‹ Œuvres complétes Volume 5Chapitre 44 sur 54 · VII · texte numérisé non relu

VII

L'ame regardant en Dieu l'infiny mérite de sa bonté , et que d'ailleurs en ce souverain estre rien ne manque, mais tout y est tres-parfaittement : Quod factura est in ipso vita erat (car tout ce qui a esté fait estoit vie en luy) , elle ne désire pas qu'autre bien luy arrive , pource qu'il est impossible. Mais quoy? elle s'avise d'un autre moyen pour aymer Dieu. Un amy desireroit que son amy fust roy : quand il l'est , encore qu'il cesse de le désirer, il n'est pas moins amy ; mais au lieu du désir il fait un acte de contentement, d'aise et de resjouyssance du grade que son amy possède. Ainsi au lieu de désirer du bien à Dieu, on se complaist, et on se resjoûyt au bien qu'il possède et qu'il est luy-mesme. Amor benevolentiœ , l'amour de bienveillance se change en amour de complaysance , complacentiœ. De cet amour parle David , quand il dit ; 0 Seigneur , combien est grande l'abondance de vostre

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douceur! pource tous mes os diront : Oui est semblable à vous? Quam magna multitiido dulcedinis tuœl omrda ossa mea dicent : Domine, guis similis tibi ? Et Isaye parlant en la personne de nostre Seigneur, dit : Je les resjoûyray et consoleray en b nontagne d'orayson ; Lœtificabo eos in 7nonte orationis meœ. C'est à qi-->y ^^^^us invite David : A cette heure, dit-il, bénisses le Seigneur, Je, Ecce nunc benedicite Dominion, etc. Il dit Niinc , Maintenant ; et comme vous voudriés estre de ces bienheureux habitans de sa maison , qui le loueront éternellement, Beati qui habitant, etc., commencés donc maintenant , niinc , à le bénir.

L'homme qui est arrivé à ce point, voyant que sa louange est trop petite , va cherchant de Tayde par tout , pour bénir Dieu, disant : Benedicite omnia opéra Dornini Domino (Bénisses le Seigneur , vous toutes ses œuvres) ; et ne trouvant assés, il s'escrie : Benuntiate quia amore langueo (Annoncés à Dieu que je languis d'amour). Il se voudroit volontiers sacrifier, et va cherchant quel sacrifice de lotiange il pourroit offrir : mais quoy? il voit que tous les sacrifices et holocaustes ne sont point aggreables sans la grâce : Holoeaustis non delectaberis. La desplaysance , l'humilité et la pénitence sont le sacrifice qui aggrée à Dieu : Sacrificium Deo spiritus contribulatus (L'esprit contrit et affligé est un î^acrifice aggreable à Dieu) , et partant il l'offre, et parce que peut-estre son cœur n'est pas encore assés brisé et contrit, il €n offre un qui est si noble et si affligé, qu'on ne le sçauroit refuser. Iceluy seul rend de condigno (de condignité) , l'honneur qui est deu à Dieu , et partant ne peut estre esconduit, ains impetre de Dieu tout ce qu'il veut. Ce cœur est le cœur de Jesus-Christ , lequel a dit : Tout ce que vous demanderés à mon Père en mon nom , il vous le donnera ; Quœcumque petieritis Patrem, in nomine meo dabit vobis» Et n'en faut point douter, parce qu'il est tousjours exaucé en ce qu'il demande : Exauditus estpo smreverentia.

Seigneur, nous sommes vos serviteurs indignes , qui n'avons pas gardé les règles de vostre service : désormais nous vous bénirons ; mais afin de ce faire , assistés le magistrat ecclésiastique et séculier , delivrés-nous d'ennemis , donnésnous la paix , afin que vous demeuriés avec nous : Quia factiis est in pace locus tuus (Puisque vous n'habités que là où est la paix); De manu inimicorum nostrorum liber ati scrviamus tibi (Et qu'estant délivrés de la puissance de nos ennemis, nous vous servions en toute liberté). Ce que nous vous demandons, non par nos mérites, mais par ceux de Jesus-Christ. Protector noster , aspice Deus (ô Dieu, nostre protecteur, regardés-nous) ; et vous nous verres tant aifligés spirituellement et temporellement. Et puis : In faciem Christi tui ( regardés vostre Christ), qui a tant enduré pour nous, par la Passion duquel nous vous conjurons de nous faire miséricorde.

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