‹ Œuvres Completes Volume 6Chapitre 114 sur 145 · A GRENOBLE · texte numérisé non relu

A GRENOBLE

Les Religieuses de la Visitation peuvent recevoir chez elles de petites filles r à quelles conditions. Rang et fonctions de leurs associées, etc. Du grand Office et du petit. II n'y a pas de bien sans charge en ce monde.

16 may 1620.

Ma très chère Fille,

La fille de laquelle vous m'escrivés estant de telle conséquence, pourveu qu'elle eust environ douze ans, pourra estre fort bien receue. Il est vray que ces jeunes gens donnent de la peine ; mais que fera-on là? Je ne treuve point de bien sans charge en ce monde. Il faut tellement adjuster nostre volonté, que ou elle ne prétende point de commodités , ou si elle en prétend et désire , elle s'accommode aussi doucement aux incommodités, qui sont indubitablement attachées aux commodités. Nous n'avons point de vin sans lie en ce monde. Il faut donc balancer : est-il mieux qu'en nostre jardin il y ait des espines pour y avoir des roses, ou de n'avoir point de roses pour n'avoir point d'espines ? Si cette fille apporte plus de bien que de mal , il sera bon de la recevoir ; si elle apporte plus de mal que de bien, il ne la faut pai recevoir.

Et à propos de petites filles, la sœur N. (Jeanne Marie fille de madame la concierge), qui a eêté receue si jeune,

« r/est la 535« de la collection Biaise, et la 34» (a/. 31») du livre III de» viciennes éditions.

est malade d'une maladie douloureuse, et comme dit M. Grandis *, mortelle ; car elle est pulmonique. Je la fus voii Tautre jour avec une incroyable consolation , de voir une si douce indifférence à la mort et à la vie , une patience si suave, et un visage riant parmi une fièvre ardente, et beaucoup de peines, ne demandant pour toute consolation que de pouvoir faireiljla profession avant que de mourir.

Or, si vous recevés celle que vous dites, il est vray qu'il ne la faut pas lier aux exercices; car cela la pourroit rebuter en cette si tendre jeunesse , qui ne peut encore savourer ce qui est de l'esprit, pour l'ordinaire.

Pour l'habit, il ne le luy faut pas donner avant l'aage, mais ouy bien luy en procurer un fort simple, et une petite escharpe qu'elle tienne sur sa teste ; en sorte qu'elle ressemble en quelque sorte à une Religieuse , et sera bon qu'il soit ou noir ou tanné, sans ornement, comme j'ar veu à Saint- Paul de Milan, où il y avoit environ cent cinquante Religieuses , et vingt ou vingt-cinq Novices , et bien autant de Prétendantes, qui y estoient en pension et attente^ et celles- cy estoient toutes vestues d'une mesme couleur bleue , et des voiles de mesme , et tout leur appareil esgal. J'en dis de mesme pour la petite Lambert; et c^ sera comme une petite préparation à l'habit; lequel es filles bien disposées on peut bien donner quelques mois avant le temps, mais non pas la qualité de Novices, comme on a fait à la seur Jeanne Marie : et toutefois il me semble qu'il ne k faille pas faire, sinon pour des occasions pressantes. Un petit habit tanné ou blanc ou de la couleu." que vous jugerés plus propre, avec un peu de forme approchant de celle de la Religion, qui montreroit qu'elles sont en prétention et attendant l'aage , les pourroit contenter.

Que les filles aillent à Lyon , ou ailleurs , il n'importe nullement; et ne vous en mettes point en peine. Quand vous

» Ce M. Grandis étoit un médecii».

serés en nostre Monastère*, ses commodités fer^mt leur atlraetion comme les autres , et les tilles y viendront comme les colombes aux colombiers xjul sont blancs.Cependant^ ma très chère fille , qui ne cherche que la gloire de Dieu , la treuve dans la pauvreté comme dans les commodités. Ces bonnes tilles n'ayment pas la pauvreté nécessiteuse , et nous, certeSf n'en sommes pas non plus ravis d'amour. Laissés donc doucement et paisiblement aller à Lyon qui voudra ; Dieu vous garde mieux que tout cela.

Yous m'excuserés, ma tres-chere Fille; j'espère que Dieu nous assistera, afin que le grand Olïice ne. soit jamais introduit en cette Congrégation, et le pape mesme en donna quelque instruction ; et nonobstant cela ^, il est bon qu'il y aye des Seurs associées pour faire la charité h tout pleinde; personnes qui ne sçauroient dire l'Office , ou^ pour avoir la veuë trop foible et basse, ou pour avoir manqnement.d'estomach^ou pour quelque autre infirmité.

C'est pourquoy Ton n'a pas marqué les exercices qu^il leur faut donner en lieu ;de l'Office au clMeui^ *. car. selon lear infirmité il les faut pourvoir. Si elles <mtt fauta de veuë , on leur peut donner des cliapelets. Si c'est infirmité d'estomach ei non de veuë , elles pourront dire les Heures ; et la Supérieure pourra disposer d'elles à quelque Office non incompatible avec leur infirmité. Depuis peu j!ay leu la première Constitution, où il est assés clairement dict que les Seurs associées, comme les domestiques, diront des P^^e/^ et Ave en lieu de l'Office f c'est en la page 1 18 et 1 19. C'est] pourquoy il ne sera nul besoin qu'elles disent les Heures i aâns suffira qu'elles fassent ce quiest porté en l'article de eeste Constitution , et

» Les Religieuses de la Visitation de Grenoble habitoient' alors une maison qui ne leur appartenoit point, en attendant qu'elles eiissent un monastère.

* C'est-à-dire : et nonobstant que vous disiez le peJtit Olïiee seulement, A est honfqWib y ait des! Sœurs associa»**, etc.

• Qui les emi)êche de cbantor aa ihœur

qu'au reste la Supérieure les employé selon qu'elle verra qu'elles pourront faire.

Il sera bon que nostre mère de J>yon* passe à Grenoble pour vous voir; vous en recevrés de la consolation toutes deux. Et ne vous mettes nullement «n peine de ceste petite louche que vostre cœur en ressent : car cela n'est rien , et sert beaucoup pour nous faire humilier doucement, pour nous faire voir la misère de nostre nature, et pour nous faire désirer parfaitement de vivre selon la grâce, selon l'Evangile, selon l'esprit de nostre Seigneur. ParîéwS-moy tousjours hardiment; car je proteste devant Dieu et ses Saints que je suis vostre, ma très chère et véritablement bien aymée Fille.

Je salue nos Seurs tendrement , et ces bonnes Dames.

1 C'est la mère Kavre qui alk'it être supérieu»» » Montferrand, 'ville de la basse Auvergne , et laisser à sa place la mère de Blonay, supérieure.

LETTRE

À s. A. CHARLES EMMANUEL l", DUC DE SAVOIE.

Sur le dessein d'employer les prébendes vacantes de Contamine à rétablissement des lectures de théologie, et du noviciat des PP. Barnabites.

Annecy, 2 juin 1620.

V. A. qui m'avoit commandé de faire recevoir le neveu du sacristain Perret à Contamine, me commande par une autre lettre de ne le point faire jusques à ce que luy aye donné mon ad vis. Et partant , Monseigneur, je supplieray V. A. de se ressouvenir de l'heureux dessein qu'elle a d'employer les prébendes de ce Prieuré-là , pour l'establissement des lectures de Théologie, et du noviciat des PP. Barnabites, puisque il est si malaysé de mettre la reforme en un lieu où il n'y a pour encore aucun sujet capable de l'introduire, et tout à fait destitué de bastimens. Et sur cela V. A. me favorisera de ses commandemens quej'attendray et recevray avec l'obeyssance que je luy doy ,

Monseigneur,

Son très humble , très obeyssant et très fidèle

orateur et serviteur,

François, Evesque de Genève.

« L'autographe en est conservé aux Archives de la Cour de Turiu. G'esi la 255* inédite de la collection Biaise.

AUTRE LETTRE

AU MÊME

Sur l'union du prieuré de Ghindrieu à la cure de Ruhiilly pour y ÉtaMfr

les pères de l'Oratoire.

Anneci, 7 octobre le'IO.

Monseigneur,

En attendant que V. A. fasse retiscir le projet du resta blissement de la vraye pieté en tous les monastères et es autres églises de cet Estât de deçà les Montz, voicy une digne occasion qui se présente pour Rumilly : ïe sieur de Saunatz, Prieur de Ghindrieu en Chautaigne , désire sans fin de consacrer sa personne et son prieuré au service de Dieu et des âmes, sous Finstitut des PP. de l'Oratoire; et parce que son Prieuré est proche de Rsmilly , il a jette ses yeux sur ce lieu-là , du quel la cure estant assez honne, icelle jointe au Prieuré avec quelques autres petitz henefices pourroit suffire à l'entretenement de dix ou douze bons Ecclésiastiques du dit Oratoire qui auroyent un grand employ en cette ville-là et en tout le voysinage. Mays pour avoir l'événement propice il seroit reqîjgis, Monseigneur, que Y. A. nous tesmoignast son consentement et contentement, et que par après elle favorisast les poursuites qu'il sera requis de faire à Rome : et de tout cela je l'en supplie" très humblement comm' aussi de commander que les pauvres Cures d'Armoy et de Draillens soyent attestées de l'argent que tant de foys Y. A. leur a or-

' I/original en est con6<»rvé aux Archives de U Cour de Turin. C'est la 260« inédite de la collection Biaise,

donné , n'estant pas en nostre pouvoir ni par prières , ni par sousinissions, ni par importunité d'en rien avoir, des cinq ou six ans en ça, sinon 50 escus, sans plus. V. A. sçait combien cette supplication est juste ; qu'il soit donq son bon playsir de la faire reûscii-. Tandis, nous, prions nostre Seigneur qu'il la conserve et fasse de plus en plus prospérer.

Je suis,

Monseigneur,

Très humble , très obeyssant et très fidèle orateur et serviteur de V. A. Ser.

Fbançois, Ev. de Genève,

AS. A. CHARLES EmiANUEL l", DUC DE SAVOIE.

Sur l'extrême misère de la sainte maison de Notre-Dame de Thonon, et sur

les moyens d'y porter remède.

11 décembre 1620.

Monseigneur^

L'extrême désolation qui est en la sainte Mayson de nostre Dame de Thonon ne peut recevoir remède que de Totre serenissime providence ; la pauvreté y est démesurée; etlesenfans du séminaire tout fin nu ds , deschaux et transis de misère; le Prestre de la Maison, et les Pères Barnabites n'ont justement que pour manger et habiter, et non pour se veslîr; et lèreste va très mal en point; mays ce qui est le pis, c'est que cette calamité y fait naistre une lamentale desunion , tandis que chacun s'essaye de tirer à soy le peu de moyens et d'argent qu'on y porte.

Le remède , Monseigneur, à ce mal qui , à la vérité , est de plus grande conséquence qu'il ne semble , consiste en ces pointz.

Le projet de cette Mayson a esté fait fort grand et ample , et falloit quatre mille escuz pour lesoustenir annuellement. Despuys on a de beaucoup amoindry les moyens qui y devoyent estre employés , et pour un seul coup on a osté le prieuré de Nantua , qui sont mille escus de revenus ; et t?n^ viron deux mille ducatons que S. A. par sa libéralité y a

» L'autographe en est conservé aux Archives de la Cour de Turin. C'est h. 264e inédite de la collection Blaisô-.

destines , ne sont pas touchés à commodité. Il est vray encore j avec tout cela , Monseigneur, que la mauvayse intelligence des membres de cette Mayson, et la mauvayse conduite de ses affaires l'appauvrit de plus en plus.

Monseigneur, si V. A. fait reùscir le projet d'establir là des vrays Prestres de l'Oratoire , en lieu de ceux qui y sont, on sauvera de ce costé là 300 ducatons , car faysant une vie tout à fait comniune , il ne faudra aucun gage , comm' il en faut aux autres, layssant à part le lustre et le proffit spirituel qu'ilz apporteront. Si V. A. fait reùscir le dessein d'appliquer toutes les prébendes de Contamine aux PP. Barnabites , hors mis cinq ou six ou mesme sept pour y faire faire le service paroissial et célébrer les messes de fondation , on sauvera cinq cents escus de revenus; et îes finances de S. A. descbargées d'autant. Et puis, Monseigneur, si le projet de la reformation des monastères et du clergé reùscit , on trouvera bien encore des bons et gracieux moyens d'accommoder pour le reste. Mays tandis que tous ces biens s'acheminent sous les auspices et par les soins de V. A. Ser., je croy qu'il sera requis que pour le présent elle fasse recevoir l'argent des assignations à ce porteur, le sieur Gillette, affin qu'il en secoure les nécessités pressantes de la ditte sainte Mavson, et je me promets de vostre bonté , Monseigneur, que Vc A. me pardonnera aysémentl'importunité de cette lettre escritte de la main et du cœur.,

Monseigneur,

De vostre très humble, 1res obeyssantet très fidèle orateur et servi t*îur,

!:< RANÇois , Evesque de Genève,?

LETTRE

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