DE S'APPLIQUER A L'ESTUDE
Ceux d'entre vous , mes frères, qui s'employent à des occupations qui leur empeschent Testude, font comme ceux qui veulent manger des viandes légères contre le naturel de leur estomach grossier; et de là vient qu'ilz défaillent peu à peu. Je puis vous dire avec vérité qu'il n'y a pas grande différence entre l'ignorance et la malice ; quoy que l'ignorance soit plus à craindre , si vous ccaisiderés qu'elle n'oifense pas seulement soy-mesme, mais qu'elle passe jusques au mespris de Testât ecclésiastique. Pour cela , mes tres-chers frères , je vous conjure de vaquer tres-serieusement à l'estude ; car la science à un prestre , c'est le huitième sacrement de la hiérarchie de l'Eglise , et sou plus grand malheur est arrivé de ce que l'arche s'est trouvée en d'autres mains que celles des lévites.
C'est par là que nostre miserahle Genève nous a surpris , lorsque s'appercevant de nostre oisiveté , que nous n'estions pas sur nos gardes , et que nous nous contentions de dire simplement nostre bréviaire, sans penser à nous rendre plus sçavans, ilz trompèrent la simplicité de nos pères et de ceux qui nous ont précédés, leur faysant croire que jusques alors on n'avoit rien entendu à l'Escriture sainte.
Ainsi , tandis que nous dormions, l'homme ennemy sema l'ivraye dans le champ de l'Eglise, et fit glisser l'erreur qui nous a divisés, et mit le feu par toute cette contrée ; feu duquel vous et moy eussions esté consumés avec beaucoup
» Tirée de la Vie de S. François de Sales par M. Maupas, Part. IV, ch. IV, pag. 201.