SUR LE MESME SUJET
Semen est verbum Dei.
La semence c est la parole de Dieu.
rare et admirable semence! semence tiree du ciel, jette"e en terre , montant au ciel ; semence , laquelle d elle-mesme produit le fruit eternel : mais semence delicate , laquelle si elle n est receue en une bonne terre , ne fructifie en aucune facon , mais d autant plus abominable est le terroir, qu elle est admirable et precieuse. Semen est verbum Dei. Comme {c est) le mesme soleil (qui) fait voir au printems la beaute des jardins, des champs, des pres, des bocages et riantes campagnes , et qui descouvre la laideur des esgousts et cloaques : ainsi la mesme semence qui met en prix la fertilite d un bon champ, fait cognoistre la sterilite de 1 autre, et le met en mespris. Combien done est-il important que la terre soit bien disposee a recevoir cette sainte semence ! La se mence est la parole de Dieu; le fruit c est la foy, 1 esperance, la charite et le salut : la terre c est nostre coeur. Or com ment est-ce que disposeroit ce cceurceste terre, s il consideroit qui est celuy qui seme ? Exiit qui seminat ; et il verroit que c est nostre Seigneur : Exiit qui seminat seminare semen suum. S il consideroit a quelle intention, il verroit que c est afin que (nous en profitions), fructum afferamus. S il consideroit qui est celuy qui recoit cette semence, il Terroit que c est un cceur qui n est que (terre , poudre et cendre), terra, pulvis, cinis : car le semeur le mettroit en
1 Pris sur Toriginal ^crit de la main de Tauteur (Edit, de 1641).
attention, la terre en humilite, Fintention du semeur en ac tion. Je m efforceray de traiter de cecy ; mais il faut que ce soit Dieu (qui m assiste pour le faire utilement), parce que c est semen suwn (sa semence) , etc.
Semen est verbum Dei. Tout ainsi que la terre ne va pas prendre la semence en la grange ou metairie, mais le laboureur la porte au champ, et de sa main Fespand a certaine proportion et mesure : ainsi vous diray-je au commence ment, que la parole de Dieu selon sa nature doit estre pres ence, semee, et annoncee ; que si elle est escrite, ce n a pas este pour abolir la predication, mais plustost pour Faccommoder et enrichir, centre cette sotte facon de parier de plusieurs qui disent, qu il ne faut rien croire qui ne soit escrit, et que FEscriture suffit sans autre parolle de Dieu, que chacun la peut entendre , et y doit chercher la resolution de sa foy : car si cela estoit, semen non esset verbum Dei (la pa rolle de Dieu ne seroit pas une semence), puisque quand nostre Seigneur disoit cette parolle , FEvangile n estoit pas encore escrit, et neanmoins le semeur estoit desja sorty (pour semer sa semence) seminare semen suum. Ce n estoit done pas de FEscriture de laquelle il disoit, Semen est verbwn Dei. Si doncques ce n estoit pas de FEscriture , et s il n y avoit point d autre parolle de Dieu que FEscriture, semen non esset verbum Dei.
Outre ce, ne confesseront-ils pas que le semeur en cette parabole est nostre Seigneur? Mais ou trouveront-ils que nostre Seigneur ait jamais escrit FEvangile ? Quand done il dit : Semen est verbum Dei, il entend de la parolle non escrite , mais preschee.
Que si vous voules voir plus clairement, voyes prernierement en quelle facon se recoit cette semence : Hi sunt, dit-il, qui in corde bono audientes verbum retinent (Ce sont ceux qui ayant oily la parolle de bon coeur, la retiennent).
Si ceux sur lesquels on seme, sont (ceux qui escoutent), audientes, ceux qui sement sont (ceux qui parlent) , loquentes. L ouye ne recoit la parole sinon dite, Toeil (ne la recoit sinon) escrite.
Aussi verres-vous en saint Paul aux Rom., chap. X : Fides ex auditu, auditus autemper verbum Dei. I Cor. I : Prcedinamus Christum crucifixum. I ad Thess. , II : Verbum auditus Dei. IadTimoth.,II: Unus Deus et unus mediator Lei et hominum, homo Christus Jesus, quidedit redemptionem semetipsumpro omnibus, etc. In quo positus sum ego Prcedicator et Apostolus , etc. II ad Tim., IV : Prcedica verbum, insta opportune , etc. Marc., XVI : Prcedicate Evangelium omni treaturce*.
Saint Philippe s en va par 1 inspiration de Fange sur le chemin qui descendoit de lericoen Gaza: EteccevirjEthiops potens, etc. Dixit autem Philippo : Accede, et adjunge te ad currum istum, etc. Act., VIII. Et de fait , pourquoy auroit laisse nostre Seigneur (en son Eglise , les uns Pasteurs, et les autres Docteurs) , olios Pastor es et Doctor es , si nous n avions besoin que sa parolle fust annoncee par ceux qui parlent de sa part, et en son esprit?
Attention. Que si on ne peut entendre sans otiir, et que cest otiir soit necessaire au salut, avec combien detention faul^il escouter la parolle , qui n est pas parolle humaine , mais parolle de Dieu ! Car celuy qui parle aux homines pescheurs leur dit : Non estis vos qui loquimini, sed spiritus Patris vestri qui loquitur in vobis. Matth., X. Qui vos audit me audit, qui vos spernit me spernit. Luc., X. Sic nos existimet homo, ut ministros Christi, et dispensatores mysteriorum Dei. I Cor., IV.
Et partant nostre Seigneur, apres la similitude, clamabat : Qui habet aures audiendi, audiat. Luc., VIII.
Je trouve dans TEvangile que nostre Seigneur a crie six
* I Cor. I,
fois. 1. Clamabatin templo, dicens : Et me scitis, etunde sim scitis (II a crie dans le Temple : Vous me cognoisses et scaves d ou je suis). 2. Si quis sitit, veniat ad me, et bibat (Si quelqu un a soif , qu il vienne a moy, et quHl boive). 3. Lazare, veni foras (Lazare, sors dehors). 4. Qui credit in me, non credit in me, sedin eum qui misitme (Celuy qui croit en moy, ne croit pas en moy, mais en celuy qui m a envoye). 5. Eli, Eli, lamazabathani , Deus meus, etc. (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoy m aves-vous delaisse)? 6. damans vece magna emisit spiritum (Et criant a haute voix, il rendit son esprit). Et maintenant pour la septiesme fois : Clamabat , dicens : Qui habet aures audiendi audiat (il dit en criant : Qui a des oreilles pour otiir, qu il entende) ^ pour rendre ses auditeurs attentifs a la comparaison qu il fait de la parole de Dieu a la semence : Semen est verbum Dei. Et comme la semence entre en la terre , et ne demeure pas sur terre, etc., ainsi faut-il que la parole de Dieu (entre dans le coBur) . Audiam , quid loquatur in me Domine Deus. Psalm. LXXXIV. }
Ori tuofacito ostia, et seras auribus tuis. Eccl., XXII.
Eeli ad Samuelem : Loquere Domine, quia audit servus tuus , 1 Reg., III. Telle doit estre 1 attention et la reve rence.
Humilite. Humilite et reverence , laquelle croistra iniiniment , quand nous considererons a qui cette parolle s adresse. ( C est ) a 1 homme : Quid est homo quia reputas eum , etc. Et cum hominibus conversatus est. Multifariam multisque modis olim Deus loquens Patribus in Prophetis, novissime diebus istis loquutus est nobis hominibus peccatoribus in Filio.
Maria etiam sedens secuspedes Domini audiebat verbum illius. Luc.,X. Parce que (la parole de Dieu est une se mence), semen est Verbum Dei; (or) la semence fructifie plus es vallees, qu es montagnes. Ainsi est elle comparee a
POUR LE DIMANCHE DE LA SEXAGfiSIME. !83
la pluye , laquelle se ramasse et descend es vallees. Moyse , Deut., XXXII, en ce dernier Cantique : Audit e cadi quce loquor, audiat terra verba oris mei. Concrescat ut pluvia doctrina mea , fluat ut ros eloquium meum , etc.
Fons sapientice verbum Dei. Eccli., I. At qui de fonts vult hawire, incline t se necesse est, etc.
POUR LE DIMANCHE DE LA QUINQUAGfiSIME 1 .