‹ Œuvres complétes Volume 5Chapitre 45 sur 54 · A MADAME LA DUCHESSE DE MERCOEUR · texte numérisé non relu

A MADAME LA DUCHESSE DE MERCOEUR

n défère à la prière qu'elle lui avoit faite de faire imprimer l'Oraison Funèbre du duc de Mercœur , prononcée par lui le 27 avril précédent , et il la prie de permettre que cette pièce paroisse sous les auspices de la princesse sa fille.

May 1602.

Madame ,

Vos premiers désirs ayant tenu lieu de commandemens sur ma volonté , lorsque vous jetastes les yeux sur ma petitesse pour le discours funèbre de feu Monsieur le duc de Mercœur, je dois recevoir avec le mesme respect les te.smoignages des seconds, souffrant. Madame, que la pièce soit mise au jour et donnée au public , puisque vous Faggreés.

Yous n'y verres rien de moy , que les simples tesmoignages de ma bonne volonté et les seules marques de mon obeyssance , en un sujet , au reste , où je n'ay pas eu moins de propension que de devoir. Ce qu'il y a de plus considérable, c'est le sommaire tres-fidelle des rares et eminentes vertus dont Dieu avoit orné la belle ame et assorty le riche naturel du prince decedé. De moy , je confesse n'y avoir contribué que ma foible énonciation et ma voix, pour servir d'Echo, dans l'estenduë d'une petite heure , à la réputation de ce grand prince, qui parloit assés d'elle-mesme, et qui éclatera à jamais par les beaux exploitz dont non seulement la France

* Cette lettre, qu'il nous a semblé à propos de placer ici, est la 33» des éditions Blaiscj et la 71* du livre Vil de l'édition Léonard, de 1663.

A MADAME T.A DUCirF.SS?: DE MFnCŒUR. 'iÇil

et l'Allemagne , mais toute l'Europe, voire toute la Clirestienté , ont esté tesmoins.

Et si bien Tescrit que j'en donne semble avoir plus de substance et de durée que ma voix n'en a eu en les prononçant, ce sera plus par la considération des vertus de ce prince que par le tissu et l'ordre que j'ay tasché d'y apporter en l'escrivant. Au reste, si mon affection et bonne volonté n'estoit garante de ma sincérité et obej^ssance, la plus belle partie, qui en a esté obmise, auroit rayson de se plaindre : mais ayant entrepris seulement de faire un simple esloge et sommaire de ce qui estoit convenable au tems, au lieu et à l'assemblée, j'ay deu laisser à l'histoire, qui reserve des volumes entiers pour une si belle vie , de suppléer à mon défaut; me contentant du nom et du devoir de panégyriste , dont j'ay tasché de m' acquitter.

Que si après cela on veut considérer ce qu'il y a du mien, rien sans doute que la sincérité de mes affections et respectz, qui ne mourront jamais , pour la mémoire de ce prince , qui no doit jamais mourir en celle de tous les bons , mais principalement en la vostre , Madame , qui trouvés avantageusement dans les vertus de ce grand prince et cher espoux deffimt, comme aussi dans lesvostres qui luyestoient communes, de c{uoy vous consoler dans cette sensible privation , quoy que la plus solide , la véritable et la plus chrestienne consolation est celle, que vous avés puisée dans la source, qui est la volonté de Dieu , qui seul en cette occasion a donné ce grand calme et cette absolue résignation qui paroist en vostre esprit.

Ce n'est pas qu'après cela , s'il est permis (comme il l'est sans doute) de chercher quelque adoucissement au dehors, vous n'en ayés un très-grand dans le précieux gage que ce grand prince vous a laissé de vostre mariage; laquelle estant une image vivante du père, elle est aussi la légitime héritière de ses vertus , dont il a laissé le soin à vostre conduite , Ma-

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