‹ Œuvres complétes Volume 4Chapitre 25 sur 31 · DIEU SOIT BENY · texte numérisé non relu

DIEU SOIT BENY

>OUR LE MARDY DE PASQUES 1 .

Pax vobis. S. Luc, XXIV.

Paix vous soil.

La joye fut sans doute Lien grande en 1 arche de Noe, quand la colombe peu auparavant sortie, comme pour espier 1 estat auquel estoit le monde , revint enfin portant en son bee le rameau d olive , signal bien asseure de la cessation des eaux , et que Dieu avoit redonne au monde le bonheur de sa paix.

Mais , 6 Dieu ! de quelle joye , de quelle feste , de quelle allegresse fut ravie la troupe des Apostres , quand ils virent revenir entr eux la sainte humanite du Redempteur apres la resurrection, portant en sa bouche 1 olive d une sainte et aggreable paix , leur disant : Pax vobis, Paix vous soit; et leur monstrant les marques et signes indubitables de la re conciliation des hommes avec Dieu , et ostendit eis manus et pedes ! Sans doute que leurs ames furent alors pleinement trempees de consolation : Gavisisunt discipuli viso Domino. Mais cette joye ne fut pas le principal fruit de cette sainte veue ; car leur foy vacillante fut affermie , leur esperance espouvantee fut rasseuree , et leur charite presque esteirite fut rallumee. C est le aiscours que j ay entrepris , mais que je nepuis bien faire, ny vous bien escouter, si le saint Esprit ne nous assiste. Invoquons-le done, et pour mieux 1 invoquer, employons-y Tentremise de la sainte Vierge. Ave Maria.

Ecrit de la main de S. Frangois de Sales (Edit, de 1641).

Nunc autem manent fides, spes, charitas, tria hcec : ma jor autem horum est charitas : Maintenant demeurent ces trois choses : foy , esperance et charite ; mais la plus grande d icelles est la charite *.

La foy pour Fentendement , Pesperance pour la memoire, la charite pour la volonte. La foy honnore le Pere, car elle s appuye sur la toute puissance; Fesperance honnore le Fils, car elle est fondee sur sa redemption ; la charite honnore le saint Esprit, car elle embrasse et cherit la bonte.

La foy nous montre la felicite; F esperance nous y fait aspirer; la charite nous en met en possession. Elles sont toutes trois necessaires , mais maintenant ; car au ciel il ne demeure que la charite. La foy n y entre point, car ony voit tout ; Fesperance encore moins , car on y possede tout ; mais la seule charite y a lieu pour aymer en tout , par tout, et du tout nostre Dieu. Elie laisse tomber son manteau 2 : le manteau de la foy et le voile de Fesperance ne montent point au ciel ; mais ils demeurent en terre , ou ils sont necessaires. Nostre Seigneur ne fait autre chose que nous bien enseigner ces trois lecons, comme il fautcroire, esperer et aymer; mais sur tout en ces quarante jours esquels il con versa apres sa resurrection avec ses Apostres , et plus particulierement en Fapparition recitee aujourd huy. Et pour cornmencer, les disciples estoient assembles en un cenacle , et avoient ferme les portes sur eux, propter metum Judceorum (pour la crainte qu ils avoient des Juif s) ; le Sauveur entre, lessalue, et leur rnonstre ses pieds.

Pourquoy cela? 1. pourestablir leur foy. Helas! que leur foy estoit esbranlee ! la pauvre Magdelene le va cherchant parmi les morts pour Fembaumer, et craint qu on Faye desrobe. Les Apostres sont tels , que visa sunt illis deliramcnta, et non crediderunt illis (cela leur parut du delire, et ils ne crurerit point) , c est a dire , aux dames qui Favoient

: I Gor. ; XIII 2 IV Re-., II.

appris des anges. Les deux pelerins disent : Sperabamus (nous esperions) ; le grand S. Thomas crie : Non credam ( je ne croiray point). Pour done estayer cette foy , laquelle menacoit sa ruine , il vient , et leur dit : Pax vobis , et leur monstre son corps. Mais comme se peut-il faire qu ils croyent, puis qu ils ont veu et touche? Le sens a fait comme le fourrier qui loge un autre en un lieu et n y demeure pas; car il a loge la foy dans le coeur des Apostres et dans les nostres , et neanmoins n y demeure plus en credit : car la foy estant arrivee, le senscesse, comme 1 esguille introduit la soye, etc. Mais quels articles sont establis?

1 . De Fidentite des corps en la resurrection : Et rursum circumdaborpellemea, etin carnemea videbo Deum meum* .... Quia ego ipse sum 2 . article admirable, et lequel estant bien creu , nous sommes bons chrestiens ! car nous en tirerons aisement ces consequences : Done je ne prophaneray pas ce corps; done, in ictu oculi, innovissima tuba resurgemus 5 . Pourquoy, inprima tuba, ne comparoistra le mesme corps? etc. Si Christus non resurrexit , inanis est fides nostra, etc.

2. De la qualite des corps qui suivront les mouvemens de Tame comme les vestemens. Le corps aggrave Fame; Tame rendra Fesprit leger. Le bon David ne savoit seremuer dans les armes de Saul. Pendant que nostre ame est chargee du corps mondain, elle ne se peut bien mouvoir. Voyez : Existimabant se spiritum videre, etc. II se fait tout a tons : avec la Magdelene, jardinier; avec les pelerins, pelcrin ; avec les pescheurs , pescheur. Taniost il est veu, tantost il entre les portes fermees, etc.

Seminatur corpus animate, resurget spirituale , I. Cor., XV, elc. Comme Faigle, quos volare non potest , sedubirenovavit j uvcn tut em suam, etc.

Les rabbins, Genebrard, ad cum locum, Quid facient qui

1 Job, XIX. - S. Luc, XXIV. - 3 I Cor., XV.

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