III
POUR LE DTMANCHE DE LA SEPTUAGESIME. 163
2. II demande le nom de celuy qui Fenvoye : Si dixerint mihi, quod est nomen ejus? quid dicam eis? (S ils me demandcnt quel est son nom , que diray-je?)
3. II demande (des) signes : Non credent mihi , nee audient vocem meam, sed dicent : Non apparuit tibi Dominus. (Us ne me croiront point, et n obe iront point a ma parole, mais ils diront : Le Seigneur ne f est point apparu.)
saint prophete! 6 grand pasteur d lsrael! 6 advise Moyse! 6 digne amhassadeur de Dieu! digne secretaire de Dieu ! que tu scavois bien les conditions requises et fondamentales a une telle charge. II se tient indigne, il demande le nom, il demande des signes.
Dites-moy, comme se pouvoit-il rendre digne , sinon (en) se tenant indigne? comme Marie se dispose a estre Mere de Dieu, en se recognoissant sa petite servante. Et pour digne qu il eust este , comme l eust-on receu , s il n eust sceu nommer le Seigneur qui 1 envoyoit? et encore qu il eust este digne, et qu il eust pu nommer son Seigneur, comme l euston cru, s il n eust fait paroistre de bonnes marques de sa mission ?
G est icy, mes freres , la pierre de touche , a laquelle vous cognoistrez, si ceux qui se vantent de la parole de Dieu, sont vrais ou faux Prophetes. Gar il n y a jamais eu secte qui n aye tousjours dit qu elle parloit de la part de Dieu , et que ses preschementeries estoient les vrayes paroles de Dieu , et (ne) se soit vantee de 1 Escriture. . . . Luther, Calvin, et tousles autres , a limitation du Diable, lequel voulant tenter Jesus- Christ, lui allegue FEscriture : Angelis suis mandavit de te. Ils disent tous qu ils sont envoyes. Qu ils nommeut (done) qui les a envoyes. Si c est Dieu , ou c est mediatement , ou immediatement : si mediatement, qu ils inonstrent la suc cession : si immediatement et extraordinairement , qu ils en produisent les preuves , qu ils f assent des miracles. Les catholiques envoyes par legitime succession , pouvans dire :
f64 SERMON
Sicut locutus est ad Patres nostros, (comme il a parle a nos peres) monstrent Forigine de leur mission : Jesus misit Petrum, Pefrus, etc. Nous pouvons dire : Deus auribus nostris audivimus , patres nostriannuntiaveruntnobis. (ODieu, nous avons entendu de nos oreilles , nos peres nous ont rapporte vos enseignements. ) Nostre Seigneur par Jeremie advertit : Nolite audire verba Prophetarum qui prophetant vobis, et decipiunt vos. Visionem cordis sui loquuntur, non de ore Domini. (N ecoutez pas les paroles de ces Prophetes qui prophetisent et qui vous trompent; ils disent les visions de leur coeur , et non les paroles sorties de la bouche du Tres- Haut. ) Et apres : Non mittebam Prophet as, et ipsi currebant; non loquebar ad eos, et ipsi prophetabant . ( Je n envoyois point ces prophetes, etils couroient; je ne leur parlois point, et ils prophetisoient.)
David se trouvant en un terns auquel il y avoit plusieurs errans, dit au Psalme XI : Salvum me fac Deus, quoniam de fecit sanctus, quoniam diminutce sunt veritates a ftliishominum. Vana loquuti sunt imusquisque ad proximum suum : labia tfolosa in corde, et corde loquuti sunt : Disperdat Deus universa labia dolosa , qui dixerunt : Linguam nos tram magnificabimus , labia nostra a nobis sunt, quiz noster Dominus est ? Et en Jeremie, XIV : Vaticinantur, non misi eos (Ils se melent de prophetiser sans que je les aie envoyes.) Au XXIII : Ecce ego adProphetas, ait Dominus, qui assumunt linguas suas. (Me void centre ces prophetes, dit le Seigneur, qui aiguisent leurs langues.)
Mais aim que nous scachions la volonte denostre Seigneur en cecy , ayant dit : Sicut misit me Pater , et ego mitto vos (Comme mon Pere m a envoye, moi aussi je vous envoie) , il adjouste : Accipite Spiritum sanctum (Recevez le saint Es prit) (Joan. XX) . Et apres avoir dit : Omnis potestas data est mihi in ccelo et in terra (Toute puis^ ace m a este donnee
i Ps. XLIIIjJerem., XXIII.
POUR LE PIMANCHE DE LA SEPTUAGESIME. i 65
dans le ciel et sur la terre), il dit ensuite : Euntes docete omnes gentes ( Allez , enseignez toutes les nations ) ( Matthieu,28).
mes Freres , tenes cette preuve pour fondamentale, et demandes a ceux qui vous veulent retirer du sein de 1 Eglise : Quis te misit (Qui vous a envoye) ? Saint Jean-Baptiste fut grand reformateur , et envoye de Dieu extraordinairement; mais encore qu il ne dist rien (de) contraire a 1 Eglise judaique, pour ce qu il venoit a un grand office, vous verres qu il a des marques pour se faire cognoistre : sa vie miraculeuse , sanativite, contreignoit de dire : Quis, putas, puer iste erit? Saint Paul , extraordinairement envoye , voulut encore une marque visible par 1 imposition des mains d Ananie. (Act. IX.) Ut videas , dit Ananie , et implearis Spiritu sancto.
Que diray-je? Nostre Seigneur, apres avoir este predit avec tant de circonstances, encores veut-il monstrer sa mis sion, et se targue tousjours d icelle, disant tantost : Sicut misit me Pater.... Doctrina mea, non est meet, sed ejus qui misit me *. Et puis il s escrie : Et me scitis, et unde sim sci tis, et a me ipso non vent. Voila done comme il se targue de $a mission, de laquelle il n avoit besoin de faire autre preuve que par TEscriture ; car il avoit este si formellement predit, qu on le pouvoit bien recognoistre. Tous prophetes ne parlent que de luy , tellement qu il pouvoit bien dire : Scrutamini Scripturas , illce testimonium perhibent de me. Mais nonobstant tout cela, non content de se dire estre envoye, non content de prouver sa mission par 1 Escriture, il veu Tin tesmoignage perceptible et clair de son Pere au baptesme (et) en sa transfiguration : Hie est Filius meus dilectus, in yuo mihi dene complacui, ipsum audite. Et de rechef en ^aint Jean , XII , il recoit ce tesmoignage de la part de son Pere Eternel : Et clarificavi, et iterum clarificabo. II atteste sa mission par (ses) miracles, et proteste que sans les mi-
Jean, XX et VII.
racles, sa mission n estoit pas justement prouvee au peuple, de maniere qu il dit en saint Jean, XIV : Verba quce loqunr vobis a me ipso non loquor. Et incontinent : Ahoquin propter ipsa opera credite. Et au XV e chapitre : Si opera non fecissem in eis, quce nemo alius fecit, peccatum non haberent.
Tirons done ceste conclusion tres-certaine , que la mission est necessaire, commedit saint Paul : Quomodo ergoinvocabunt in quern non crediderunt, aut quomodo credent ei quern non audierunt, quomodo audient sine prcedicante , quomodo vero prcedicabunt nisi mittantur * ?
2. Qu il ne sulEt de dire qu on est envoye ; car il faut justifier comment : si mediatement, comme Timothee par saint Paul, auquel il escrivit : Admoneo te ut resuscites gratiam quce est in te, quce data est tibi per impositionem manuum mearum 2 ; si immediatement, comme saint Paul et saint Barnabe (Actes, chapitre XIII) : Segregate (dit le saint Esprit) mihi Paulum et Barnabam in opus ad quod assumpsi eos. Tune jejunantes et or antes, imponentesque eis manus, dimiserunt eos. Ce que Calvin confesse, liv. IV, chap. v.
3. Quiconque allegue mission extraordinaire la doit prouver : car quelle regie pourrions-nous tenir, s il ne falloit que dire qu on est envoye? Ainsi Moyse, saint Jean et nostre Sei gneur mesme le prouvent.
4. Que jamais mission extraordinaire ne fut bonne qui ne soit approuvee de Tordinaire. Voyes-vous saint Paul, de Textraordinaire comme il va a Fordinaire , et puis qu on m en monstre un exemple. Saint Jean ne fust-il pas approuve par les scribes et prestres qui envoyerent cette noble legation : Tu quis es ? Et jamais ne trouverent que bonne sa doctrine. Quant a nostre Seigneur , il n avoit a prendre authorite de personne , pource qu il lui suffisoit de prouver qu il estoit le Fils du Maistre ; et neanmoins Simeon 1 approuve , Zacha-
t Rom. X. 2 II Tim. II.
POUR LE T>nTA>T.TTE ttF. T-\ RF.PTrAfslME.
lie, saint Jean et Caiphe qui prophetise. Mais depuis Jesus- Christ et la fondation de FEglise , quiconque n est approuve de PEglise : Sit tibi tanquam Ethnicus et Publicanus. Die Ecclesice. Ecclesia est firmamentum et columna veritatis. Ego vobiscum sum usque ad consummationem sceculi. Mais escoutes, si en Fancienne loy cela estoit vray. Pontifex vester in Us quce ad Deum pertinent, prcesidebit* . Au Deuteronome, chapitre 17 : Qui autem superbierit , nolens obedire Sacerdotis imperio, judicis sententia moriatur. Et ne faut point dire que Fordinaire manque quelquefois , car : Regni ejus non erit finis. Regnum tuum , regnum omnium sceculontm. Ego vobiscum sum usque ad consummationem sceculi.
Enfin, que recueillons-nous? Puisque nos heretiques ne nous scavent dire d ou ils viennent, ny qui les a envoyes , il se faut garder de les otiyr ; car : Assumunt linguas suas , et aivnt: Dicit Dominus. Et puis qu ils ne veulent oiiyr FE glise, sint nobis tanquam Ethmci et Publicani. Et pouvons bien dire d eux ce que saint Paul predit aux prestres Ephesiens, auxActes, XX, les voulantlaisser: Egoscio, quoniam post discessionem meam, intrabunt lupi rapaces in vos, non par cent es gregi, et ex vobis ipsis exurgent viri loquentes perversa, ut abducant discipulos post se. 1 Intrabunt , non mittentur. 2 Lupi, non canes; silvestres, non cogniti ; feri, non pastoribus parentes. 3 Ex vobis ipsis, Catholici, non ex Calvinistis 9 sed contra, quia prius Catholici quant hceretici. 4 Ut abducant discipulos : Catholici non abduxerunt disci" pulos Calvini, sed Calvinus Catholicorum.
Voyes done, ils ne sont pas vrais ouvriers : Quia Paterfa* milias non conduxit eos , non misit , non dixit, Ite, sed intraverunt, venerunt. Currebant, et ego non mittebam. Mais cela s entend quant a la vocation des predicateurs , docteurs et pasteurs de FEglise, laquelle n est pas commune a tous : car si chacun est pasteur, ou sont les brebis? mais seulemenf
* II Paral. XIX.
168 SF.
quelques-uns qui sont envoyes, comme Moyse, Aaron, saint Jean, Isaye, Jeremie, Elie et David, etc.
Or il y a une autre vocation qui est commune , et comme chacun ne doit penser estre appelle a la premiere, aussi chacun se doit tenir pour appelle a la seconde : et comme ce seroit un grand peche que chacun se voulust mesler de la pre miere, aussi ce seroit un grand peche que chacun ne suivist la seconde. En somme, comme c est grand peche de suivre la voix des faux pasteurs , aussi est-il peche de n oiiyr la voix des vrais, et ne leur obeyr. Tota die, dit nostre Seigneur, expandi manus meas adpopulum non credentem et contradicentem mihi. Si quis sitit, veniat ad me. Ego sto ad ostium etpulso. Par les predicateurs : Qui vos audit, me audit. Hodie si vocem ejus audieritis. Et quelle voix : Ut quid statis tota die otiosi? ite et vos in vineam meam. Veniet nox in qua nemo potest operari, et in qua dicetur : Circumdederunt me gemitus mortis, pericula inferni circumdederunt me. N attendes pas caresme prenant, car que scaves-vous si vous le verres? Ducunt in bonis dies suos , et inpuncto in infernum descendunt. Circumdederunt me dolores mortis. II ne faut sinon qu un pied nous faille. Usquequo,piger, dormies? Paululum dormies, paululum dormitabis, et veniet tibipauperies quasi vir armatus. G est a dire, (pauvrete) laquelle tu nepourras eviter. Nisipcenitentiamegeritis, omnes similiter peribitis. An nescis ( dit saint Paul ) quia patientia Dei ad pcenitentiam te expectat? Tu autem secundum impcenitens cor tuum, etc.
Commences des aujourd huy, de peur d estre surpris : Focavi et renuistis; ego quoque in interitu vestro ridebo. Ecce tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis. Dum tempus ha~ bemus, operemur bonum. Abner demanda a Joab , capitaine de David : Usquequo mucro tuus desceviet? Vivit Dominus, dit Joab, si mane loquutus fuisses, recessisset populus persequens. . Pharao se veut retirer du milieu de la mer , et ne
peut. Pcsnitentibus veniampromisit, tempus pcenitendi non promisit (Saint Augustin) .
Quelles occasions n avons-nous point de sortir de nostre paresse? tant de maux que nous voyons tous les jours , etc.
Nostre Seigneur fait comme le pere , qui tenant les verges en main , dit a ses enfans lesquels il chastie : Ne seres-vous jamais sages ?
Prieres , etc. Contrition, etc. Confession, etc. Bonnes osuvres, etc.
Mundus clamat : Deficio. Caro clamat : Inficio. Daemon clamat : Decipio. Christus clamat : Reficio.
Ite et vos in vineam Domini; quod justum fuerit, dabit vobis. II est juste , que ceux qui estant appelles , Font suivy en ce monde , le suivent en Fautre. Ut ubi ego sum , illic sit et minister meus, etaccipiat mercedem. Ego sum merces tua magna nimis. Courage , mesFreres : tous sont appelles , tous ne sont pas esleus. II ne tiendra qu a nous , si nous n allons travailler en sa vigne. II y a de la peine, mais : Non sunt condignce passiones hujus temporis adfuturam gloriam. Pour un jour de travail , une recompense eternelle; pour un jour de peine , un repos eternel la haut en paradis : Hcec requies nostra in sceculum sceculi ; hie habitabimus , si eligamus earn. La nous te louerons a toute eternite, si nous te servons n cette briefve journee de ce monde : c est , 6 Seigneur , de quoy nous vous prions nous faire la grace, puisque vous estes le Dieu de misericorde, Pere, Fils et Saint-Esprit.
VIVE JESUS
POUR LE DIMANCHE DE LA SEXAGESIME 1 . j. ,-
DB LA MANIERE D ENTENDRE UTILEHENT LA PAROLB DB DIBU*
Qui habet aures audiendi audiat. Luc, VIII.
Qui a des oreillfis pour ou jr, qu il entende.
La prise de la ville de lerico par le vaillant capitaine ge neral des Israelites losue, est bien Fune des (plus) remarquables qui furent oncques faites , pour le stratageme avec lequel les murailles d icelle furent du tout renversees , et cette ville deme ura toute nue et demantelee devant Farmee des Israelites.
Or le stratageme fut tel, au rapport qu en fait losue" mesme es sacres memoires qu il escrivit des choses advenues sous sa conduite au sixiesme chapitre. Estant Farmee en la campagne de lericho , losue levant les yeux en haut , vit un homme vis a vis (de lui), qui tenoit son espee nue en main , duquel s approchant losue, il luy dit : Es-tu de nos gens , ou de nos ennemis? Ce gendarme respond: Non, ny Fun, ny Fautre; je suis Prince de Farmee du Seigneur; me voicy venu tout maintenant. losue se jette a terre , Fadore , et luy demande les commandemens. Or le Seigneur luy dit par son Ange : Je veux vous livrer lerico : environnes-la une fois le jour durant six jours; le septiesme, environnes-la sept fois, et en ces environnemens, mettes ordre que Fon porte Farche, et devant icelle , aillent sept Prestres avec des trompettes sonnant : et au dernier environnement , lorsque les Prestres auront sonne plus longuement et puissamment , que tout le
Pris sur 1 original 6crit de la main de I auteur (Edit, de 1643).
peuple crie tant qu il pourra, et les mu rallies tomberont , et chacun entrera par Fendroit ou il se trouvera par dessus les murailles. Qui ouit jamais raconter un tel siege? qui cognut jamais un ingenieur si subtil , qui au son des trompettes fit renverser des murailles entieres? qui vit jamais semblabte batterie? losue leve les yeux en haut, d en haut vient FAnge, il Fadore, FAnge luy enseigne de la part de Dieu le stratageme, losue croit et se fie en Dieu, il fait cequi lui est commande , parmi son armee Farche de Dieu y est , les Prestres sonnent , les murailles tombent.
les belles instructions pour nos Gapitaines , de lever leurs courages en haut vers Dieu , invoquer les saints , et s appuyer en Dieu, le croire , obeyr a ses commandemens! Ha! si Tintention estoitau ciel, si la confiance estoit en Dieu, si Thonneur deu aux serviteurs de Dieu estoit rendu , si on croyoit et obeyssoit a Dieu , il n y auroit rien d imprenable , tout renverseroit devant les Chrestiens. Mais je ne suis pas icy pour apprendre la maniere comme il faut attaquer et prendre a force les villes terrestres : je voudrois plus tost vous dire comme il faut prendre et subjuguer les villes et forteresses spirituelles , ennemies de Dieu et des saints, pour le service de la divine Majeste. (Addressons-nous pour ce sujet a la sainte Vierge, luy disant) : Ave Maria.
L ame de Fhomme , mes Freres , est une belle ville , par nature sujette a Dieu ; mais bien souvent , par re volte et rebellion , et par les factions des affections et parties superieure et inferieure, elle est rendue sous Fobeyssance du pecbe : car, quifadt peccatum , servus estpeccati, (qui fait le pecbe , est rendu serf du pecbe.)
Qui trouvera mauvais que j appelle Tame de rhomme une ville, puisque les philosopbes Font bien appellee un petit monde, et qu elle est Fabrege de toutes les perfections du monde, recueillant en soy tous les grades plus parfaits
d iceluy, comme tout le plus beau (Tune province se retrouve en la ville principale d icelle. En cette ame encore vous semble-il pas qu il y ait un magazin qui vaut plus que tous ceux d Anvers ou de Venize, puis que la memoire retire Jes idees de tant de varietes de choses? vous semble-il pas qu il y ait un brave ouvrier, puis qu en 1 entendement pos sible, toutes choses s y font en des especes incomparables? vous semble-il pas qu il y ait un ouvrier, lequel avec cent millions d yeux et de mains, comme un autre Argus, fait plus d ouvrage que tous les ouvriers du monde , puis qu il n y a rien au monde qu il ne represente , qui est 1 occasion qui a fait dire aux philosophes , que Fame estoit tout en puissance? C est cette ville laquelle plus que toute autre, se peut vanter que le scavoir de son batisseur a este rendu admirable en son edification, selon le dire du Psalmiste, Mirabilis facia est scientia tua ex me (Vostre science est ad mirable en moy, et je ne la peux comprendre). C est d elle qu on peut dire : Gloriosa dicta sunt de te, civitas Dei (Choses glorieuses sont dites de toy, Cite de Dieu) .
Or cette forteresse a este vendue au Diable , lors que le peche 1 a environnee , dont le Diable a este appelle le prince de ce monde. Nostre Seigneur parlant de luy comme d un Capitaine a dit (qu il est comme un fort arme qui garde sa maison) : Cumfortis armatus custodit atrium suum, etc. Les murailles d icelle qui tiennent en la puissance du Diable cette ame sont ses iniquites, desquelles parlant le Psalmiste, il dit (que 1 iniquite environnera ses murs jour et nuit) : Die ac nocte circumdabit super muros ejus iniquitas *. G est le peche qui empesche que Dieu ne se rende maistre de nos ames, et ne puisse entrer en nous , ains demeure a la porte : Ego sto ad ostium et pulso * (Je suis a la porte, qui heurte); dit-il : Peccata vestra dimserunt inter vos et Deum (Nos peches ont mis division entre sa divine Majeste et nous).
Psal. UV, Msai.LlX.
POUR LE D1MANCHE DE LA. SEXAGliSIME.
Or ces murailles icy doivent tomber devaiit noslre lesus, non pas fils de Nave , mais Fils de Marie , a cclle fin qu il entre dans nostre ame, et s en rende possesseur. Que si celles de lerico tomberent au son des trompettes des Prestres, celles-cy doivent tomber encores au son de la trompette Evangelique et (a) la predication de la parolle de Dieu , suivant ce que sa Majeste dit a leremie : Ecce dedi verbwn meum in ore tuo, constitui te super gentes ut evellas , et destruas, et disperdas, et dissipes, et cedifices, et plantes * ( J ay mis ma parolle en ta boucbe , afin que tu arraches des ames le peclie, que tu le destruises, quetu le ruines, que tu le dissipes, et que tu y plantes et edifies la vertu). Ainsi David se fit maistre de Sion, suivant ce qu il dit : Ecjo autem constitutus sum rex ab eo super Sion montem sanctum ejus, prcedicans prceceplum ejus ( J ai este estably de Dieu roy dans Sion , preschant ses commandemens) .
C est de ces murailles que nous pouvons dire : Ascendite muros ejus, et dissipate 2 (Montes sur ses murs, et les abbattes) , comme dit nostre Seigneur de Hierusalem. Mais a cet effect, je trouve trois conditions requises : la premiere, c est la bonne intention; la seconde, 1 attention; la troisiesme, I humilite. La bonne intention estoit bien aux Israe lites, puis qu ils faisoient cela pour la terre de promission , 1 attention , car losue leur avoit dit qu ils ne fissent point de bruit; (et enfin) rhumilite en leur obeyssance. Et avec ces trois conditions, au son de la trompette des Prestres, ils se rendirent maistres de lerico.
Quant a 1 intention, mes Freres , je voudrois qu elle fust
a Fadvenant de celle de nostre Seigneur, lequel ne nous a
pas voulu parler pour autre fin que pour nous sauver : Ut
fides sit ex auditu t et omnis qui credit in eum non per eat ,
-cd habeat vitam ceternam ( Afin que la foy vienne en nos
mes par Touie, et que quiconque croit en luy ne perisse
* Jeremie, L 2 Ibid., V.
point, mais qu il ait la vie eternelle). Je voudrois qu elle fust comme celle des bons predicateurs , qui est, comme dit saint Paul (deprescher Jesus-Christ crucifie, qui est scandale pour les Juifs, etc.) : Prcedicamus autem Jesum Chris tum crucifixum , Judceis quidem scandalum , etc.; et aussi que Tintention fust de recevoir en son coeur Jesus-Christ. Ou sont ceux qui ne vont a la predication que par curiosite de voir les facons et les parolles? Que diries-vous de ce malade , lequel scachant qu en un jardin il y a Fherbe qui le peut guerir, n y va que pour voir quelques fleurettes? Semblables & Herode , qui ne desiroit de voir nostre Seigneur que par curiosite, et le mesprisa : aussi (ainsi) mesprisent-ils les Pre dicateurs quand ils en ont passe leur fantaisie , comme les femmes grosses , qui non par faim , mais par fantaisie , desirent des viandes. Ah non ; mais comme il faut desirer la viande pour (se) nourrir, ainsi faut-il user de la parole de Dieu , qui est Taliment de nos ames. (L homme ne vit pas de pain seul , mais de toute parolle qui precede de la bouche deDieu) Non in solo pane vivit homo , sedin omni verbo quodprocedit de ore Dei. Euntes, dit nostre Seigneur, prcedicate Evangelium omni creaturce; qui crediderit y salvus erit ( Alles et presches TEvangile a toute creature , et quiconque croira, sera sauve). Yoila la fin : Ut cognoscant te solum Deum verum, et quern misisti Jesum Christum ( Afin qu ils vous cognoissent seul vrai Dieu, etc.). (Que celui done qui a des oreilles pour entendre , entende) Qui habet aures audiendi audiat.
Quand 1 homme entend la parolle de Dieu sans ceste inten tion , elle est en luy comme ceste semence qui tombe dans le chemin : Aliud cecidit secus viam. La vaine gloire et la cu riosite la perdent. C est escouter la predication comme un mottet de musique. Es eis quasi carmen musicum i (Ilz escoutent vos paroles, et ne les pratiquent pas). Et audiunt
POUR LE DTMANCHE DE LA SEXAGESIME. 175
verba tua, et non faciunt ea. Comme le malade qui regarderoit la boite contenant la medecine de sa guerison.
La seconde disposition qu il faut avoir pour bien oiiyr la parole de Dieu , c est Tattention ; car il y en a plusieurs qui viennent au Sermon pour (en) faire leur profit, mais y estant, ou en dormant , ou en causant, ou en pensant ailleurs, ilz ne sont pas attentifs , ausquelz quand ilz sont de retour, si Ton demande que c est qu ilz ont rapporte du Sermon , ilz peuvent bien respondre qu ilz en sont reventis gens de bien, pour en avoir rapporte les oreilles , ou leur cbapeau : et ceux-ci sont encores de ceux qui se doivent sentir piques de cette parolle de nostre Seigneur : Qui habet aures audiendi audiat. Car ( ilz ont des oreilles et n escoutent pas) , aures habent et non -audiunt. Or cecy n est pas une petite incivilite, que Dieu parlant a nous, nous ne voulions pas Tescouter, ne plus ne moins que si nous parlions a Dieu sans y penser : de maniere que de ceux la le Seigneur dit : Populus hie labiis me honor at , cor autem eorum longe cst a me. Ah! que le Psalmiste n estoit pas de cette facon (lui qui) disoit : Audiam quid loquatur in me Dominus Deus ( J eseouteruy ce que le Seigneur Dieu dira en mon coeur. ) Ileli enseigne a Samuel la facon d oiiyr Dieu : Dices :Loquere 9 Domine , quia audit servus tints (Paries, Seigneur, car vostre serviteur eseoute.)
Dieu fait (lever) un grand vent sur mcr, si que chacun s addresse a Dieu, et Jonas dort *. Ainsi Dieu envoye le vent de sa parole , et espouvante toute la barque , et 1 auditeur dort.
L attention est si requise, que souvent 1 intention defaillant, Inattention profile. (Saint Augustin dit en ses Con fessions, livre V, chapitre 14 :) Veniebant in animum meum simul cum verbis quce diligebam, res etiam, quas negligebam , et dum cor aperiretur ad excipiendum quam di-
1 Jonas, I.
serte dicer et , pariter intrabat et quam vere dicer et (II arrivoit que ces belles parolles que je recherchois , attiroient en mon esprit les choses dont je n avois souci; et comme j ouvrois mon co3ur pour recevoir 1 elegance de son discours (parlant de saint Ambroise) , la force et la verite de ses pa rolles y entroient aussi. )
La troisiesme condition est 1 humble obeyssance a la parolle ouie; car ceux qui oyent, et pour cela ne s amendent pas (font voir qu ils n ont pas des oreilles pour entendre) : Non habent aures audiendi. Ge qui precede de plusieurs causes : Tune , qu ils ne recoivent pas la parolle de Dieu comme telle, ains comme la parolle des predicateurs ; et toutesfois nostre Seigneur a dit une fois pour toutes : Qui vos audit me audit , qui vos spernit me spernit ( Ceux qui vous escoutent, m escoutent , et ceux qui vous mesprisent, me mesprisent). Et ego vobiscwn sum usque ad consumma* tionem sceculi (Et je suis avec vous jusqu a la consommation des siecles). Et ailleurs : Non estis vos qui loquimini , sed Spiritus Patris vestri, etc. (Ce n est pas vous qui paries, mais c est Fesprit de vostre Pere qui parle en vous). Dequoy se plaignant nostre Seigneur, il dit a Ezechiel : Nolunt audire te, quia nolunt audire me * (Us refusent de vous ouyr, parce qu ils ne me veulent pas ouyr). Et saint Paul s en vante : An experimentum quceritis ejus qui in me loquitur Christus (Ne scaves-vous pas que c est Jesus -Christ qui parle par moy)? De la vient qu ils se moquent du pauvre prescheur, et prennent garde s il crache , s il lui eschappe une parole impropre. L autre cause , c est qu ils rejettent tousjours sur autruy ce qui est dit par le predicateur : ! on a bien parle contre cestuy-ci, etc. Quand on est invite au banquet , on prend pour soy ; mais ici on est extremement courtois , car on ne cesse de donner aux autres. Vistes-vous jamais un plus prompt jugement aue celuy que fit David,
II Cor. is.
lors que Natan lui parla de sa faute en la personne d un tiers? Peul estre n T eust-il pas este si facile, s il eust parle* directement a luy-mesme. La troisieme cause d ou il (ce mal) vient , c est que la parolle de Dieu chasse le peche de Fame , et Fhomme qui se plaist au peche , la trouve amere lors qu elle le solicite : Ad tempus credunt y et in tempore tentationis recedunt (Ilz croyent pour un peu de terns , mais lorsque la tentation se presente , ilz ne s en ressouviennent plus). Ilz la trouvent bonne du premier abord, mais par apres quand il faut venir a Toeuvre , ilz la trouvent amere. Aperui os meum, et cibavit me volumine illo, etfactum est sicut mel dulce in ore meo l (J ai ouvert ma bouche, et il m a repeu de ce volume , qui m a semble doux comme le miel). In ore, mais non in stomacho, quand il est question de faire operation , etc.
La parolle de Dieu est une medecine , une manne : Beati qui audiunt verbum Dei , en mangeant , et custodiunt illud, en digerant , etc.
C est pourquoy on voit si peu de fruit des predications, et on rebat tant de fois une chose , manda , remanda , etc.
Les uns oyent par mauvaise intention de coustume, de curiosite ; Et volucres cceli comedunt illud ( Les oiseaux du ciel Temportent et la mangent ) : apres qu ils ont dit leur opinion du prescheur, c est tout. Les autres avec si peu d attention, que la parolle de Dieu ne va pas jusques au coeur : Et natum aruit, quiet nonhabebat humor em (Ayant pris naissance, elle s est incontinent seichee, parce qu elle n avoit point d eau) . Les autres avec tant de vices et mauvaises inclinations , si peu d humilite et tant de superbe, (que cette divine parole demeure suffoquee ) : Et simul exortce spince suffocaverunt illud ; si qu elle n est pas venue a son ejBfet.
que nostre Seigneur pourroit bien faire les lamentations de Job : Quis mihi tribuat auditor em? Qui me donnera un
Ezech., III.
iv. 12
178 SERMOlf
ouditeur de ceux que je desire (qui entendant la parolle de Dieu de bon coeur, et avec une bonne intention , en rapporte le fruit en patience) : Qui in corde bono et optima audiens verbum retineat, etfructum afferat in patientia. Qui kabet aures audiendi audiat, etc.
Ceux qui ne font profit de la parolle , sont semblables TJrie , portant des lettres a Joab , sans scavoir ce qu elles contiennent : Fallentes vosmetipsos. Estate factores verbi, et non auditor es tantum : Qui enim verbi auditor est, et non factor, hie comparabitar viro consideranti vultum nativitatis suce in specula : consider avit enim se, et abiit, et statim oblitus est qualis fuerit (Ne vous contentes pas d entendre seulement la parolle de Dieu , mais mettes-la en pratique : car celuy qui Tescoute et ne la pratique pas, est semblable a un homme , lequel apres s estre considere dans un miroir, s en va, et oublie incontinent ce qu il a veu). Mes freres , soyes fervents a ouir la parolle ; car : Evangelium Dei virtus est in salutem omni credenti (La parolle de Dieu est vertu pour le salut a ceux qui croyent.) Escoutes-la avec bumilite : Statue servo tuo eloquium tuum in timore tuo. Les murailles de vostre lerico tomberont devant la pa rolle : Emittet verbum suum, et liquefaciet ea*. Nostre Iosu6 entrera dedans avec tous ses dons, et y tuera toutes nos mauvaises habitudes, mortifiant toute nostre ame. II n y aura que Raab de sauv6e : Raab, nostre foy, laquelle ne faysoit point d oauvres que bastardes. Ainsi regnera nostre Sei gneur en nous. Amen.
II envoie sa parole, et les glaces se fondent. Psal. CXLVII.
LE DIMANCHT? 1>K LA SEXAC^SIME.