‹ Œuvres complétes Volume 5Chapitre 43 sur 54 · Confidentia in Deum et pietas · texte numérisé non relu

Confidentia in Deum et pietas

Simile est regnum cœlorum homini negotiatori, quaerenti bonas margaritas; inventa autem una pretiosa, abiit, et vendidit omnia quae habuit, et émit eam. S. Matth., XIII.

C'est certes très à propos que nostre Seigneur dit , que le royaume des cieux est semblable à un marchand , lequel cherchant des perles, en treuve enfin une d'un prix et d'une valeur si excellente au dessus de toutes les autres, qu'il va et vend tout ce qu'il a pour Fachepter. Similitude par laquelle il nous veut faire entendre, que les négociateurs du ciel sont semblables à ce marchand; et si vous y prenés garde , vous verres qu'ilz font un mesme négoce , je veux dire, qu'ilz négocient de mesme façon.

Voyés ce marchand de l'Evangile : il cherche des perles ; mais en ayant treuvé une , il s'y arreste , et à cause de son prix et de son excellence , il vend tout ce qu'il a pour se la rendre sienne. De mesme en font tous les hommes : chacun cherche la félicité et le bonheur ; mais pas un néanmoins ne le treuve , que celuy qui rencontre cette perle orientale du pur amour de Dieu, et qui l'ayant treuvée, vend tout ce qu'il a pour la pouvoir avoir. Il est vray que l'homme est créé pour joùyr de la félicité ; et la félicité a tant de rapport et de convenance avec le cœur de l'homme , qu'il ne peut treuver de repos qu'en la possédant. Mais le malheur est, que les hommes constituent la félicité chacun en ce qu'il ayme , les uns aux

' Fidellement recueilly par les Religieuses de la Visitation Sainte JSlarie d'Annessy (Edit. de 1641 et de 1643;.

voluptés, les autres aux richesses, et les autres aux honneurs îit dignités ; mais ilz se trompent bien , car tout cela n'est point capable d'assouvir ny contenter leur cœur.

S. Bernard le dit fort bien : Ton ame , ô homme , dit-il , ^st de grande estenduë, et nulle chose ne la peut remplir ny satisfaire que Dieu; Non capit eum 7iisi imago sui, anima capax illius est qiiœ nimirum ad illius imaginem creata *. L'on en void l'expérience en Alexandre le Grand, lequel après avoir assujetti presque toute la terre sous son empire, ne fut pas néanmoins content ; car un certain philosophe luy ayant fait accroire qu'il y avoit encore d'autres mondes que celuycy , il se mit à pleurer dequoy il croyoit ne les pouvoir tous conquérir. Considérés, de grâce : si celuy qui a possédé le plus éminemment les biens et les richesses de la terre que nul autre n'a pas esté content , qui est-ce qui le pourra estre?

Certes, non seulement les choses terrestres ne sont pas capables de satisfaire ny contenter nos cœurs , mais non pas mesmes les célestes ; et cecy nous le voyons très-bien en la chère amante de nostre Seigneur la grande sainte Magdeîaine , laquelle toute esprise de l'amour qu'elle luy portoifc , après qu'il fut mort et mis dans le sepulchre , retourna promptement pour le chercher devant nul autre ; mais ne l'ayant pas treuvé , ains des anges , elle ne se put contenter, bien qu'ilz fussent très-beaux, et habillés à i'angelique. Les hommes pour beaux et magnifiquement ornés qu'ilz puissent estre , ne sont rien au prix des anges , leur lustre n'a point d'esclat , et ne sont pas dignes de comparoistre en leur présence : aussi voit-on en l'Escriture sainte , que jamais ilz n'ont apparu aux hommes, qu'ilz ne soient tombés dessus leur face , n'estant pas capables de supporter la splendeur et l'esciat de la beauté angelique -. La tres-sainte Vierge mesme, ([ui a eu des eminences si grandes au dessus de toutes les pures créatures, et laquelle a esté si particulièrement gra-

* Sermon II de la Dédicace. -^ » Jug., III.

tifîée au dessus de tous les anges, chérubins et séraphins, s'estonna néanmoins à la veuë de l'ange S. Gabriel, qui Testoit venu treuver, pour parler avec elle du très-haut et sacré mystère de l'Incarnation *.

Or Magdelene toute esprise de l'amour de son Maistre, ne s'amuse point ny à la beauté de leur visage, ny à la blancheur de leurs vestemens, et moins encore à leur maintien plus que royal, ains elle va et tourne tout autour d'eux, regardant de tous costés. Les anges luy demandent : Femme, pourquoy pleurés-vous ? Mulier, quidplor as ?l\z m'ont pris mon Maistre , dit-elle, et je ne sçay où ilz l'ont mis, Tiderunt Dominum meum, et nescio ubi posuerunt emn ^. Les anges luy demandent : Pourquoy pleurés-vous? comme luy voulant dire : N'avés-vous pas bien sujet de vous resjotiir, et d'essuyer vos larmes en nous voyant? Quoy ! la splendeur et beauté de nostre face , Tesclat de nos vestemens , et nostre magnificence plus grande que celle de Salomon , n'est-elle pas capable d'essuyer vos larmes? 0 non certes! son cœur ne se peut contenter à moins que de Dieu. Magdelene ayme mieux son Maistre crucifié , que les anges glorifiés.

L'Espouse au Cantique des Cantiques dit , que son bienayrné l'ayant appellée, et ayant frappé à sa porte, passa outre, et que Tayant ouverte , elle ne le treuva plus : Vox dilecti mciimUantis : Aperi 7nihi soror mea, arnica mea, columha mea, immaculata mea, Pessulmn ostii mei aperui dilecto meo : ille declinaverat , atque transierat. Quœsivi, et non inveni illum : vocavi, et non respondit mihi ^ Je me leveray, avoit-elle dit auparavant , et iray tout à l'entour de la cité , et chercheray par les rues et par les places publiques celuy que mon ame ayme et chérit. Elle avoit demandé aux gardes de la ville s'ilz n'avoient point veu celuy que son ame aymoit : et les ayant rencontrés pour la seconde fois , ilz la maltraitterent; dequoy elle se plaint disant, que les gardes

• S. Luc, I. - » s. Jeaa, XX, — » Caut., V.

de la cité l'ont battue , l'ont blessée , et luy ont osté son muniesin : lîîvenerunt me custodes qui circumeunt civitatem, "percusserunt me, et vuhierarunt me, tulerunt pallium meum mihi custodes mui'orum. Puis enfin s'addressant aux filles de Sion : Je vous conjure (leur dit-elle) , filles de Hierusalem , que si vous rencontrés mon bien-aymé , vous luy annonciés que je languis d'amour pour luy : Adjuro vos, fdiœ Hierusalein , si inveneritis dilectum meum , ut nuntietis illi quia amore langueo.

Tous ceux qui prattiquent l'amour sacré sçavent bien que ses blessures sont diverses, et qu'il blessele cœur en plusieurs façons ; mais spécialement lorsqu'il se void arresté ou empesclié de posséder ce qu'il ayme. L'Amante sacrée dit que les gardes l'ont blessée, à cause qu'ilz l'ont arrestée; car rien ne blesse tant un cœur qui ayme Dieu, que de se voir retenu et empesché de le chercber. Or tout cecy n'est dit que pour servir de préface à ce discours.

Le royaume des cieux (dit nostre Seigneur) est semblable à un marchand qui cherche des perles , et lequel en ayant treuvé une de grand prix , vend tout ce qu'il a pour l'achepter. Le pur amour de Dieu est cette perle précieuse , que les négociateurs du ciel cherchent ; mais s'ilz la veulent achepter , il faut qu'ilz vendent tout ce qu'ilz possèdent. C'est le sujet pour lequel les anciens Chrestiens ne se contentoient pas d'observer les commandemens de Dieu ; ains pour acquérir cette perle inestimable, ilz embrassoient encore la prattique des conseilz , quittant et abandonnant sans reserve tout ce qu'ilz possedoient : si que l'on peut véritablement dire , qu'ilz n'avoient tous qu'un cœur et qu'une ame, car les motz de tien et de mien n'estoient jamais entendus parmi eux^

Mais escoutés , je vous prie , ce que dit le Prince des Apostres à nostre Seigneur : Yoicy que nous avons tout quitté et abandonné pour vous suyvre; quelle recompense en

iAct,, IV.

aurons-nous? Ecce nos reliquimus omnia , quîd ergo erit nobis *? Sur quoy le grand saint Bernard luy parle en ces termes : 0 pauvre S. Pierre, quelle raison pensés- vous avoir i'exagerer ainsi Tabandonneraent que vous avés fait de toutes choses , puisque vous n'estes qu'un pauvre pescheur , et n'avés quitté qu'une petite et chetive barque, et des retz? A quoy il respond luy-mesme : C'est bien tout quitter et aban- ^ionner, que de ne se plus reserver de prétentions pour le inonde; mais c'est encore beaucoup plus de se quitter et abandonner soy-mesme.

Tous les Religieux et Religieuses ont esté de tout tems fort loués et estimés, à cause de ce parfait abandonnement qu'ilz font de toutes choses. Et le grand S.Augustin reprochoit aux Manichéens , dequoy parmi leur religion ilz n'avoient rien de semblable, ny qui approchast tant soit peu la pureté des vierges qui estoient renfermées dans les monastères, lesquelles estoient pures comme des colombes, faysant vœu d'une perpétuelle chasteté ; mais sur tout il exalte grandement le renoncement qu'elles avcient fait de toutes choses , disant qu'elles avoient tellement quitté et abandonné tout ce qu'elles possedoient, que n'ayant rien en particulier, jamais ces mots pernicieux de mien et de tien ne s'entendoient parmi elles.

Certes les Religieuses ont tousjours esté en si grande estime parmi les anciens , que le bienheureux S. Ignace martyr , escrivant à un de ses amis , luy recommandoit expressément d'honnorer les vierges qui estoient congregées dans les monastères , comme l'autel sacré de Dieu, et lesveufves comme la sacristie , et il les recommandoit tant les unes que les autres à cause du grand renoncement qu'elles avoient fait de tous les biens de la terre , non seulement de ceux qu'elles possedoient, mais encore des prétentions qu'elles pouvoient avoir d'en acquérir , comme aussi du renoncement parfait ^qu'elles ont fait d'elles-mesmes.

* s. Matth., XIX.

Or c*est à ce renoncement parfait de vous-mesmes , et de ton tes les choses de la terre, que vous estes maintenant appellées , mes chères Seurs. C'est une prétention bien haute que de conquérir le pur amour de Dieu , qui est la perle précieuse que vous cherchés , laquelle ne se peut achepter que par le renoncement de toutes choses. Si vous la voulés posséder, il est en vostre pouvoir de Tacquerir ; mais il vous faudra quitter et abandonner toutes les choses de la terre, et ce qui est encore plus difficile à faire, c'est qu'il faudra vous quitter vous-mesmes ; car le véritable amour de Dieu ne peut souffrir aucun compagnon , il ne veut point de rival, il veut «stre seul dans nos cœurs , et y régner souverainement ; et quand il cesse d'y régner , il cesse quant et quant d'estre avec nous.

Or il faut que nous sçachions que nous avons deux nousmesmes, qu'il faut renoncer totalement et sans reserve, pour faire place à ce divin amour. Nous avons ce nous-mesme extérieur , c'est à dire le corps , que saint Paul appelle le vieil homme. Outre lequel nous avons encore un autre nousmesme spirituel , qui est nostre propre jugement , et nostre propre volonté , et c'est spécialement au renoncement de ce Dous-mesme spirituel que consiste nostre perfection. Il faut bien vrayement renoncer et mortifier le corps ; mais ce n'est pas assés , il faut aussi mortifier l'esprit : car sans cela le renoncement du corps et des choses extérieures seroit fort peu de chose. L'Espouse au Cantique des Cantiques dit , que si quelqu'un donne toute sa substance pour Dieu , et pour acquérir son pur amour, il ne l'estimera rien, croyant de n'avoir rien ou fort peu donné , pour achepter une perle si précieuse : Si dederit homo omnem substantiam domus sua; pro dilectiom, guasinihil despiciet eam *.

Tous les Religieux cherchent ou doivent chercher cette perle inestimable du saint amour, et pour l'avoir ilz quittent

« Gant., VIIU

444 SERMOX

et abandonnent toutes choses : car autrement ilz ne pourront parvenir au but de leur prétention , laquelle n'est autre que de se transformer tout en Dieu. Prétention certes digne d'un cœur généreux, et prétention que nous devrions tous avoir, nous despoùillant du vieil homme , c'est à dire , de tout ce qui est en nous de terrestre, pour nous revestir du nouveau, qui est Jesus-Christ , cessant d'estre ce que nous sommes en la nature corrompue pour vivre selon la grâce.

Mais ressouvenons-nous que ceux qui entreprennent de transmuer et transformer le metail en or, il faut qu'ilz ayent une grande peine , et qu'ilz y apportent un très-grand soin , et encore ne sçay-je s' ilz le pourront faire. Or je sçay bien pourtant que pour faire ce qu'ilz prétendent , il faut qu'ilz mettent leur metail au feu , et puis qu'ilz le réduisent en poudre, et qu'après ilz le fassent passer par la coupelle , et que derechef ilz le purifient de nouveau ; et enfin, ilz disent, que s'ilz le pouvoient tant purifier , qu'il n'y restast plus qu'une certaine matière ou liqueur qui est descendue du ciel, il leur seroit facile de parvenir à ce qu'ilz prétendent , ains plustost, qu'ilz seroient desj a parvenus au but de leur entreprise. De mesme les âmes qui ont fait cette généreuse entreprise de se transformer tout en Dieu, qu'est-ce qu'il ne faut pas qu'elles facent pour s'anéantir, se confondre, s'abandonner, et renoncer soy-me»mes, jusques à ce qu'elles soient tellement purifiées , que rien ne demeure en elles que ce qui est de céleste, qui est l'image et la semblance de la divine Majesté?

Mais pour faire cette transformation, il se faut grandement humilier, à l'exemple de nostre divin Sauveur, duquel Tapostre S. Paul dit , qu'il s'est aneanty et vuidé soy-mesme : Exinanivit semetipsum ; c'est à dire , qu'il a pour un tems resserré toute sa gloire en la partie supérieure de son ame , laissant sa partie inférieure exposée à la mercy de toutes les souffrances, abjections et respugnances qui luy dévoient ar-

river en sa Passion. 0 Dieu ! que cecy est admirable, que nostre Seigneur s'anéantisse et se vuide ainsi de sa propre gloire , pour des créatures si chetives , et qui correspondent si peu à son amour !

Il s'est rendu obeyssant jusques à la mort , et la mort de la croix , Factus est obediens usque ad mortem, mortem ait" tem crucis. Il s'est despoùiilé de sa propre gloire pour nous en revestir ; il est donc bien raisonnable que nous nous despoûillions de tout, et que nous obeyssions à son exemple jusques à la mort, et la mort de la croix, pour luy tesmoigner nostre amour , sans nous ennuyer de la longueur ny de la quantité de nos souffrances, quand bien elles devroient durer jusques à la mort , puisqu'elles ne sçauroient jamais approcher ny entrer en comparaison avec celles qu'il a souffertes pour nous.

C'est pourquoy il faut agrandir nostre courage, et ne nous rendre jamais pour les difficultés, ains combattre vaillamment , sans nous estonner non plus de la quantité de nos ennemys, que de la longueur du combat. Nous aurions vrayement raison de nous en estonner, si nous nous appuyions en nos forces ; mais il faut se confier en la vertu de Dieu qui sera pour nous, si nous combattons généreusement pour son amour, disant, à l'imitation de son divin Apostre : Je suis plus fort lorsque je me sens plus foible : Cum enim infirmor, tune potens sum; parce que c'est en la vertu de Dieu que je m'appuye. Et si nous commettons des imperfections en combattant, il ne nous en faut point estonner, ny perdre courage, tant que nous aurons la volonté de nous amender. Despoûillons-nous donc du vieil homme, pour nous revestir du nouveau.

Nostre Seigneur voulant remettre l'homme en Testât d'innocence, et le voulant revestir de la grâce qu'il avoit perdue, il voulut mourir tout nud sur la croix , dautant que les habitz que nous portons sont les marques du péché : car vous

sçavés qu'aussitost qu'Adarn eut péché en contrevenant au commandement de Dieu , il commença d'avoir honte de luymesme , et se fit des habitz le mieux qu'il put de feuilles de figuier : Consuerunt folia ficus, et fecerunt sibi perizomata^ ; parce que devant qu'il eust péché , il n'avoit point d'habitz. Adam et Eve estoient tout nuds avant leur péché ; et nostre Seigneur par sa nudité en la croix monstroit son extrenoô pureté, et de plus, qu'il remettoit les hommes en Testât d'innocence. Mais la principale raison pour laquelle il voulut mourir nud, fut pour nous monstrer comme il faut , si nous hiy voulons plaire, que nous nous despoûillions de tout, et réduisions nostre cœur en une telle nudité , qu'estoit son sacré corps sur la croix, le despoûillant de toutes sortes d'affections et prétentions. Or c'est ce que nous devons faire , si nous voulons achepter cette perle précieuse du saint amour.

Un jour le grand abbé Serapion fut rencontré tout nud par quelques personnes emmy les rues d'une ville, lesquelles mues de compassion luy dirent : Qui vous a mis en cet estat^ et qui vous a osté vos habitz , mon cher amy? Ah ! dit- il, c'est ce livre qui m'a ainsi despouillé, leur monstrant le livre des Evangiles qu'il tenoit. Et moy , je vous asseure que rien n'est si propre pour nous conduire à une entière resolution de nous despoùiller, non seulement des choses extérieures^ ains encore de nous-mesmes, que la considération de l'incomparable despoùillement et nudité de nostre Sauveur crucifié.

Que me reste-t'il plus à vous dire, mes chères Seurs, sinon de vous convier d'esconter ce que le grand S. Paul dit am second chapitre de son Epistre aux Philippiens : Fratres, hoc enim sentite in vobis, quod et in Christo Jesu : ïaschés, dit-il, mes frères, de ressentir en vous ce que nostre Seigneur Jesus-Christ a ressenty. Qu'est-ce que ce grand Saint veut dire par ces parolles? veut-il que nous ressentions pour

« Gen- III.

nostre Sauveur cet amour tendre et aiït'ctif qu'il a resseiity pour nous sur la croix? veut-il que nous pleurions de compassion sur ses douleurs? 0 non certes ! ce n'est pas ce que nostre Seigneur demande de nous, que l'amour tendre et affectif qui nous fait jetter des larmes, et nous cause tant de désirs sans effetz : l'enfer est plein de ces désirs , et vaines sont ces tendretés, que nous voudrions pourtant avoir, comme si nostre bien en dependoit. Il ne les faut certes ny désirer ny rechercher, puisqu'elles ne servent pour l'ordinaire que d'amusement , et n'appartiennent qu'à des espritz foibles. C'est donc l'amour effectif que S. Paul veut que nous ressentions, et que nostre Seigneur demande de nous, et c'est ce qu'il nous a monstre sur la croix, joignant fort bien l'un de ces amours à l'autre.

Mais voulés-vous sçavoir ce qu'il a particulièrement ressenty, et ce que S. Paul veut que nous ressentions avec luy? c'est cet anéantissement. Il s'est aneanty , il s'est vuidé de luy-mesme ; il faut que nous en fassions de mesme , nous anéantissant jusques à nostre rien, nous vuidant de nousmesmes, c'est à dire de toutes nos passions, inclinations, aversions et répugnances au bien ; nous exerçant à la continuelle mortification de nous-mesmes et de nostre amourpropre , à l'imitation du grand S. Paul , qui disoit qu'on ne pensast pas qu'il vescus plus en luy-mesme , puisqu'il avoit crucifié son amour, ou que son amour estoit crucifié*. Il vouloit dire, qu'il avoit tellement mortifié son amour-propre, qu'il n'en avoit plus , ains qu'il l'avoit tout logé en nostre Seigneur crucifié. Certes, il avoit bien raison, ce grand Saint, de dire qu'il ne vivoit plus en luy-mesme ; car ostant l'amourpropre de nos âmes, c'est leur oster la vie, et leur donner la mort; mais heureuse mort, qui nous fait mourir à nousniesmes, pour nous faire vivre à Dieu. Aymésdonc tellement, mes tres-cheres Filles, celuy qui est mort pour nous unir à

» Gai., II.

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soy , et pour nous tesmoigner la grandeur de son amour , que rien ne puisse plus vivre en vous que luy, afin que vous puissiés véritablement dire avec S. Paul : Vivo autem, jam non ego , vivit vero in me Christus : Je vis , mais non point moy, ains c'est Jesus-Christ qui vit en moy.

Enfin l'amour a osté la vie à nostre Maistre ; il ne reste donc plus , sinon que nous mourions d'amour pour luy , ou que nous ne vivions plus que pour son amour ; mais non pas d'un amour tel quel , ains d'un amour semblable et correspondant au sien autant qu'il nous sera possible : je ne dy pas égal, car cela ne se peut, mais d'un amour fort et coarageux , qui croisse emmy les contradictions , âans nous lasser jamais de combattre pour ce divin Amant. Soyons donc bien aises, pour luy tesmoigner nostre amour, de nous rendre ssemblables à luy en son abjection et en ses souffrances en cette vie , puisque l'amour égale les amans. Et considérés , je vous prie , ce que fit le grand S. Paul , pour pouvoir dire véritablement ces parolles : Je vis, mais non plus moy, ains c'est Jesus-Christ qui vit en moy. Quelles persécutions, quelles mortifications, quelles sortes d'abjections , de tourmens et de douleurs n'a-t'il pas souffertes ? Escoutés ce qu'il dit en son Epistre aux Corinthiens : Jusques à cette heure nous avons esté blasphémés et persécutés à outrance, injuriés et mesprisés jusques-là, que nous sommes estimés la ballieure du monde : Piirgamenta hujus înundi facti sumus, omnium peripsetna usque adhuc^. Or chacun sçait bien qu'il n'y a rien de plus vil dans une maison que les ballieures , si que l'on ne voit jamais assés tost l'heure qu'elles en soient dehors. De mesme veut dire S. Paul : L'on ne voit assés tost l'heure que l'on nous oste de devant les yeux des hommes , tant ilz nous ont en horreur. Nous sommes comme la pelure d'une pomme ; car si le monde est une pomme , nous en sommes la pelure qu'on jette là, comme une chose de néant,

* I Cor., IV,

Donc pour acquérir et achepter cette perle précieuse du saint amour, et pour parvenir à cette transformation à laéjuelle nous prétendons , il sera nécessaire que nous soyons ainsi réduits à néant, rejettes, mesprisés, mortifiés, et tenus comme le rebut du monde. Nous abandonnons bien les choses extérieures, dires- vous; mais de sousmettre nostre propre jugement pour l'assujettir à celuy d'une Supérieure , et renoncer tellement à nostre propre volonté, qu'elle ne paroisse plus, et soit tousjours absolument sujette et obeyssante à ses ordonnances, c'est une chose bien difficile et mal-aisée : il est besoin d'un grand courage pour faire cela. Il est vray , mes chères Filles ; mais si la difficulté vous estonne, je vous présente trois petites considérations, qui vous feront connoistre l'entreprise estre plus facile que vous ne pensés , et qui vous serviront de consolation.

Dont la première est, que celuy qui vous appelle à laconqueste de son tres-pur amour, est assés puissant pour vous ayder à parvenir au but de vostre entreprise. Dites-luy donc hardiment : Commandés, Seigneur, à nos âmes tout ce qu'il vous plaira, et nous donnés que nous le fassions; donnésnous le désir de parvenir à vous, et de faire tout ce qui sera aggreable à vostre bonté, et accomplisses en nous vostre volonté ; faites par vostre grâce que nous allions à vous ; vous avés commencé l'œuvre de nostre perfection, nous ne voulons jamais douter que vous ne la paracheviés, si nous coopérons avec vous.

La seconde considération qui vous relèvera le courage c''est de sçavoir en quoy il consiste : je vous ay dit que vous aviés besoin d'un grand courage et d'une grande magnanimité pour parvenir au but de vostre entreprise ; il est vray, mais en quoy pensés-vous que consiste cette grandeur de <!0urage et cette magnanimité ? c'est certes en la petitesse de courage, et vous Taures dautant plus grand, que vous serés plus petites en vous-mesmes. Ressouvenés-vous de cette pa- V, 29

4dO sermon

rolle tant admirablement bien inculquée clans le cœur des Aposties par nostre Seigneur : Si vous n'estes faits , leur disoit-il * , comme un petit enfant , vous n'entrerés point au royaume des cieux : Amen dico vobis, nisi conversi fueritis, et efficiamini sicut parvuli , non intj^abitis in regnum cœlchrum. Il faut donc que nous soyons égaux en courage aux petitz enfans, c'est à dire humbles comme eux, doux, souples et faciles à tourner à toute main comme eux.

Mais remarqués, je vous supplie, comme nostre- Seigneur prat tiqua la grandeur de son courage es plus excellens actes de l'amour qu'il nous a monstre avoir pour nous en sa mort et Passion, ne faysanl autre chose que de laisser faire de luy tout ce qu'on vouloit, la grandeur de son courage consistant à se laisser tourner au gré et à la volonté d'un chacun. C'est aussi en quoy le nostre doit paroistre, et en quoy il veut que nous l'imitions , non pas tant à faire , comme à laisser faire en nous et de nous tout ce qu'on voudra, non seulement par sa divine Majesté, mais aussi par nos Supérieurs, nous rendant maniables, souples et humbles comme des petitz enfans* car nostre grandeur consiste en nostre petitesse, et nostre exaltation en nostre humiliation.

La troisième considération , qui vous doit estre de trèsi^^rande consolation , est l'honneur que vous avés de venir faire vos vœux sous la protection de nostre glorieuse Maistresse la tres-sainte Yierge, laquelle comme une mere-perle a tousjours vescu emmy la mer de ce monde , sans recevoir aucune goutte d'eau salée , je veux dire , sans estre aucunement abbreuvée des vains plaisirs terrestres, ains elle a tousjours vescu dans une admirable pureté en la prattique de toutes sortes de vertus , mais spécialement d'une profonde humilité et abjection ; vertus par lesquelles elle s'est rendue Al aggreable à Dieu, qu'il l'a choisie pour estre sa Mère.

Confiés- vous donc aux mérites de cette sainte Vierge , et

t Matth., XVlil.

POUH LA PROFFSSTON ^^TJGTFUSE. 451

ne doutés point qu'elle ne vous assiste tres-particulierement, et ne vous prenne en sa tres-sainte protection , si vous venés à faire vos offrandes, je veux dire vos vœux, avec humilité et simplicité de cœur, puisque ce sont ces vertus jointes à celle de suivre fidellement les attraits et les inspirations célestes qui ont le plus reluy en elle durant le cours de sa vie mortelle. Yertus lesquelles sans doute, avec son ardente charité, luy firent mériter la grâce d'estre advantagée de plus grandes faveurs que ne fut, ny ne sera jamais aucune créature humaine ou angelique , ayant eu l'honneur d'appartenir de si prés à l'humanité très- sainte de nostre divin Sauveur et Maistre, lequel je supplie, avec le Père et le saint Esprit, vous donner sa grâce en ce monde , et sa gloire en l'autrft. Amen

KEU 60IT Bfisnr.

Ecce nunc benedieiie Dominum, omnes servi Domini. Ps. GXXXIII. Maintenant bénisses le Seigneur, ô vous tous qui estes ses serviteurs.

Celuy que vous estes venus adorer en ce lieu, Jesus-Christ vostre Seigneur et le mien , vous doint si bien faire ce pourquoy vous estes venus , que vous receviés abondamment grâce , paix et bénédiction de sa part , et luy tout honneur et gloire de la vostre es siècles des siècles. En quoy afin de vous y ayder selon mon petit pouvoir , et vous donner quelques instructions pour vous faire bénir Dieu , je vous ay apporté les parolles de David : Ecce nunc benedicite Dominum, Bénisses maintenant le Seigneur , asseuré que je suis que si vous le bénisses bien , il vous bénira de bénédictions inestimables.

Souvenés-vous donc, mes frères, devant toutes choses, que celuy en la présence duquel vous estes , est vostre naturel , absolu et souverain Seigneur ; car c'est à luy à qui est la terre et tout ce qui est en la terre ; il est vostre Seigneur €t Maistre , parce que c'est luy qui vous a fait et formé ; il n'y a point de plus juste tiltre pour posséder quelque chose que de l'avoir faite. C'est ainsi que vivent les manouvriers , ot que les pères et mères demandent obeyssance à leurs enfans , et les appellent leurs : et néanmoins le père et la mère ne font pas du tout les enfans , car l'ame n'est pas de leur

< Prise sur l'orig:inal escritde la main de i'autheur (Edit. de 1641 cx de 1643},

facture , ny les ouvriers ne font entièrement ce qu'ilz font ; car si le drapier fait le drap, il ne fait pas la laine. Mais Dieu est celuy-là qui a fait nostre ame et nostre corps ; car tout ce qui est, est œuvre de ses mains. 0 comme nous sommes donc à Dieu ! comme il est nostre Seigneur et nostre Maistre , puisque tout ce qui est en nous, il Fa fait, c'est luy qui en est l'ouvrier ! Ipsius est mare, et ipsefecit illud (La mer est à luy , et c'est luy qui l'a faite) , dit David ; comme s'il vouloit dire : La mer est à luy , pource qu'il l'a faite , et non seulement nous sommes à luy, et il est nostre Seigneur, pource qu'il nous a produitz, mais encore pource qu'il nous a racheptés bien chèrement, et cent mille fois davantage que nous ne vallons. Le diable nous avoit ostés à nostre naturel Seigneur, et encore qu'il n'eust nul droit sur nous, si est-ce que nostre Seigneur nous achepta , et rachepta ce qui estoit sien , afin de nous faire plus siens , si plus siens nous pouvions estre. S. Paul dit : Empti enim estis pretio magno (Vous estes racheptés d'un grand prix) ; et quel prix ? Rede'mit nos in sanguine agni (11 nous a racheptés par le sang de l'agneau) ; Proprio Filio nonpepeixit, sedpro omnibus tra^ didit illum (Il n'a point pardonné à son propre Filz, mais l'a livré à la mort pour nous tous) ; Me pro me debeo etpro his debeo (Donc je me dois donner moy-mesme pour moymesme et pour mes frères).

La moindre goutte du sang de nostre Seigneur valloit plus c[Lie nous ; et néanmoins afin de nous rendre plus siens, il le voulut tout donner. C'est pourquoy David dit que sa rédemption a esté tres-abondante , Copiosa apud eum redemptio; dont par la bouche d'Isaye , nostre Seigneur dit : Je t'ay rachepté , et t'ay nommé par ton nom , tu es à moy , Redemi te, et vocavi te nomine tuo , meus es tu. Et S. Bernard va confessant : Seigneur, tu as tout fait et refait pour toy , et qui ne veut estre à toy et pour toy , il commence d'estre un rien parmi toutes choses. Adjoustés que vous vous estes

donnés à nostre Seigneur au baptesme ; sî qu'on peut bien dire que vous estes à luy ; Sicut jurastis Domino, votum vovistis Deo Jacob (Ainsy que vous luy avés promis, et voué). Geste- cy soit la première considération et fondamentale que je propose.

De celle-cy faut faire deux conclusions. Premièrement , que si vous estes devant nostre Seigneur par tant de raisons, vous y devés estre en toute révérence et humilité ; considérant que tout ce que vous avés vous le tenés de luy , et pensant que vous luy devés autant d'honneur comme il y a de distance du rien à l'infinité : et dautant plus devés-vous estre humbles , qu'estant ses taillables à miséricorde , vous l'avés si souvent offensé ; dont vous devés avoir si grande confusion, que d'humilité et de honte vous retourniés au néant, auquel vous estiés en un nul estre, nulle vertu, nulle qualité, avant que Dieu voustirastde ce misérable estât où vous estiés parmi le néant pour vous faire ses serviteurs. Si donc estant devant nostre Seigneur en reconnoissance que vous estes ses sujetz et serviteurs , vous vous baissés et inclinés le corps jusques à la terre, de laquelle vous avés estes pris , baissés vos âmes par humilité devant vostre Dieu , jusques au rien auquel vous estes la race.

L'autre conclusion qu'il faut tirer , c'est qu'estant descendus au rien , remontant à l'estre que Dieu nous a baillé , «t considérant de point en point combien nous sommes despendans de Dieu, et combien nous sommes obligés à le servir, il nous faut faire une exclamation à nostre amé : Nonne Deo subjecta eris anima mea (0 mon ame, ne seras-tu pas sujette à Dieu) ? Comment , si Dieu m'a créée , et non seulement créée , mais racheptée d'entre les mains d'un si cruel et ])ar-

Lare tyran avec tant de sang ; si je luy ay voué et preste fidélité, qui me lèvera jamais de son service? Escoutés comme David estoit en cette resolution : Quasi jumentiim factus sum opudte, et ego semper tecum (Je suis fait comme un cheval envers vous , et je suis tousjours avec vous) : il vouloit dire : Je vous sers si humblement, que je ressemble à un cheval mené par la bride après vous , ô mon Dieu ! Et de vray, comme dit S. Paul : Quis plantât vineam et de fructu ejus non edit (Qui est celuy qui plante une vigne et ne mange point de son fruit)? Si Jesus-Christ nous a plantés, n'est-ce pas la raison que nous luy rapportions tout le service

que nous pourrons ?

Mais outre tout cela , il y a une autre raison , c'est que BOUS nous servons de toutes les créatures , et icelles nous servent volontiers en intention que nous servions Dieu pour elles ; car elles ne pouvant pas servir Dieu , lequel estant esprit , ne peut estre servy que par esprit , elles nous servent à celle fin que nous servions Dieu tant en leur nom qu'au nostre ; de manière qu'encore à raison de cecy , nous sommes obligés à servir Dieu , et ceux qui ne le serviront pas en recevront un terrible reproche au jour du jugement ; car c'est pour cela qu'il est dit que toute la terre, c'est à dire toutes les créatures , s'esleveront contre les pécheurs : Totus orbis piignabit contra insensatos. Pour toutes ces raisons , il se faut résoudre de servir Dieu fideliement.

De cette resolution il nous faut passer à l'exécution d'icelle, c'est à dire, de servir Dieu le mieux qu'il nous sera possible : or est-il qu'entre toutes les façons de servir Dieu , la plus excellente , c'est de le servir autant que nous le pouvons en

la façon qu'il est servy en paradis ; car c'est luy qui nous enseigne à demander que son service soit fait en la terre comme au ciel ; or il n'y a pas de différence entre servir Dieu et faire sa volonté. Que si nous voulons sçavoir comme Dieu est servy au ciel , escoutés David : Bienheureux, dit-il, sont ceux , Seigneur , qui habitent en vostre maison, car ilz vous loueront es siècles des siècles ; Beati qui habitant in domo tua , Domine, in sœcula sœculorum laudabunt te. Là on ne sert plus Dieu en visitant les malades ; là on ne visite point les prisonniers; là on ne jeusne plus; là on ne fait plus Taumosne; là on ne rechauffe plus les refroidis; là on ne vestit plus les nuds ; pource que l'hyver est passé et s'est retiré : Hijejns transiit et recessit. On n'entend autre chose au ciel que ce chant d'allégresse , Alleluya : Alleluya est le langage de ce pays-là ; car on n'y dit autre, et avec une seule parolle ilz disent tout ce qu'ilz veulent dire. 0 sainte parolle, laquelle seule exprime tant de grandes conceptions! C'est ce service auquel le Prophète vous invite maintenant, disant : Bénisses à cette heure le Seigneur, Ecce nunc benedicite Dominum.

Mais oyés comme cela va ; car vous me pourries dire ; lié quoy ! les bienheureux dans le ciel n'ayment-ilz pas Dieu ? Aymer , mes frères , c'est vouloir et désirer du bien , et ne sçauroit-on dire quelle différence ily a entre la bienveillance t;t l'amitié , ne plus ne moins qu'on ne sçauroit dire quelle différence il y a entre hayr et vouloir du mal à une personne. De quoy j'entre en admiration , comme il se peut faire que l'homme ou l'ange ayment Dieu , et comme Dieu o'ayme soy-mesme ; car si aymer est désirer du bien à une personne, comment voulés-vous qu'on ayme Dieu à qui on ne sçauroit désirer aucun bien? Car puisque Dieu est toute sorte de 1 ien, on ne luy sçauroit désirer aucun bien qu'il ne Taye [lus

parfaittemeiît qu'on ne luy sçauroit désirer, et si il l'a, pourquoy le luy desirera-on ? Et puis au bout de tout cela, le bien en Dieu est essentiel ; de manière que comme ce seroit chose hors de propos de s'amuser à désirer qu'un ange soit ange , puisque c'est sa nature d'estre ange , et de désirer que les Mores soient noirs, puisque c'est leur nature; aussi semble-il hors de propos de désirer que Dieu aye quelque bien , puisqu'il a tout bien par nature.

Quelqu'un me dira qu'on peut bien désirer à un ange qu'il soit ange , c'est à dire , la continuation en son estre : ainsi en Dieu, dites-vous. La conséquence n'en vaut rien : la raison est , pource que la continuation de l'estre à l'ange n'est pas naturelle et essentielle , et partant on la luy peut désirer , non celle qu'il a , ains celle qui est à venir ; mais à Dieu son éternité luy est autant essentielle que sa bonté : comment donc est-ce qu'on peut aymer Dieu ?

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