‹ Œuvres complétes Volume 4Chapitre 26 sur 31 · IV · texte numérisé non relu

IV

baptizantur pro mortuis? ut quid baptizantur pro illis? ui quid et nos periclitamur omni hora ? Quotidie morior per restrain gloriam, quam habeo in Christo Jesu Domino nostro. Si ad bestias pugnavi Ephesi, quid mihi prodest , si mortui non resurguntl Manducemus, bibamus, eras morie~

2. Pour affermir leur esperance. Helas! leur esperance estoit foible, sperabamus. Us craignoient : Tesperance est contraire a la crainte : Lugentibus et flentibus, dit S. Marc. G est grand cas que d estre separe de Dieu ; on est timide, on perd la force : tels estoient les Apostres, telle la Magdelene.

Comme un navire , emmy Forage et la tempeste sans nocher ny pilote, s en va au bris ou le vent le porte, telle estoit cette pauvre barque sans esperance : Factus est Ephraim velut columba seducta non habens cor. je ne voudrois pas que nous fussions sans esperance, mais je voudrois bien que nous pleurassions quand nous perdons Dieu ! Le cerf , etc.

Mais nos Ire Seigneur vient apporter le secours en cette place assiegee de crainte : Videte manus meas et latus meum. Aves-vous besoin de force , voicy mes mains ; aves-vous besoin de creur , voicy le mien ; estes-vous colombelle , voicy des trous ; estes-vous malade , voicy la medecine : Et absorpta est mors in victoria. Estis captim y en redcmptio : Estes-vous captifs, voicy le rachapt.

Ah! comme pourrions-nous craindre? Ecce iste venit prospiciens per cancellos, respiciens per fenestras.

3. Pour perfectionner leur charite : Si mulier oblivisci potest filii ventris sui , sed etsi oblita fucrit , non obliviscar tui : ecce enim in manibus meis descripsi te l . Pert nostras miserias, et eas nobilitat ; apponit miseriam cordisuo, ostendit latus.

Sed eitm redamemus; alioquin qui prce amore ostendit vulnera, semelostendetprceira et indignatione, ut imagines

Isa., XLIX.

qua ad dextram fceminam, ad Icevam mortem, addextram agnum, ad Icevam leonem; ut apes qua* mel faciunt, et acriter pungunt. Envidete, illusores, moqueurs,gausseurs, impudens, videte manus , etc. Videbunt in quern trans fixerunt, et plangent super se tribus. Apoc., I , etc. /

Fac, o bone Jesul ut pacem quam offers, acdpiamus, ; videamusque vulnera tua, ut quandoquidem manent fides, spes , charitas, fide radicati, spe gaudentes, et charitate ferventes, expectemus beatam spem et adventum tuum, ita ut in illo te agnum ad dextram , non leonem ad sinistram videamus, ac pro fide visionem, pro spe possessionem, et pro charitate imperfecta per fectam habeamus t in qua gaudebimus in scecula sceculomm. Amen*

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AUTRE SERMON

Pax vobis f ego sum, noliie timere. Luc, XXIV. ta paix soit avec vous, ne craigngs point, c est moy.

Les Apostres de nostre Seigneur , comme des enfans sans pere , et des soldats sans capitaine , s estant retires dans une maison tous craintifs , nostre Seigneur s apparut a eux pour les consoler en leur affliction, et leur dit : Pax vobis, Paix vous soit; comme s il eust voulu dire : Qu y a-t il , mes Apostres, que vous estes si craintifs et affliges? si c est le doute que vous aves que ce que je vous ay promis de ma resurrection n arrive pas : Pax vobis , demeures en paix, la paix soit faite en vous, car jesuisressuscite: voyes mes mains et mespieds, touches mes playes, ce suis-je bien moy-mesme; ne craignes done plus ; la paix soit en vous : Pax vobis , ego sum , nolite timere. Sur lesquelles parolles je traitteray de trois sortes de paix dont il fit present a ses Apostres.

La premiere est la paix du saint Evangile et de la sainte Eglise ; car 1 Evangile et la sainte Eglise ne sont que paix, que douceur et tranquillite ; hors de 1 Evangile, et de.l o- Leyssance a la sainte Eglise , ne se trouve que guerre , que trouble et inquietude, ainsi que nous dirons tantost.

La seconde sorte de paix est celle que les Peres ont distinguee en trois parties : la paix avec Dieu, la paix les uns avec les autres, et la paix avec noiis-niesmes.

La troisieme sorte de paix est celle que nous possederons

1 Fidellement recueilly par les Religieuses de la Visitation Sainte Marie d Annessy (Edit, de 1041 et do 1G43J

n la vie eternelle. Si j ay du terns, je traitteray de toutes ces diverses sortes de paix , mais du moins parleray-je des deux premieres.

Les Israelites ayant quitte Tobservance descommandemens de Dieu, et s estant despartis de sa loy , Dieu , justement indigne centre eux, les laissa enpunition de leurs peches tornher entre les mains des Madianites, leurs ennemis jures, et partant il leur osta sa paix, en laquelle il les avoit tousjours maintenus tandis qu ils luy avoient este fideles. Grande certes est la punition que Dieu tire de nous lors qu il nous laisse entre les mains de nos ennemis , et qu il nous retire son secours divin, et ne nous tient plus en sa tres-sainte pro tection ; car quand il nous laisse a 1 abandon , c est un tresgrand indice de nostre perte , parce qu indubitablement les Madianites, c est a dire nos ennemis spirituels, auront prise sur nouSp et nous demeurerons vaincus.

Les Madianites done ayant resolu de brusler les Israelites a petit feu, comme Ton dit, venoient troupes a troupes dans leurs villages an terns de la cueillette et de la moisson , et leur emportoient et ravissoient tous leurs bleds, de sorte qu ils ne leur laissoient rien pour vivre.

Or la bonte de Dieu, qui est incomparable envers les hommes , les ayant laisses ainsi en la puissance de leurs en nemis par Tespace de sept ans, se resolut enfin d avoir pitie d eux, et envoya un ange annoncer a Gedeon , qu il vouloit que ies Israelites fussent restablis en leur premiere paix et liberte , et que ce fust par son moyen ; si que 1 ange Fayant trouve dans un lieu ou il battoit du bled , il luy parla en cette sorte : tres fort entre les hommes , le Seigneur est avec toy : Dominus tecum, virorum fortissime ; puis il luy fit entendre que Dieu vouloit qu il quittast son occupation, et qu il prist les arnies contre les Madianites, et que sans faute il remporteroit la victoire, et terrasseroit ses ennemis : Vade in hac fortitudine tua, et liber abis Israel de manu Madian :

486 8ERMON

Va, luy dit-il, en ta force, et tu delivreras Israel de la puis sance de Madian, Parolles desquelles Gedeon demeura bien estonne : He ! ce dit-il a Fange, comment est-il possible que ce que vous dites soit vray? Vous dites que le Seigneur est avec moy ; si cela estoit , comment se pourroit-il faire que je fusse saisi et environne de taut d afflictions ? Le Seigneur est le Dieu de paix, et je ne suis qu en guerre et en trouble.

Grand cas de la tromperie et de Tabus des hommes , qui croyent que la ou est nostre Seigneur, Faffliction ny la peine n y peut estre , ains que la consolation y abonde tousjours. Or cela n est pas ; ains au contraire , lors que nous sommes dans Faffliction et dans les tribulations , nostre Seigneur se tient plus pres de nous , dautant qu alors nous avons plus besoin de sa protection et de son secours. Le Seigneur, dit FAnge , est avec toy, 6 bomme tres-fort , nonobstant que tu sois si afflige. Helas! dit Gedeon, comment oses-vous m appeller fort, veu que je suis si foible ?

Remarques, je vous prie, que c est le propre de 1 ennemy de nous faire sembler foibles , nous faysant croire que nous n avons nulle force, afin de nous decourager. Vous me dites, poursuit-il , que je prenne les armes , et que je demeureray victorieux ; he I ne scaves-vous pas que je suis le moindre de tous les hommes? C est tout un, dit FAnge; Dieu. vent que ce soit toy qui delivre les Israelites de 1 affliction en laquelle ilz sont. Bien, dit Gedeon, je croy bien ce que vous me dites ; mais alin d en estre plus certain, je voudrois bien qu il vous pleust me donner quelque signe par lequel je puisse connoistre que veritablement il arrivera ainsi que vous me dites : Si invent yratiam coram te, da mihi signum quod tu sis qui loqueris ad me. Lors Fange condescendant a son desir, luy dit : Va, prend un chevreau, et dresse un sa crifice, et Fayant prepare, presente-le au Seigneur. Ce que Gedeon fit promptement ; et ay ant tue et appreste le chevreau r pris de la f arine , et fait des tourtes cuites sous la cendre , il

revint et dressa le sacrifice, lequel estant prest, 1 Atige le toucha du bout d une baguette, summitate virgce. Ascendit ignis depetra, Et soudain le feu du ciel monta de la pierre, qui le consomma , puis PAnge disparut ; ce que voyant Gedeon : Ha ! dit-il, je suis mort, car j ay veu Fange du Seigneur face a face : Heu mihi! Domine Dem, quiavidi Angelum Domini facie adfaciem.

C estoit Fopinion du vulgaire , quoy que fausse , dautant que Fexperience Favoit desja faitvoir enplusieurs, qu un homme vivant ne pouvoit voir un Ange sans mourir. Or Gedeon s estant un peu rasseure, il reprit coeur et fit ce qui luy estoit commande par 1 Ange, lequel jusques alors il avoit tenu pour quelque prophete passager, et depuis il fit eslever un autel au lieu ou FAnge luy avoit parle, lequel il nommaZ)ominipax, la paix du Seigneur, parce que la paix luy avoit este annoncee de la part du Seigneur en ce lieu-la.

II n y a point de doute, mes cheres Ames, que la croix nous representemerveilleusementbien cet autel sur lequel fut fait ce sacrifice de la paix, etqui fut nomme Domini pax, la paix du Seigneur; ou que plustost le sacrifice de Gedeon et son autel ne fust la figure du sacrifice qu offrit nostre Seigneur et nostre Maistre sur Fautel de la croix, puis que ce sacrifice a este appelle le sacrifice d accoisement et de pacification , les homines ayant este pacifies avec Dieu, et receu la paix en eux-mesmes, par le moyen de la grace que nostre Seigneur leur a acquise par sa mort et passion , en laquelle mort et passion il fut pour nous fait peche, ainsi que dit S. Paul, c est a dire qu il fut fait , luy qui estoit impeccable , comme pecheur devant la face de Dieu son Pere, ayant par une bonte non ouye , pris tous nos pech4s sur luy , afin de satisfaire pour nous a la justice divine : en quoy il fut offert comme un chevreau rosti.

En Fancienne loy il n estoit pas si expressement commande qu on celebrast la Pasque en mangeant un aigneau , qu on

ne pust prendre un chevreau au lieu d un aigneau ; si que les uns se servirent de Tun , et les autres de Fautre. Mais en cette Pasque ou en ce sacrifice que celebra nostre Seigneur au jour de sa Passion, il s offrit luy-mesme en sacrifice, non seulement comme un aigneau innocent, tout doux, tout benin , tout gracieux et plein de purete , ains aussi comme un chevreau qui represente le pecheur, parce qu alors il fut fait peche pour nous.

Le sacrifice de Gedeon estant dresse, FAnge le toucha d une baguette , par le moyen de laquelle le feu monta de la pierre, ou plustost desceudit du ciel et le consomma : de mesme, le sacrifice de la croix estant dresse, le Pere eternel, et non un Ange, le toucha de la baguette de son amour infiny, et soudain le feu de sa tres-sairite charite survint qui con somma le sacrifice. Et tout ainsi que par ce signe Gedeon demeura confirme en Fesperance de Fevenement de la paix , selon que Fange luy avoit dit , et de la victoire qu il devoit remporter sur les Madianites; de mesme le sacrifice de la croix estant consomme , et nostre Seigneur ayant dit : Mon Pere, je recommande mon esprit entre vos mains : Pater, in manus tuas commendo spiritum meum; Tout est consomme, Comummatum est ; soudain les hommes furent confirmes en Fesperance que les prophetes leur avoient par tant de siecles donnee , que la paix seroit un jour faite en eux , et que Fire de Dieu estant appaisee par le moyen de ce sacrifice, qui est un sacrifice de pacification, ils seroient rendus victorieux et triomphans de tous leurs ennemis.

Et c est ce quo vouloit dire nostre Seigneur a ses Apostres, quand il leur dit : Pax vobis, la paix soit avec vous ; Voyez mes pieds et mes mains , c est moy, Videte manus meas, et pedes, quia ego ipse sum, leur monstrant un signe certain que la paix leur estoit donnee par le moyen de ses playes , comme s il eust voulu dire : Qu aves-vous , mes Apostres ? Je voy bien que vous estes J^us craiatifs et paoureux mais

POUR LE ITT* JOUR TVE PASQTJES. 489

desormais vous n en aves plus aucun sujet ; car je vous ay acquis la paix que je vous donne ; non seulement mon Pere me la doit comme a son Fils bien-ayme , ains il me la doit encore , parce que je Fay acquise au prix de mon sang et de es playes que je vous monstre. Ne soyes done plus desormais coiiards et paoureux ; car la guerre est fmie; vous aves eu quelque rayson de crai-ndre ces jours passes , quand vous m aves veu fotiette , ou du moins vous Paves otiy dire , dautant que tous m ont abandonne , excepte Fun d entre vous qui m a este fidelle : vous aves done sceu que j ay esle battu, couronne d espines, navre depuis la teste jusques aux pieds, attache a la croix , et souffert toutes sortes d opprobres , de derisions et d ignominies ; et qu enfin tous mes ennemis s estant bandes contre moy, m ont fait endurer toutes sortes de tourments. Mais a cette heure ne craignes plus , la paix soit en vos cceurs ; car je suis demeure victorieux , j ay terrasse vos ennemis , j ay vaincu le diable , le monde et la chair. N ayes done plus de peur; car j ay fait la paix entre mon Pere celeste et les hommes , et c a este par ce sacrifice que je luy ay offert sur Farbre de la croix, que je vous ay reconcilies avec luy. Jusques a celte heure je vous ay en diverses fois donne la paix ; mais maintenant je vous monstre comme je vous Fay acquise au prix de mon sang. Je suis pauvre de biens temporels ; car je n ay rien possede , et vous n ignores pas que ma grandeur ne consiste point en la possession des biens de la terre, dautant que je n en ay point eu tout le terns de ma vie , vous le scaves ; mais pour toute richesse j ay la paix, laquelle est le legs que je vous Us en me depar tant de vous , et lequel je vous reconfirme encore , dau tant que tout ce que je donne a mes plus chers, c est la paix ; c est pourquoy, Pax vobis, paix vous soit et a tous ceux quf croiront en moy.

Alles, leur avoit-il dit auparavant, et annonces aux hommes les choses que je vous ay apprises; et entrant es mai-

sons, dites : La paix soit ceans , Pax huic domui : comme s il eust voulu dire : Annonces d abord , en entrant es maisons, que vous n y alles point pour y mettre la guerre , ains pour y annoncer la paix de ma part , et quiconque vous recevra demeurera en paix ; ou au contraire quiconque vous rejettera aura indubitablement la guerre, ainsi que je diray bientost* Vous voyes done comme le saint Evangile et comme la sainteEglise n est que paix. L Evangile a este commence par la paix , et par apres il ne presche que la paix. Yoyons-nous pas qu en FEvangile qui se dit en la Nativite de nostre Sei gneur, les Anges out chante : Gloire a Dieu es lieux treshauts , et paix en terre aux homines de bonne volonte ; Glo ria in altissimis Deo, et in terra pax hominibus bonce voluntatis? Je vous laisse ma paix , dit nostre Seigneur a ses Apostres avant sa passion , et en leur personne a tous les enfans de son Eglise; je vous donne ma paix; mais je ne vous la donne point comme le monde la donne , ains comme mon Pere Fa donnee : Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis; non quomodo mundus dat, ego do vobis : comme s il eust voulu dire : Le rnonde ne donne point ce qu il n a pas, quoy qu il promette : car c est un trompeur ; il amadoue les homines , leur promettant beaucoup , et puis enfin il ne leur donne rien ; se mocquant d eux apres qu il les a ainsi trompes. Mais moy, je ne vous promets pas seulement la paix, ains je la vous donne, et non pas une paix telle quelle* mais telle que je Fay receue de mon Pere, par laquelle vous surmonteres vos ennemis et en demeureres victorieux. II vous feront vrayement bien la guerre; mais nonobstant leurs assauts vous conserveres la tranquillite et le repos en vous-mesmes. En somme le saint Evangile ne traite presque partout que de la paix, et comme il commence par la paix , de mesme il finit par la paix , pour nous enseigner que c est Fheritage que le Seigneur Dieu nostre Maistre a laisse a ses enfans, qui sont en la subjection de

la sainte Eglise nostre mere , et son espouse tres-chere.

Mais comme cette paix est un peu bien generale , il nous faut traitter de la seconde, qui est celle qui nous pacific avec Dieu , le prochain et nous-mesmes.

Quant au premier poinct , nous avons desja dit , que c est par le moyen de la mort et passion de nostre Seigneur que nous avons este reconcilies avec Dieu le Pere. Mais comme depuis nous nous sommes rendus tant de fois rebelles et desobeyssans a ses divins commandemens , ayant perdu cette paix que nostre Seigneur nous avoit acquise, autant de fois que nous sommes tombes en peche, nous avions besoin d un nouveau moyen de reconciliation. Or c est a cette fin que nostre cher Maistre a estably le tres- saint et tres-auguste Sacrement de 1 autel , afin que comme nostre paix avoit este faite avec son Pere celeste par le sacrifice qu il luy offrit de luy-mesme sur la croix , il fust semblablement appaise par ce divin sacrifice de 1 Eucharistie , autant de fois qu il nous arriveroit d irritersa divine justice : moyen que nul homme Be peut avoir sinon les enfans de 1 Eglise , pour se reconcifier avec Dieu, a faute duquel ils demeurent tousjours enfans d ire et de perdition. Nostre Seigneur disoit done bien justement a ses Apostres : Pacem meam do vobis, Je vous donne ma paix , puis qu il se donnoit luy-mesme , qui est nostre vraye paix; Ipse enim est pax nostra, dit 1 Apostre.

La paix n appartient qu aux enfans de 1 Eglise, il est vray ; car tous les autres n ont point les moyens efficaces de recon ciliation que nostre doux Sauveur nous a donnes pour nous remettre en la grace de Dieu son Pere et en la sienne , au tant de fois qu il nous arriveroit de la perdre, bien que veritablement nous la perdions par nostre faute , la guerre n estant entre les Chrestiens, sinon en tant qu ils ne sont pas en grace; car estant en grace, le diable, le m0nde et la chair n ont nul pouvoir sur eux. He ! ne le voyes-vous pas, puisque nostre Seigneur a jure a ses Apostres qu il vient

492 SERMOW

en paix , ayant terrasse par le moyen de ses playcs et de ses tourmens tous leurs ennemis, et abattu toutes leurs forces.

Imagines-vous un prince qui revient de la guerre , en laquelle il a battu a dos et a ventre ses ennemis et les a fait passer par le fil de Tespee , n en ayant laisse aucun en vie , sinon quelques fugitifs ausquelz il a par compassion donne la vie ; et considered comme apres cette victoire il s en re vient tout triomphant dans laprincipale ville de son royaume, tout charge neanmoins de playes; et rencontrant ses sujets , leur dit : Courage, mes amis; voila les playes avec lesquelles je vous ay acquis la paix ; demeures en repos , ne craignes plus rien, j ay terrasse vos ennemis. J ay bien de vray donne la vie a quelques goujats , lesquelz vous pourront donner quelque importunite ; mais ne craignes rien , car ilz n auront nul pouvoir sur vous , et ne vous pourront nuire , bien qu ilz vous ennuyent. Ainsi nostre Seigneur et nostre Maistre , qui est appelle par Isaye Prince de paix , Princeps pads *, revenant de la guerre en laquelle il avoit receu veritablement quantite de playes, mais playes non point dignes de mespris, ains dignes d un honneur incomparable, et desquellesil fait trophee, et en merite une eternelle lotiange, s adresse premierement a ses Apostres , comme a son peuple bien-ayme, et les leur monstre. Touches, leur dira-t il dimanche , je veux dire , a saint Thomas : Infer digitum tuum hue, et vide manus meas , et affer manum tuam , et mitte in latus meum, et noli esse incredulus , sed fidelis; Voyes les playes de mes pieds et de mes mains ; mettes , si bon vous semble, toute vostre main dans mon coste, et voyes que je suis bien moy-rnesme; ce qu ayant fait, ne soyes plus incredule, ains fidele, et scaches que je les ay receues en terrassant vos ennemis , lesquels j ay desconfits -et extcrmines. II en est bien reste encore quelques-uns en

1 Isa ie, IX.

vie; mais ne craignes point, car ils n auront nul pouvoir sur vous : au contraire , vous aures pleine authorite sur eux ; et par tant, demeures en paix.

Venous au second poinct, et parlons maintenant de la paix que nous devons avoir les uns avec les autres , dautant que le defaut de cette paix est la source d ou precedent tous les malheurs, afflictions et miseres qu on void en ce monde parmi les hommes : Et d ou penses- vous , je vous prie , que provienne tant de pauvrete que plusieurs souffrent, sinoa des malheureuses pretentious que quelques-uns ont d accroistre leurs biens et leurs richesses , quoy que ce soit aux despens du prochain? Qu est-ce qui ruine la paix , sinon les proces et les ambitions que les uns ont sur les autres , et les Jesirs des honneurs, dignites et preeminences ? Si la paix ostoit entre les hommes , Ton n y verroit point tous ces mal- Leurs. Bref, rien ne fait tant la guerre a l homme que riiomme mesme. II n y a rien qui ne puisse estre dompte et gouverne par Fhomme , que le seul homme ; car si Men le pouvoir absolu que Dieu avoit donne a Adam au paradis terrestre sur tous les animaux a receu quelque dechet par le peche, si est-ce pourtant que 1 homnie peut dompler les bestes les plus farouehes par Fentremise de la rayson que Dieu luy a donnee, ainsi que Fexpevience nous fait voir tous les jours ; et si les hommes vivoient en paix les uns avec les autres , rien ne pourroit troubler leur tranquillite. Que craindroient-ils, je vous prie? de quoy auroient-ils peur des Ivons? nullement: car ils auroient suffisamment de Fin-

dustrie en eux-mesmes pour eviter leurs rages, et celles de tous les autres animaux, pour cruels qu ils puissent estre. C est pourquoy nostre Seigneur scachant bien la graude necessite que les hommes avoient de cette paix, n a rien tant presche , et ne nous a rien tant recommande que de nous uymer les uns les autres ; et nous voyons qu il n inculque rien tarit en FEvangile que le commandement de Famour du

prochain : et pour nous monstrer combien il ayme Funion , il visite ses Apostres, mais c est quand ils sont tous en semble , et qu ils sont tous en paix les uns avec les autres , vivarit en une sainte Concorde et union. Et si bien il s apparut aux deux disciples qui alloient en Emails, et qui estoient sortis de la ville de Hierusalem, qui represente la paix, estant appellee maison de paix , ou vision de paix , nous ne devons pourtant pas croire que ce qu il a fait pour ces deux dis ciples, il le veuille faire pour plusieurs autres ; car ne voyesvous pas que S. Thomas ne receut point cette grace qu il ne fust retourne en Fassemblee des Apostres ? De mesme , si nous ne vivons en paix et en union les uns avec les autres , nous ne devons pas attendre de recevoir la grace de voir nostre Seigneur ressuscite.

La troisieme paix que nous devons avoir est avec nousmesmes et en nous-mesmes. Et pour mieux entendre cecy, il faut que nous scachions ce que dit le grand Apostre , que nous avons deux parties en nous lesquelles se font une guerre perpetuelle , a scavoir Fesprit et la chair * ; car la chair convoite contre Fesprit, et Fesprit asesloixtout a f ait contraires a celles de la chair : Caro concupiscit adversus spiritwn , spiritus autem adversus carnem : hcec enlm sibi invicem adversantur, ut non qucecumque vultis, ilia faciatis : Et une chacune de ces parties a ses adherans , c est a dire des inclinations contraires Tune a Fautre, ainsi que Fexperience nous Fapprend tous les jours, et que le mesme Apostre 1 a experiment^ : Video autem aliam legem in membris meis repugnantem legi mentis mece 2 . La chair a la partie concupiscible et certaines facultes et sens communs de 1 ame , lesquels guerroyent en sa faveur contre Fesprit ; Fesprit n ayant pour toutes ses forces que trois soldats qui combattent pour luy, et lesquelz encores font a tous propos des faux-bonds et des cheutes en la fidelite qu ilz doivent a Icur capitaine ,

1 Gal., V. 2 Rom., VII.

se rangeant du coste de la chair, afin de combattre pour elle centre Fesprit , qui est leur maistre. Or si ces soldats estoient fidelles, Fesprit n auroit nulle crainte, ains il se mocqueroit de tous ses ennemis , ainsi que font ceux qui se trouvent au donjon d une forteresse qui est imprenable, ayant des muni tions suffisantes pour vivre, bien que les ennemis soient jusques aux fauxbourgs , ou mesme que la ville fust prise.

Que nous represente ce donjon? Rien autre, certes, que la partie superieure de nostre ame ; et pourveu qu elle soit accompagnee de ses trois soldats, qui sont Fentendement, la memoire et la volonte , elle ne craint rien ; car Fesprit aura tousjours le dessus, quoy que lediable, le monde et la chair ayent bande toutes leurs forces contre luy : tout ceia ne sera nuliement capable de le troubler ny espouvanter. Ilz brotiilleront bien quelque chose , se servant des sens et facultes inferieures de Fame ; mais pourtant ilz ne scauroient luy nuire en la vertu de la paix que nostre Seigneur nous a acquise ; et si Fesprit demeure fermement attache aux verites de la foy , et qu il soit de bonne intelligence avec ses trois soldats, il se mocquera de tous ses ennemis, et endemeurera vainqueur.

Les plus puissantes armes que les Chrestiens puissent avoir pour resister a leurs ennemis , c est la paix de Fesprit ; et s ilz taschent de conserver cette paix, indubitablement ilz demeureront victorieux dans les combats ; mais si la paix leur manque , et que cette intelligence entre Fesprit , Fentendement, la memoire et la volonte, vienne a deffaillir, tout est perdu , Fhomme perira.

Lors que Fentendement se tient ferme en la croyance des verites que nostre Seigneur nous a apprises , et que la foy nous enseigne , il a une force incomparable au dessus de la chair : mais quand il vient a escouter les raysons et les ha rangues qu elle luy represente pour le destourner de F atten tion des verites de la foy, incontinent tout est perdu : Fox-

perience nous le fait voir tous les jours en la pluspart des homines.

Nul ne peut douter que nostre Seigneur n ayt dit, que les pauvres d esprit et ceux qui souffrent persecution sont bienheureux ; et Fentendement, au lieu de demeurer fermement attentif acette verite, va recevoir les suggestions de la chair, laquelle luy represente qu il faut avoir des biens et beaucoup, afin de luy donner toutes ses ayses et commodites , et voila quant et quant la guerre. La chair dicte miserablement a Fontendement , que ceux qui sont pauvres ne sont pas estimes; il escoute cette proposition, et le voila perdu. En somme , tout ce que la chair desire est tout a fait contraire a Fesprit, lequel estant esclaire de la lumiere celeste, ne se peut empescher de voir que toutes ces raysons sensuelles et impertinentes sont tout a fait con traires a la rayson; de sorte que n osant les approuver, il souffre une guerre tres-grande, voyant Fun de ses soldats presque gaigne, et lequel veut quitter son party : ce qu il ne fait que trop souvent.

Or si nous disons que nous avons la foy , nous la devons monstrer par les oeuvres : et si nous voulons avoir la paixde 1 esprit parmi la guerre de la chair , il faut tenir Fentendement fermement attache aux verites que nostre Seigneur nous a apprises et enseignees, et le priver de recevoir toutes les raysons de Famour propre, ne donnant jamais la liberte a nostre esprit d escouter les malheureuses suggestions qu il nous propose ; car c est de la d ou a procede la perte des anges et des hommes.

Les anges apostats, pour avoir escoute cette fausse opinion qu ils devoient estre comme Dieu, se perdirent eri leurs pensees; mais S. Michel ayant entrepris de resistor a leur temerite : Miserables , leur dit-il , Quis ut tu Deus? qui est comme Dieu ? Et au son de cette parolle , ils furent tous presipites dans le profond des enters, et mallieureux pour iamais. Mais soudain que le diable vit que son orgueil et son

POUR LE III e JOUR BE PASQUES. 497

ambition outrecuidee 1 avoit perdu, il le fut presenter a nostre pauvre mere Eve, lay disant qu elle ne mourroit point , bien que Dieu 1 eust dit , ains qu elle luy seroit semblable en mangeant du fruit deffendu : Nequaquam morte moriemini : scit enim Deus, quod in quocumque die comederitis ex eo , aperientur oculi vestri , et eritis sicut dii, scientes bonum et malum *. Et au lieu de se tenir ferme en la parolle que Dieu luy avoit dite , elle escouta ce malheureux esprit, et consentit a cette perverse et detestable propo sition , qui fut cause qu elle se perdit et son mary avec elle. II luy eust bien mieux vain , et a nous aussi , qu elle eust respondu a 1 ennemy : Miserable ! laisse-nous demeurer en la bassesse et humilite en laquelle nous avons este crees , et en la sousmission et obeyssance que nous devons a Dieu, plustost que de-nous proposer un eslevement, duquel tu as este precipite.

que le pauvre Adam eust este heureux de demeurer seul sans estre marie, dautant qu il n eust pasencouru 1 indignation de Dieu en contrevenant a son commandement !

Nos entendemens sont ordinairement si pleins de raysons, d opinions et de considerations que 1 amour propre nous suggere, que cela cause une grande guerre en Fame ; car au lieu de nous arrester et attacher en toutes choses aux parolles de nostre Seigneur , nous nous servons des raysons que la prudence humaine nous fournit, disant qu il faut bien estre discret et moderer un peu les choses, afin que tout aille bien, et cependant c est tout au contraire : car c est afin que tout aille mal , et certes pour Fordinaire Ton ne sait de quel biais prendre ces personnes qui se servent de cette fausse prudence, parce que faute de simplifier leur entendement, ils rie veulent pas recevoir les avis qu on leur donne , apportant cent raysons contraires pour soustenir leur opinion , quoy que mauvaise , de maniere aue lors qu ils s y sont une fois attaches,

* Gen., 111.

iv. 32

on ne scait plus que faire avec eux. Estate prudentes * soyes prudens , dit nostre Seigneur en 1 Evangile , servesvous de la prudence , car elle est bonne ; mais serves-vous en rarement et seulement pour la gloire de Dieu, et en sorte que vous la rendies sousmise a la simplicite.

Nostre Seigneur done , voyant ses Apostres entortilles en diverses considerations et doutes de raccomplissement de sa promesse , n ayant pas la patience que le jour fust venu , se monstre a eux, et leur donne sa paix : Pax vobis, leur dit-il ; que vos entendemens soient pacifies par le rejet de tant de considerations qui vous causent de la deffiance^ ; voyes mes playes , et ne soyes pas mescroyans. que la i foiblesse de 1 esprit humain est grande ! Nostre Seigneur a dit : Tout ce que vous demanderes au Pere en mon nom , il vous sera donne ; Si quid petieritis Patrem in nomine meo, dabit vobis 2 : mais pource qu il ne nous donne pas tou jours ce que nous demandons , ou que nous ne le recevons pas sitost que nous voudrions , incontinent nous sommes chancelans en la foy de cette promesse. J ay desja tant demande a Dieu une telle vertu (dira quelqu un) , et cependant je ne Fay pas encore. ! patience, le jour n est pas passe, vous n estes qu au matin, etvous doutes? attendes au soir de cette vie mortelle ; car indubitablement , si vous perseveres a la demander, vous Tobtiendres.

Les Apostres done n estant pas encore confirmes en la foy,

et ne voyant pas nostre Seigneur ressuscite si promptement

rju ils desiroient, en entrerent en perplexite, et commen-

erent a douter, disant en eux-mesmes : que nous eussions

este heureux si nous eussions eu un maistre qui eust este,: immortel ! et plusieurs autres raysons qu ils pensoient, par| lesquelles ils monstroient bien qu ils estoient en doute de Teffet de la promesse de nostre Seigneur ; et partant il leur dit pour les accoiser : Pax vobis, La paix soit avec vous, S. MaUh., X. S. Jean, X.

(Test asses dit sur ce sujet : car vous voyes bien maintenant que ce qui cause la guerre en nos ames et qui en chasse la paix , ne provient d autre chose sinon que nous manquons de foy et d asseurance es parolles de nostre Seigneur, et que nous escoutons les raysons de la prudence humaine.

Le second soldat de nostre esprit est la memoire , la fidelite duquel venant a faillir, le trouble se fait grand en Fame ; dautant que la memoire est le siege de 1 esperance et de la ,crainte. Or je scay bien que Fesperance est en la volonte; mais pour m expliquer , je veux dire ainsi maintenant , et nous devons doncques scavoir que la pluspart des troubles que nous avons, viennent dequoy Fimagination des sens et de la chair represente frequemment des ressouvenirs mondains et terrestres a 1 imagination de Fesprit, lesquels estant receus par la memoire, elle commence d entrer en deffiance ; et au lieu de s occuper a se ressouvenir des promesses de nostre Seigneur en faysant des actes d esperance > et demeurant ferme en cette confiance que nous devons avoir en Dieu, que tout perira plustost que ses promesses viennent jamais a manquer, il arrive que nous nous laissons aller a des vaines craintes de n avoir pas asses de cecy ou de cela, et partant les inquietudes arrivent ; la chair employe toutes ses forces contre Fesprit , attirant de son coste Fentendement et la me moire pou* " L^itre pour elle ; et puis c est grand pitie du degasi que ce manquement de paix fait en Fame.

Au lieu que, si la memoire deineuroit ferme aux promesses de Dieu, sans varier, s asseurant sur la verite de ses parolles, se confiant en sa bonte, qui est si grande, que non seulement il se rend fidele aux ames qui se confierit en luy, ains encore il en prend un soin tendre et amoureux : 6 qu heureuses seroient celles qui auroient ainsi loge en Dieu toutes leurs esperances ! 6 que nous serions heureux, mes cheres ames , si nous occupions bien nostre memoire a nous ressouvenir des promesses que nous avons faites au baptesme, par lesquelles nous avons

500 SEKMON

renonce an diable. au monde et a la chair; promesses que les Religieux et Religieuses reconfirment par le moyen de leurs vceux, par lesquels ils s obligent non seulernent de garder les commandemens de Dieu, ains encore de suivre ses conseils , afin de se rendre tousjours plus aggreables a ses yeux! 6 que nous serions heureux, si nous nous ressouvenions bien de ces sairites promesses, et que nous fussions fldelles a les garder ! car sans doute nostre Seigneur viendroit a nous, et nous diroit, Pax vobis , Paix vous soit, comme il fit a ses Apostres.

Le troisieme soldat de nostre esprit, et le plus fort de tous , est la volonte ; dautant que mil ne peut surmonter la liberte de la volonte de Fhomme. Dieu mesme qui Fa ereee ne veut en facon quelconque la forcer ny violenter : et neanmoins elle est si iasche , que bien souvent elle se laisse gaigner aux persuasions de la chair , se rendant a ses suggestions, bien qu elle scache qu elle est le plus grand ennemy que 1 homme aye , et qu elle ressemble a cette felonne Dalila qui trompa meschamment ce pauvre Samson duquel elle estoit si cherement aymee *. La chair a des ruses nompareilles pour vaincre 1 esprit, et Fatlirer a ses brutalles inclinations. Mais nostre volonte a encore un autre eanen Y qui luy cause beaucoup de peines, et luy fait souvent quitter 1 esprit, qui est comme son tres-cher espoux : cet ennemy n est autre que la multitude des desirs que nous avons de cecy et de cela; car nostre volonte est d ordinaire si pleine de pretentious et de desseins , que bien souvent elle ne fait lien que s amuser a les regarder Tun apres I autre, au lieu de s occuper a en faire reiissir qtielques-uns des plus prolitables.

Combien aves-vcfus de desirs en vostre volonte? dira-on a quelqu un. Je n en ay que deux. C est trop ; car il n en faut avoir qu un ; nostre Seigneur nous Ta luy-mesme enseigne :

* XVI des Juges.

POUR LE III" JOUR DE PAbQUES* 501

Porro unum est necessarium ; Maria optimam partem ele~ git * : Une seule chose est necessaire , dit-il ; Marie a choisi la meilleure part , c est a dire qu elle a choisi cet Un neces saire tout seul. Mais quel est-il, cet un necessaire? c est ! Dieu, mes cheres Seurs, qu il faut choisir. et rienautre;!

certes , qui ne se contente pas de Dieu , qui est tout, merite \de n avoir rien.

Mais , me dires-vous , ne faut-il pas aymer le prochain , ny les exercices spirituels? puis que vous dites qu il ne faut aymer que Dieu, et ne vouloir que luy seul, pourquoy done tant de livres, de predications, et choses semblables?

Un exemple vous fera entendre cecy : vous regardes cette muraille qui est blanche , et je vous demande qu est-ce que vous voyes? Je voids, dires-vous, cette muraille. Mais ne voyes-vous point 1 air qui est entre vous et elle ? Non , parce que je ne regarde que la muraille, et Men que ma veue traverse et passe parmi Fair qui est d icy la , neanmoins je ne le voids pas , dautant que je n y arreste pas ma veue. De mesme pourries-vous dire : En aymant Dieu je rencontre plusieurs autres choses , comme les livres , les predications , 1 orayson , le prochain , que j ayme vrayement bien ; mais mon dessein principal estant de n aymer que Dieu, fait que j ayme toutes ces choses et que je m en sers; mais ce n est qu en passant, pour m exciter davantage a 1 aymer plus par- Faitement : car tel en est mon vouloir.

En fin finale, si nous voulons avoir la paix en nousmesmes, il ne faut avoir qu une seule volonte, et qu un seul desir, imitant le grand saint Paul , qui ne vouloit scavoir ny prescher qu une seule chose , a scavoir, nostre Sei gneur Jesus-Christ, et iceluy crucifie : Non enim judicavi me scire aliquid inter vos nisi Jesum Christum, et hunc crucifixum : c estoit toute sa doctrine , en cela consistoit toute sa science ; c estoit en cette mort precieuse de uostre divin

S. Luc, X.

Sauveur, qu il occupoit toute sa memoire; c estoit en ce seul amour du crucifix qu il avoit arreste tous ses desirs et toutes ses volontes. Ainsi puissions-nous faire , mes cheres Ames ; car nous possederons comme luy la vraye paix , si nous ramassons bien toutes nos puissances et facultes interieures , afin de les occuper toutes en Famour de nostre doux Sau veur, lequel sans doute ne manquera pas de nous visiter, afin de nous donner cette paix qu il donna aujourd huy a ses Apostres bien-aymes. Ah ! mon Dieu , que cette paix est differente de celle que le monde donne a ses favoris ! les mondains se vantent quelquesfois qu ils possedent la paix ; mais pour Fordinaire c est une paix fausse , et laquelle est enfin suivie d une tres-grande guerre.

Imagines-vous , je vous prie, de voir deux barques ou navires qui voguent sur la mer, dont Tune soit celle de nostre Seigneur et nostre Mais Ire avec ses Apostres , en la quelle il dort doucement; et voyes que pendant son sommeil les vents s eslevent , la tourmente devient si grande , et les vagues si impetueuses , quVJes semblent devoir a tout mo ment faire perir le navire : et considered comme les Apos tres, esmeus du present danger, courent de proiie en poupe, >et de poupe en protie : enfin, voyant qu ils ne peuvent resister a cct orage, ils reveilleht nostre Seigneur, luy disant : Domine, salvanos, perimus 1 , Maistre, nous perissons, si vous ne nous secoures. pauvres gens ! de quoy vous trou bles- vous? ri aves-vous pas avec vous celuy qui pacific toutes choses? Quid timidi estis, modicce fidci? que craignes-vous, gens de polite foy? leur dit nostre Seigneur; n ayes point de peur. Tune sur gens imperavit venlis, et mari, et facta est tranquillitas magna : et incontinent se levant il commanda aux vents et a la mer de s accoiser, et le calme se fit soudainement a la parolle de nostre divin Maistre ; ppres quoy il persevera en la paix avec laquelle il dormoit, qui

S. Matth.,VIU.

estoit nne paix procedante de la purete et camieur de son ame : en quoy il fut apres suivy de son grand Apostre saint Pierre, lequel dormoit fort tranquillement, quand FAnge le vint tirer de la prison, la nuict mesme devant le jour auquel on le devoit faire mourir : car c est chose certaine que les vrais amis de Dieu sont tons] ours tranquilles , et conservent tousjours la paix que nostre Seigneur leur a acquise par sa mort , dans ]es tribulations et afflictions , pour grandos qu elles puissent estre.

L autre barque de laquelle je veux parler, et qui repre sents naivement bien la paix des enfans du monde , est celle dans laquelle Jonas estoit ; car les vents s estant esleves exciterent en la mer une si grande tourmente , que les mathelots ne scachant plus que faire pour eviter le peril imminent de la mort, auquel ils se voyoient presque reduits, le patron s en va au fond du navire, ad interior a navis, ou trouvant le pauvre Jonas qui dormoit , qui dormiebat sopore gravi, non d un sommeil de paix, airis d un sommeil de destresse, luy dit : Quoy, miserable, tu dors en 1 extreme affliction ou nous sommes; leve-toy, et invoque ton Dieu, Et accessit ad eum gubernator, et dixit ei : Quid tu sopore deprimeris ? surge, et invoca Deum tuum. Lors quelques-uns de eeux qui estoient dans le navire s estant enquis de Jonas d ou il estoit, et ou il alloit : Helas ! dit-il, je suis un pauvre homme hebrieu, qui fuy de devant la face de Dieu justement indigne et irrite contre moy; ce qu ayant entendu, ils le jetterent dans la mer.

que cet exemple nous represents merveilleusement bien les hommes pecbeurs , lesquelz pensant fuyr 1 ire de Dieu , se vantent de dormir un doux repos, comme s ils possedoient la paix : mais enfm ils se trouvent bien trompesa leur re veil, Vest a dire , a Fheure de la mort , ou ils sont environnes de mille troubles qui sont prets de les precipiter dans la mer r^lestourmens eternels, s ils nese repentent, etne se retoument

504 SERMOS

du coste de la divine bonte , pour implorer sa misericorde sur eux, afin qu ils puissent par le moyen de leur contritioa recouvrer la grace laquelle ils ont perdue dans leur fausse paix, qui doit plustost estre appellee trouble que tranquillite, puisqu elle se termine enfin en une inquietude insupportable.

Vous voyes doncques bien maintenant que la vraye paix ne se trouve que parmi les enfans de Dieu et de FEglise , lesquels vivent selon sa volonte et en F observance de ses commandemens : mais que beaucoup plus grande est celle que possedent ceux qui ne vivent pas seulement en Fobservance des commandemens , ains encore des conseils evangeliques; dautant qu en la parfaite mortification de soy-mesme se trouve la vraye paix. C est pourquoy les enfans de la paix font une continuelle guerre a leur chair ; resistant si fidellement a toutes ses attaques, pour violentes qu elles soient, qu elle n a nul pouvoir de troubler leur repos, non plus que le diable et le monde , ainsi que nous avoris dit. Neanmoins il faut qu un cliacun de nous scache qu il ne doit pas demeurer en une paix accompagnee de faineantise, car il faut tousjours combattre. Nous pouvons bien affoiblir cet ennemy ; mais pourtant nous ne le pouvons pas abattreny precipiter tout a fait, parce que c est Tun de ces goujats que Dieu a laisses en vie pour nous exercer , bien qu il ne nous puisse nuire , si nous ne le voulons.

La chair fait sa demeure dans nostre sein , cela veut dire que nous la portons avec nous ; c est pourquoy elle inquiete quelquesfois nos cceurs, dautant qu elle a des ruses estranges pour dresser des embusches a 1 esprit : mais toutesfois si nous nous tenons fermes dans nostre donjon , accompagnes des trois soldats que nous avons dit , nous serons tousjours les plus forts , et possederons la vraye paix , laquelle nous rendra tousjours contens dans les persecutions, parmi les injures, mespris, afflictions et contradictions, et eufia en tout o qui nous arrivera contraire a la nature.

Et puis qu il vient a mon propos, je vous rapporteray sur ce sujet une histoire que je lisois , il y a quelque terns, dans la vie des Peres du desert , d un jeune homme, lequel estant touche de 1 esprit de Dieu, eut desir d entrer en religion; et pour accomplir son dessein, il s en alia trouver im bon pere qui estoit dans Tun des monasteres de la TheLayde , auquel il raconta son dessein , le suppliant avec beaucoup d humilite , enluy faysant une harangue digne de sa ferveur, de le vouloir recevoir pour son disciple : Mon Pere , luy dit-il , je viens a vous, afin qu il vous plaise m enseigner comment je pourray faire pour estre bientost parfait. Car absolument il le vouloit estre , et encore que ce fust bien tost, le bon Pere i entendant ainsi parler, lotia fort son dessein, et luy respondit : Mon 51s, quant a vous enseigner la voye de vous perfectionner, je le feray de bon coeur ; mais que vous soyes si tost parfait que vous le desires, je ne le vous puis pas promettre , dautant qu en cette maison , pas plus qu ailleurs , nous n avons point de la perfection toute faite , ains il faut que chacun fasse la sienne. Ge pauvre jeune homme , qui peiisoit que la perfection luy seroit donnee comme Ton donne 1 habit de Religion, fut bien estonne ; car ce bon Pere, poursuivant son propos, luy dit : Mon fils, la perfection ne s acquiert pas , comme vous penses , tout d un coup : Ton ; n y scauroit parvenir si promptement ; il faut passer tous les degres, commencant par le plus has, pour monter jusques au plus haut : ne voyes-vous pas qu en 1 eschelle de Jacob il y avoit des eschellons lesquels il falloit monter Fun apres i autre pour parvenir jusques au haut et sommet d icelle, auquel on rencontroit la poi trine du Pere celeste ; mais scaches toutesfois qu il falloit , pour aller succer ces divines mammelles , monter tous les degres de cette eschelle , ce qui nous represente que la perfection ne se trouve pas toute faite, ains qu il la faut acquerir avec beaucoup de travail, et partant si vous la voules avoir, je vous enseigneray

comment elle s acquiert, pourveu , mon fils, que vous ayed bon courage , et que vous f assies fidellement ce que je vous diray.

Ce jeune homme , qui avoit un grand desir de se perfeo tionner , luy promit qu il feroit tout ce qu il luy diroit ; lors le bon Pere luy dit : Mon fils , il faut que trois ans durant , outre la generale prattique de toutes les vertus , vous entreprenies encore de soulager tous les freres du monastere, de sorte que si vous rencontres le cuisinier qui va puiser de Teau , ou qui va querir ou fendre du bois, vous y allies pour, luy; puis en rencontrant d autres charges, vous prenies leufi charge et les soulagies en la portant pour eux ; bref , qu, vous vous rendies le valet de tous en les servant general^ meat en toutes choses , sans vous espargner en rien. Auresvouo bien le courage de faire cela? Ce bon novice ay ant entendu cette proposition , s y sousnrt humblement , luy demandant si au bout de ces trois ans il seroit parfait. De cela , dit le Pere, je ne le puis pas scavoir ; faites bien seulement cette pratique, et puis nous verrons ce qui en sera. Or les trois ans estant expires, il s en revint trouver son maistre pour scavoir s il estoit parfait : Mon Pere , luy dit-il , me voicy au bout de mon terme. Ce n est pas tout, mon fils, dit le bon Pere ; il faut entreprendre encore un autre exercice pour trois ans , si vous voules acquerir la perfection. Vous aves bien et fidellememt fait ce que je vous avois recommande ces trois annees , il est vray ; mais il ne faut pas s arrester la. Dieu ! dit le pauvre novice , quoy ! n est-ce pas encore fait? faut-il derechef recommencer? est-il requis de faire si souvent des noviciaux ? trois ans ne suffisent-ils pas? Helas ! je pensois estre parfait en le voulant , et cependant il y a encore tant a faire ! Apres qu il eut bien fait toutes ses plaintes , son bon maistre , ne s en estonnant pas beaucoup, commeiica a Tencourager, luy disant que, pui* avoit desja tant fait , il falloit poursuivre ; que la per^

fection estoit une chose <Tun si grand prix , et laquelle apportoit tant de bien aux ames qui la possedoient , qu il ne falloit pas plaindre sa peine , ny le terns qu on employe a Facquerir. Enfin le pauvre novice futsibien persuade, qu il promit de faire encore ces trois annees ce qu il luy diroit. La pratique done que le bon Pere luy recommanda fut qu il receust si bien les mortifications, mespris, corrections et humiliations , que jamais il ne manquast de faire quelque service , ou quelque present a ceux qui les luy feroient , le plus promptement qu il pourroit , et s il n avoit rien autre a donner , qu il fist des boucquets pour leur presenter , ou des nattes , ou telles semblables choses : ce qu il promit d accomplir , et le fit fort fidellement , bien qu il ne manquast pas d exercice ; dautant que le bon Pere donna le mot du guet aux Religieux, lesquels 1 esprouverent comme il falloit, si qu a tous propos il estoit en peine de faire des presens ; car les mespris, humiliations, mortifications et espreuves, ne luy manquoient point.

Or ce second noviciat estant derechef paracheve, il vint rendre compte a son maistre, plein de desir de scavoir s il avoit aequis la perfection. Mais le Pere luy dit : Mon fils, il n appartient qu a Dieu de jugersi vous estes parfait ou non : si vous voules neanmoins , nous en ferons bien encore une petite espreuve. Le Pere done le fit tout barboiiiller , et le mena ainsi dans une ville qui estoit tout proche de la , a la porte de laquelle il y avoit des soldats qui n avoient autre chose a faire qu a regarder les passans , et prendre d eux sujet de lire; de maniere qu aussitost qu ils virent ce pauvre jeune homme ainsi fait, ils commencerent a se mettre apres luy ! qui le broquardoit de parolles ; qui venoit jusques aux coups; autres Finjurioient; href, ilz s en jotioient tout ainsi que s il eust este fol, et ce qui leur faysoit croire qu il le fust, c estoit que tandis qu ilz le traittoient de la sorte , il avoit une joye telle dans son coeur , (ju elle proissoit meswe sur.

sa face; car a mesure qu on luy disoit plus d injures , il parroissoit plus content et joyeux ; ce qui satisfaysoit grandement le bon Pere, qui le regardoit pendant cette espreuve. Mais d un autre coste cela estonnoit merveilleusement les assistans; de maniere que Tun des soldats retournant enlin son esprit sur la contenance de ce pauvre novice, plein d estonnement commenca a I interroger , et luy demander com ment il pouvoit rire , ne pouvant comprendre comme un homme pouvoit estre si insensible aux injures comme il sembloit qu il fust. Surquoy vous remarqueres en passant , que nostre Seigneur permet tousjours que les vertus de ses vrays serviteurs soient reconnues par quelqu un. Lors le bon novice luy respondit : certes , il me semble que j ay Men sujet de rire et d estre content , dautant que je possede la paix en mon ame parmi toutes les mocqueries et les attoques que vous me faites; mais de plus n ay-je pas un grand sujet d estre content? car en verite vous m estes bien plus doux que ne m a este mon maistre que vous voyes la , et lequel m a icy amene,. dautant qu il m a tenu trois ans en telle subjection, qu il falloit tousjours que je fisse quelque present a ceux qui me maltraittoient , pour recompense de 1 offense qu ils m avoient faite ; et cependant vous autres, qui tasches de me tourmenter et alfliger, vous ne m obliges point a vous en recompenser.

Considered un peu , mes cheres filles , combien grande estoit la paix que ce jeune bomme possedoit en son ame, f puisque les injures, les mespris et risees d une trouppe de desbaucbes no 1 esmouvoient aucunement. Or c est cette vraye paix que je vous desire , laquelle se conserve et s accroist emmy la guerre, et les tourbillons des vents, des persecu tions , humiliations , mortifications et contradictions que nous rencontrons en cette vie mortelle : afflictions et peines qui seront enfin suyvies d un repos eternel et de tres-douces consolations, pourveu que nous les ayons souffertes, a

tation de ce bonReligieux, avec la paixinterieurede Tesprit; paix laquelle ne s acquiert en eette vie que par 1 union de Tentendement , de la memoire et de la voionte avec Tesprit , <":t de Tesprit avec Dieu, ainsi que nous vous avons monstre ; paix laquelle ne se peut trouver hors la sainte Eglise , ainsi que Inexperience nous Tenseigne tous les jours ; paix enfin finale , qui ne se rencontrera jamais qu en Tobeyssance du saint Evangile , puis qu il n y a point de salut hors de la. C est pourquoy je vous exhorte , mes cheres Ames , de vous attacher fidellement a cette sainte doctrine , afm que vous puissies recevoir la benediction du Pere, du Fils, et du sain*- Esprit. Amen,

DIED S01T UENY,

) DBS TRADITIONS

I POUR LE QUATRIEME DIMANCHE D APRES PASQUES f .

Adhuc multa habeo vobis dicere, sed non potestis portare modo : cum autem venerit Spiritus ille veritatis , docebit vos omnem veritatem^ etc. JOAN., c. XVI.

J ay encore plusieurs choses a vous dire, mais vous n estes pas capatles de les comprendre maintenant : quand le saint Esprit sera venu, il vous enseignera toute verite", etc.

C est un vieil axiome entreles philosophes que tout homme desire de scavoir : Omnis homo natura scire desiderat, dit Aristote : en quoy Fesprit humain est si ardant , que Fennemy ne sceut trouver tentation plus grande pour decevoir nos premiers parens, que de leur proposer : Erilis sicut Dii scientes bonum et malum 2 , vous seres comme des dieux , scachant le hien et le mal. C est ce grand desir qui apprivoisa rhomme avec son ennemy capital par les arts divinatoires , et qui bailie credit a tant de pronostiqueurs. Ce fut ce desir qui fit sortir d Athenes, et tant courir ce grand Platon, comme dit S. Hierosme 3 , qui fit aller des le bout de France et d Espagne a Rome vers Tite-Live. Ce fut ce desir qui fit renoncer ces anciens philosophes a leurs commodites corporelles , etc. Et c est ce desir naturel de Fhomme , auquel nostre Seigneur a egard aujourd huy , quand pour consoler ses Apostres de son absence , il leur promet le tres-saint Esprit , pour leur apprendre toute verite , et afin de leur aiguiser ce desir , il leur dit : Adhuc multa , etc. ; puis pour

1 Ecrit de la main de S. Francois de Sales (Edit, de 1641). * Gen., 111. a Epist. ad Paulmum Presbyterum.

POUR LE IV" DIMANCHE fc APRES PASQUES. 5|f

les combler d une certaine et magnifique esperance et con solation , il leur dit : Cum autem venerit ille Spiritus veritatis, etc. Et puis, parce que la science peut mure a qui Fa, i s il ne la rapporte a bonne fin, il leur adjouste : Ille me darificabit, quia de meo accipiet. Mais cependant nostre Seigneur monstre par ces parolles que personne ne peut estre capable f de la celeste doctrine , sinon par la faveur du saint Esprit. Ainsi le faut-il croire saas doute; et partant, voulant aujourd buy vous monstrer avec ces parolles un des premiers et plus importans fondemens de la doctrine chrestiei^e, je vor supplie, demandons a ce celeste consolateur son ayde, Sfc. quelle pour mieux obtenir , il nous y faut employer Tinter cession de tons les Saints, particulierement de la glories 5 Yierge , a laquelle pour ce sujet nous presenterons YAv& Maria.

L histoire escrite au VI* chapitre du III des Roys, de

1 admirable fabrique du temple de Salomon , raconte qu il n y avoit qu une entree en Toracle qui estoit dans iceluy : mais cette entree avoit deux buys de bois 1 olive, il y avoit cinq posteaux , et sur les buys estoient peints des cberubins, des palmes , enlailles et releves d ouvrages ; au parsus tout y estoit dore : certes c estoit une ricbe et bien magnifique entree. Ainsi le second peuple, ou la seconde maison, qui est 1 Eglise evangelique, n a qu une entree en son oracle; mais cette entree a deux portes , non moins ricbes que ces anciennes. J appelleray pour ce coup icy Foracle ducbristia- ; nisme la sainte doctrine evangelique , ou FEvangile : car de * fait 1 oracle n estoit autre , sinon le lieu d ou Dieu monstroit ses volontes au peuple. Et comme sommes-nous enseignes ; sinon par la foy , laquelle peut estre appellee oracle , parce qu eii icelle on oit Dieu : Fides ex auditu, etc. * ? Mais Tunique entree de cet oracle, c est la parolle de Dieu; car 1 Rom., X.

nous ne pouvons pas entrer en cet auditoire de Dieu, que ce ne soit W verbum Lei. Mais cette entree a deux portes , & scavoir, FEscriture et la tradition ; elies sont encores de bois d olive , parce qu elles portent la grace de Dieu. En icelle sont les cherubins, c est a dire , la plenitude de scavoir, les palmes , la victoire , et la force centre les tentations : Assumitte gladium spiritus, quod est verbum * ; Virtus enim Dei est ad salutem omni credenti 2 (Prenes le glaive de 1 esprit, qui est la parolle ; car elle est la vertu de Dieu pour le salut a tous ceux qui croyent) . II y a de beaux ouvrages qui s adyancent , parce que cette parolle tend aux saintes O3uvres. Tout y est convert d or; cette couverture sont les ceuvres de charite , parce que la foy sans la charite est morte : Si tinguis hominum loquar, charitatem autem non habuero, nihil sum, etc. 3 . Voila doncques le moyen d entrer en 1 oracle de la foy chrestienne ; c est d entendre la parolle escrite et la tradition ; et c est ce que nostre Seigneur vouloit dire en ces parolles que j ay prises a interpreter; car il dit : Adhuc habeo : c est signe qu il avoit beaucoup dit de choses, quand il dit qu il en a encores beaucoup a leur dire , et puis que nous n avons point ces choses-la en escrit, c est signe qu il y a beaucoup plus de parolles dites , que d escrites.

Mais parce qu en cette doctrine nous ne sommes pas d accord avec les adversaires, j en diray sommairement quelque chose, qui confirmera 1 interpretation et la foy catholique, ^n cet ordre , preincrement qu il y a des saintes traditions en 1 Eglise; 2. qu elles y sont necessaires; 3. 1 authorite qu elles ont sur les chrestiens- 4. comme il les faut cognoistre; 5. une briefve resolution contre toutes les objec tions des adversaires.

Quant au premier poinct, j auray bientost fait ; car comme les traditions donnent authorite a 1 Escriture , ainsi que je monstreray bientost , de mesme les Escritures donnent au-

* Ephes., XVIi Roca., I Rom., I. - I Cor,, XIII.

thorite aux traditions, comme deux buys qui s entrejoignent, comme les deux cherubins qui s entre-regardoient au propitiatoire.

1 . Multa habeo vobis dicer e, etc. Or de cela nuus n avons que bien peu, Joan., ult. Tout le monde ne pourroit comprendre ce que nostre Seigneur a fait, Act., I : Per dies quadraginta apparent eis, et loquens de regno Dei. On me dira qu il n est pas necessaire; il suffit qu il soit utile comme TEpistre ad Philemonem. Puis, ou nostre Seigneur le leur devoit dire pour eux , ou pour FEglise : si pour 1 Eglise , done nous Tavons encore ; si pour eux seulement , done en 1 Evangile n y est pas tout ce qui est necessaire a un chacun.

I Cor., XI : Laudo autem vos, fratres, quod per omnia mei memores estis, et sicut tradidi vobis, prcecepta mea tenetis. De modo orandi, etc. Si quis autem videtur contentiosus esse , nos talem consuetudinem non habemus , nee Ecclesia Dei. Puis : Ego enim accept a Domino : ccetera cum venero disponam. II Tbess., II : Itaque, fratres, tenete traditiones quas accepistis , sive per sermonem, sive per Epislolam nostram : autant Tun que Tautre. II Tim., II : Formam habe sanorum verborum quce a me audisti, in fide et in dilectione in Christo Jesu : Bonum depositum custodi, per Spiritum sanctum qui habitat innobis. Cap. II : Tu ergo, fill mi, confortare in gratia, quce est in Christo Jesu, etquce audisti a me per multos testes , hcec commenda fidelibus hominibus qui idonei erunt et alios docere. II Joan. : Plura habens vobis scribere, nolui per char tarn et atr amentum; spero enim me futurum apud vos, et os ad os loqui.

Eusebius, lib. Ill , cap. 36 Histories; Dionysius Areopag., cap. 1 Eccles. Hierarchies; Hegesippus, lib. IV, cap. 8 ; Eu sebius, 5. lib., comprehendit traditiones apostolicas, lib. V, cap. 20. Polycarpus referebat verba Domini, qua; ab Apostolis audierat ; Irenceus ea scribebat in corde. Idem, lib. V, cap. 1 , il parle de la commixtion de Teau avec le vin.

Mais, lib. Ill, cap. 2, 3 et 4, il en parle tout au Entre autreschoses, il dit qu en 1 Eglise, comme en unriche depositaire, les Apostres ont confere tout ce qui est de la vcrite : Ut omnis quicumque velit , sumac ex ea aquam vitce ,. hcec est vitce introitus ; omnes autem reliqui fures sunt et latrones, qua autem sunt Ecclesice cum magna diligentia diligere. Et post : Quid autem si neque Apostoli scripta quidem reliquissent , nonne oportebat sequi ordinem traditionis quern tradiderunt Us quibus committebant Ecclesias? etc. II dit que plusieurs nations sans escrit gardent Fancienne tradition escrite dans leur coeur.

Tertullian., lib. De corona mtlitis, etc. II parle des cere monies du baptesme, du signe de la croix, du sacrifice anniversel pro defunctis , et dit : Si legem expostules Scripturarum, nullam invenies; traditio tibi prattenditur auctrix, consuetudo confirmatrix, fides observatrix.

Cyprianus , lib. II, Epist. 3 : Admonitos nos scio, ut in calice offer endo Dominica traditio servetur, nee aliud fiat a nobis, quam quod pro nobis Dominus prior fecit , ut calix qui in ejus commemorationem offertur, mixtus vino off era tur. S. Augustin ne dispute quasi autrement, contra Donatistas de Baptismo.

Que diray-je des adversaires? Combien ont-ils de tradi tions? LeJimanche, par tout 1 observation d iceluy ; Pasques^ FAscension en quelques lieux ; le baptesme des petits enfans> les parrains, Timposition desnoms, donner lacene le matin, se marier devant le ministre. Yoila quant au premier poinct.

Quant au deuxieme, je dis les traditions estre necessaires, 1. pour authentiquer TEscriture; car qui nous a dit qu il y a des livres canoniques? L Alcoran dit bien qu il a este envoye du ciel ; mais qui le croit? qui nous a dit TEvangile de S. Marc, etc., plustost que celuy de S. Thomas et de S. Barthelemy? Pourquoy ne recoit-on 1 Epistre qui porte le tiltre ad Laodicenses, puis que S, Paulawx Colossiens, cap.

atteste leur avoir escrit, plus tost que celle aux Hebreux?

Pourquoy croiray-jeque 1 Evangilede S. Marcestde S. Marc,

celuy qu on monstre maintenant ?

Calvin, livre premier de son Institution, chapitre 7 , dit

que le saint Esprit, etc. Mais quelle folie ! c est pourquoy

S. Basils a eu raison de dire, lib. De Spiritusancto, cap. 27 :

Si traditiones negligantur , fore ut Evangelism detrimentum patiatur. Et S. Augustin, contra epistolam fundamenti ,

dicit se Evangelio non crediturum, nisi Ecclesia prceciperet.

2. Pour le sens de 1 Escriture : Putasne intelligis quce legis ? Act. , VIII. On pent s opiniastrer par tout , etc.

3. Pour le nombre des sacremens; car qui m a dit que le lavement des pieds que fit nostre Seigneur ne fust pas sacrement, et le baptesme le fust? et qui m a dit qu il falloit mettre du vin aucalice? etc.

4. Nous avons plusieurs articles d? foy par la, conime que le baptesme des heretiques est bon. 2. La descente de nostre Seigneur aux enfers. 3. La virginitede nostre Dame. Cen est done pas merveille si Ircnee a dit : Qui successionem habent ab Apostolis, cum Episcopatus sitccessione charisma veritatis cerium secundum placitum patet accepissc, lib. IV, cap. 43.

Et nostre Seigneur : Cum autem venerit Spiritus sanctus, docebit vos omnem veritatem, de quoy 1 Eglise a besom, contra novas hcercses exoricntes. In Grceco, il y a deducet in omnem.

(Quant au troisieme poinct) : Auctoritatem habent a Christo et ab Ecclesia, bon gre mal gre tous les adversaires. i In omni scripto ut recipiatur, debct constare de veritate tesj tificantis et testificationis. A Christo immediate, ut sacramentorum forma, et quod vino aqua sit admiscenda f ut Justinus testatur, Apolog. II. Mediate per Spiritum sanc tum in Ecclesia prcesidentem per Apostolos, ut jejunium Quadragesima?, etaliamulta. Vd per Ecclesiam , comme 1

il y en a beaucoup , et ont la mesme author! te que les loix escrites. Diuturnce ff. de n. e. consuetude Z). /.

( Quant au quatrieme ) : Modus cognoscendi petendus est ab Ecclesia generaliter ; quce quoniam decrevit aliqua quce in Script uris explicit e non sunt, signum est esse tradita. Sic Marice virginitas, numerus lib. canonicorum.

2. Quando Ecclesia universa aliquid agit, quod non pos set agere nisi mandate Chris tz, ut baptizare parvulos, et non rebaptizare hcereticos. Oont S. Augustin a bien dit, Epist. 118 : Affirmarenonrectefieri, quod universa Ecclesia facit y insolentissimce est insanice.

3. Quando Ecclesia aliquid semper egit, et si ipsapotuefit instituere, ut Quadragesima, quce usque ad tempus Ignatii ad Philipp. producitur. Sic minor es Or dines, in Epistola ad Antiochenses.

4. Quando in Concilio, vel seorsim omnes Doctor es idem dicunt, utin concilio Nicceno, II act. ultima, imagines venerari. Sic ceremonies in baptismo, Basil., Tertulh, Dionys.

(En cinquieme lieu) : pour resoudre briefvement tous les arguments, voicy les regies : premierement, se souvenir que les traditions sont parolles de Dieu comme 1 Evangile , et non jamais contraires a TEscriture, etpar ce moyen s en vont a neant tous ces passages que nos adversaires ont accoustume de nous objecter : Non addetis adverbum, quod ego prcecipio vobis, Deuter., IV et XII. Sed licet nos, aut Angelas de ccelo evangelizet vobis, prceter auam auod evangelizavimus vo bis, etc. Galat., I.

2. Que tout ce qui est necessaire a 1 Eglise , est contenu n TEscriture, non explicite, mais bien radicaliter. Ce qui

. gst explicite, est suffisant pour sauver les particuliers , mais jnon pour 1 instruction de tout le corps ; ainsi est refute ce jpassage qu on objecte : Hcec scripta sunt ut credatis, etc., et ut credentes vitam habeatis.

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