DRESSÉE PAR S. FRANÇOIS DE SALES
IH JÏAVEUR DES PERSONNES DE LA COUR , POUR LES AIDER A BIEN YlYRl ET A BIEN MOURIR K
Quoiqu'il ne puisse guère rien être ajouté à ce qui a été dit et remarqué par notre saint prélat dans tout le cours de ses écrits et ouvrages de piété , touchant la confession particulière et générale , que ce qui a été recueilli et rédigé dans ses livres , soit pour les avis et pratiques nécessaires devant, durant et après la confession , soit pour les élévations et les affections par lesquelles on peut s'exciter à une véritable contrition, et acquérir les autres dispositions requises à l'absolution sacramentale , et parfaite reconciliation avec Dieu ; si est-ce que pour acquiescer au désir et à la dévotion de ceux qui, n'ayant pas en main les livrets cités par ce saint prélat, voudroient avoir en celui-ci une formule d'examen suffisante pour la confession générale; l'on y a voulu joindre la suivante , pour servir d'adresse à ceux qui croiront en avoir besoin, selon la qualité, espèce, nombre et autres circonstances de leurs péchés ; quoiqu'il soit à désirer qu'auparavant de s'y appliquer on ait bien lu et conçu tout ce qui a
* Nous copions ici le titre donné à cette Adresse dans l'édition Biaise, quoiqu'il soit évident que la rédaction n'en est pas, du moins en entier, de la main de Saint François de Saies.
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été dit ci-devant par ce grand saint touchant la confession et contrition, comme aussi tous les autres avis qu'il a donnés pour se purger non-seulement du péché, mais de toutes affections , attaches , occasions et dépendances du péché , ne se pouvant rien dire de plus pressant, ni de plus précis à at sujet, surtout sans en omettre des élévations <5t pratiques qui peuvent disposer le cœur à une parfaite contrition , et à une entière résolution d'ahandonner le péché, pour se convertir et rentrer en grâce avec Dieu par une sincère et véritable confession.
Ce que Ton dit aux pauvres , aux simples et aux ignorants pour se bien disposer à la bien faire , doit être également pratiqué par les riches, par les spirituels et par les savants ; et il s'en trouve peu qui n'aient besoin de faire une bonne fois une sérieuse réflexion sur toutes les démarches de leur vie , pour mettre ordre à leur conscience , remédiant aux fautes passées , et prenant leur mesure pour se préserver du péché à l'avenir. Pour cela donc trois choses sont nécessaires.
1. Avant toutes choses jetez les yeux sur un confesseur qui soit homme capable, d'expérience et charitable, auquel par avance vous puissiez ouvrir votre cœur, et lui faire connoître avec une entière confiance les inclinations et habitudes vicieuses qui vous portent au péché, non-seulement afin d'en recevoir les avis et conseils nécessaires pour vous en bien accuser dans la confession que vous lui en ferez , mais principalement pour prendre les précautions et remèdes convenables pour n'y plus tomber à l'avenir.
2. Ayant pris un temps raisonnable pour faire la recherche de vos fautes, partagez votre vie par certain âge jusques à l'heure présente , et voyez quelles dispositions et occasions vous avez eues d'offenser Dieu, soit dans les emplois, affaires, occupations , rencontre et conversations des personnes que vous avez fréquentées, ou en toute autre manière que vous pourrez remarquer, faisant attention à la pente et inclinatioa
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qui vous a plus particulièrement porté au péché. Cela fait, prenez quelque temps le soir et le matin pour remarquer ce que vous avez commis en chacun de ces âges et de ces emplois, commençant toujours en vous humiliant profondément devant Dieu , lui demandant sa lumière et sa grâce , pour bien discerner non-seulement la nature et la malignité du péché , mais encore pour en déclarer l'espèce^, le degré, le nombre , le motif, les suites et leb autres circonstances qui en peuvent mieux faire connoitre la malice et la grièveté , tant qu'il se peut; terminant toujours, chaque fois que vous vous y appliquerez , par la plus sensible douleur et déplaisir que vous pourrez faire ressentir à votre cœur d'avoir offensé Dieu. Si vous vous défiiez de votre mémoire, servez-vous de l'adresse et formule suivante pour remarquer plus précisément ce que vous aurez commis contre les commandements de Dieu et de l'Eglise, en toutes les autres manières que vous l'aurez offensé, conformément aux devoirs et obligations de votre état.
3. Et pour le dernier avis, souvenez-vous que le point le plus important, et pour l'ordinaire le plus négligé, est celui de la douleur et du déplaisir qu'on doit avoir du péché comme offense de Dieu , avec la résolution et bon propos de l'amendement ; et que par conséquent il ne mérite pas moins de temps et d'application que l'examen et la recherche qu'on fait de ses péchés. L'on y manque d'ordinaire, faute d'attention à la grièveté des offenses commises contre Dieu, et au déplaisir qu'il en a reçu ; comme aussi par le défaut d'application à la recherche des moyens d'affermir la résolution de ne plus retourner au péché, et d'en éviter efficacement toutes les occasions.
Chacun se flatte, mais trop présomptueusement , de cette vraie douleur et de ce hon peccavi, qui est le point principal et essentiel de la pénitence , quoiqu'on ne discerne pas toujours assez quel il est.
Pour le connoitre il faut remarquer trois sortes de regrets
qu'on peut concevoir du péché : l'un de la seule raison, pour le dérèglement et difformité qui est dans le péché ; l'autre pour la crainte des peines temporelles ou éternelles de la part de la justice de Dieu ; et le dernier procède du pur amour de Dieu , qui est le seul qui eiiace le péché , même devant la confession , quoique sous l'obligation de s'en confesser , et non pas les deux pre^iiers, qui ne servent de rien sinon dans la confession.
Cela étant, soyez persuadé que quiconque meurt en péché mortel, par surprise ou autrement, sans confession et sans antre regret de ses péchés que de crainte ou de raison , il est perdu pour jamais. Au contraire, si son regret est un icgret d'amour et de parfaite contrition , il meurt en état de alut.
L'importance donc est de s'habituer à cette sorte de regret, afin de s'en faciliter l'usage ; et il sera tel , s'il est véritablement conçu par le seul motif du déplaisir que Dieu reçoit du péché, comme opposé et outrageux à sa souveraine bonté, et sî^ est accompagné d'une constante résolution de ne le commettre plus à l'avenir, et d'en éviter toutes les occasions, comme sont les compagnies dangereuses, le plaisir déréglé, Fhabitude invétérée, le point d'honneur, la liberté et l'impatience d'être contraint, etc.
A cet effet, souvenez-vous de cette vérité qui est du Saint- Esprit, que, q2d aime le danger, il s'y perdra ; étant constant que le peu d'amendement qu'on voit après tant de confesâons , même générales , ne vient que du manquement de cette résolution de quitter les occasions et les dangers d'y retomber.
Il faut donc trancher net en cette affaire, et s'en tenir à Farrêt que notre Seigneur a prononcé en ces termes : c( Si • ton œil te scandalize, c'est-à-dire te donne occasion de » tomber dans le péché , arrache-le, et le jette loin de toi ; si 9 ta main ou ton pied te scandalise , coupe ce pied , coupe
D cette main , étant plus avantageux d'aller en paradis avec » un œil, qu'avec deux être précipité dans les enfers. » C'està-dire , qu'il vaut mieux aller en paradis sans une telle ott telle compagnie dangereuse, que d'aller en enfer avec elfe pour y brûler toute réternité.