal, afin que rien ne flottast sur la terre. Abraham laissa Tasne et les serviteurs au bas de la montagne ; c'est à dire qu'il faut mettre bas toutes les pensées àf^^ choses temporelles jusques après la sainte communion , pour ne penser qu'aux bienfaits de Dieu, comme la création, la conservation, et la Passion , selon l'institution de ce divin sacrement.
Eslevation.
Arrière donc toutes les pensées de la terre : ma plus grande application, ô divin Sauveur de mon ame, est de vous recevoir, et de me ressouvenir de vos bienfaits, surtout de celuy de ma rédemption , en mémoire duquel vous m'avez laissé le mesme corps en ce sacrement, qui souffrit pour nous sur la croix; afin qu'en le recevant je me ressouvinsse de la sanglante journée en laqu^^lle, par son amere passion, il nous délivra de la damnation.
C'est en cette disposition , ô mon très-cher Sauveur, qu > je désire vous recevoir maintenant, et vous tesmoigner reconnoissance de cet inestimable bienfait.
§ III. Préparation de la volonté.
La purger des affections déréglées, mesme des choses
bonnes. Les affections sont les pieds de Pâme, qui la portent partout où elle va : c'est s'en purger que de n'en avoir plus pour les choses de la terre.
En figure de cecy les Israélites mangeoient l'Agneau pascnal avec des souliers aux pieds. Et nostre Seigneur les lave aux apostres avant l'institution de ce divin sacrement , pour marquer que les affections doivent estre tres-pures en s'en approchant.
L'on ne cueilloit la manne qu'à la fiaischeur et avant le lever du soleil , pour dire que les ardeurs des affections naturelles empeschent qu'on ne recueille les fruits de cette manne céleste, et qu'on n'y doit venir qu'avec une volonté fraische, et non eschauffée d'autre désir que d'en profiter, J'ay désiré, dit nostre Seigneur, d'un ardent désir de manger cette pasque avec vous. Yoilà notre règle, et le modèle que nous devons imiter.
Eslevation.
0 divine manne qui renfermez les délices du corps et du sang de mon Sauveur Jesus-Christ, c'est vous seule que je désire et que je souhaite ardemment de recevoir aujourd'huy. Rendez-moy ameres toutes les délices des sens et les autres playsirs de la vie. Faites que les désirs de mon cœur et les affections de ma volonté ne soient jamais que pour vous, et que jamais elle ne gouste aussi d'autres délices que celles de vostre divin amour. Montrez-vous à moy, ô le souverain bien-aimé de mon ame, et que tout autre bien me soit à jamais à degoust.
AVIS SUR l'usage DE CES PRATIQUES.
1 . Si la tentation de la curiosité ne vous inquiète pas , na lui ouvrez pas la porte; mais jouissez avec humilité et actions de grâces de la simplicité de la foy.